Le thigh gap, elles ou la cuisse


L'écart entre les cuisses, nouvelle obsession minceur des adolescentes, s'impose progressivement comme symbole de sensualité, dangereusement recherché par les jeunes femmes qui, y voyant un gage de beauté, sont prêtes à tout pour l'obtenir.
près le culte des clavicules apparentes et des hanches saillantes, la nouvelle mode est à l'écart entre les cuisses. Sur Internet, certaines «régimeuses» vont jusqu'à s'échanger des conseils plus que drastiques. 




Au tout début de la puberté, le bassin des filles s'élargit légèrement pendant que leurs jambes, qui n'ont pas atteint le galbe de l'âge adulte, sont encore fines. Se forme alors souvent un «thigh gap», un écart visible entre les cuisses lorsque la pré-adolescente est debout les pieds joints.

En grandissant, certaines personnes conservent ce creux en raison de leur morphologie: ossature, répartition de la masse adipeuse et musculature sont autant de paramètres qui influencent le «thigh gap».

Si celui-ci n'est pas forcément signe d'anorexie comme aiment à le rappeler les gens qui en sont naturellement pourvus et regrettent le «slim bashing» (le mauvais procès systématiquement intenté aux personnes fines), ce fameux écart entre les cuisses est en train de devenir le nouveau graal des jeunes filles obsédées par le modelage de leur corps.

En effet, le «thigh gap» s'impose progressivement comme symbole de sensualité, dangereusement recherché par les jeunes femmes qui, y voyant un gage de beauté, sont prêtes à tout pour l'obtenir.

Sur les réseaux Tumblr, Twitter et Instagram, le hashtag #thinspiration réunit des photos de célébrités connues pour leurs silhouettes chétives, à l'instar de Kate Moss. Les forums, eux, regorgent de conseils échangées par les jeunes internautes, qui vont jusqu'à créer des images dédiées pour se motiver.



Officiellement, la liste de recommandations qui tourne le plus est How to Get a Thigh Gap, qui insiste sur le sport et rappelle qu'il ne faut pas s'affamer. En fait, les filles s'échangent des préconisations bien plus drastiques («ne mange jamais rien de plus gros qu'une tasse», «bois de l'eau glacée pour brûler des calories plus rapidement», «entoure-toi la taille avec une écharpe pour avoir le ventre serré quand tu passes à table», «le café coupe l'appétit», etc.).

Le danger s'installe pernicieusement là où la mode adolescente se transforme en prescriptions alimentaires sévères et complexes virant au mal-être.

«Je ne serai heureuse que quand j'aurai mon thigh gap. On me trouvera belle, mince et intéressante. Tout commencera enfin», peut-on lire sur un forum.

«Avale des boules de coton pour ne plus avoir de sensation de faim, tu vas vite maigrir», peut-on lire sur un autre. Quelque chose qu'il vaut mieux, évidemment, ne pas faire. Selon le spécialiste des troubles alimentaires Jean-Michel Huet, manger du coton reste une pratique peu courante, mais qui peut conduire à une occlusion de l'estomac. Cette technique visant à provoquer la sensation de satiété, pose également la question des selles volumineuses (le coton étant constitué de fibres) et de la sous-nutrition. En effet, ingéré avec un peu de confiture ou de jus de fruits (pour mouiller la boule de coton et rapetisser son volume), le coton peut amoindrir la sensation de faim et fausser les besoins énergétiques du corps.

Selon Barbara Greenberg, psychologue de l'enfance et de l'adolescence, «les jeunes filles sont la frange de la population la plus exposée à la névrose de l'anorexie».

A un âge où elles se cherchent des modèles et essayent d'apprivoiser leur apparence, ces adultes en devenir peuvent être très sensibles à la surabondance d'images de minceur présentes dans la publicité et les magazines féminins. En s'imposant pour référence des standards de maigreur extrême, les adolescentes flirtent bien souvent avec les troubles des comportements alimentaires.


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