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Discussion: Les sciences arabes

  1. #31
    Membre F.A.M. Avatar de dahmane1
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    Par défaut Sur le « déclin » de la « civilisation islamique »

    Ernest Renan (m. 1892), dans sa biographie d’Ibn Rushd (m. 1198), ou Averroès si affinité, et la présentation de sa pensée, nous l’explicite dans son avertissement : après cette dite philosophie qu’il va aborder et expliquer rigoureusement dans sa thèse qu’il présente en 1852, l’Islam finira comme étouffé par la surchauffe de production intellectuelle et « arrachera de son sein tout germe de culture rationnelle. »[1] En définitif, la belle histoire de la pensée rationnelle en Islam s’arrêta là. Il fallait que les musulmans, soit au xii ou au xiii siècle de l’ère chrétienne, arrêtent toute spéculation scientifique; ces mêmes musulmans, dont on nous dit, que leur legs ne consiste pas « en des découvertes surprenantes, ou de théories révolutionnaires; la science doit bien plus que cela aux Arabes, elle leur doit l’existence. »[2] Alors, est-il justement raisonnable que de postuler une telle défaillance aussi brusque, et dans un temps aussi court ? Serait-ce alors la chute la plus vertigineuse dont l’histoire a été témoin, au point que les portes de la réflexion soient scellées d’un jour à l’autre ?

    Certains disent que c’est la pensée du juriste et mystique al-Ghazalî (m. 1111) qui serait à l’origine de la « fermeture des portes du raisonnement indépendant »[3], et d’autres que la chute de Bagdad[4] en 1258, alors centre scientifique important, en serait à l’avènement; enfin, les derniers, ne disent ni l’un ni l’autre, et en fait omettent toute raison et vont quand même jusqu’à affirmer que le monde musulman n’a rien produit d’innovant depuis presque sept siècles[5]… mais les découvertes récentes, les études entreprises depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous apprend Howard R. Turner, nous permettent maintenant de dire que ce pseudo déclin n’apparût qu’au xv ou xvi siècle,et qu’après même la mort du célèbre mystique, la civilisation islamique eût des Nasîr al-Dîn al-Tûsi (m. 1274) et des Ibn al-Shatîr (m. 1375) qui travaillèrent pertinemment en astronomie et mathématiques, des al Farîsi (m. 1320) en optique, ou des Ibn al-Nafîs en médecine… sans omettre de préciser que l’étude intensive des manuscrits après le xvi éme, n’a justement pas été entreprise et que même dans ce cas, sans plan global, il serait fastidieux de parler de « déclin ».[6] George Saliba, une autorité sur l’astronomie et surtout l’histoire de la science en terre musulmane, réfute aussi, de son côté, cette « histoire classique »[7] et nie que al-Ghazalî (m. 1111), à lui seul, aît pû être à l’origine du mouvement décadent qu’on lui prête; lui aussi s’en va alors dans des exemples, comme celui de l’ingénieur de génie ‘Izz al-Dîn al-Jazarî (m. 1206) qui mourût donc un siècle après le théologien. En fait, il nous remet aussi en mémoire que l’observatoire de Maragha fût construit en 1259, soit une année après la destruction de Bagdad[8] – mais quelles conséquences de la perte de ladite ville ? Comme l’a suggéré Akbar S. Ahmad, il serait en effet préférable de dire que 1258 marque la fin de la « domination mondiale des Arabes »[9], et non de l’histoire scientifique de l’Islam en soi, ou même de la civilisation tout entière comme de frivoles esprits ont pû le dire autrefois. C’est la sortie de l’entité arabe, et l’entrée du fait turc; celui-là même qui sera alors le nouvel étendard de l’Islam, et d’entre les reins duquel sortira Bâbur (m. 1530), ce fin lettré à l’origine de la dynastie mogol, qui elle, tirera sa révérence à l’entrée de l’acteur anglais, d’une révolution échouée, celle de la révolte des Cipayes en 1857, et les adieux de Bahadûr Shâh Zafar (m. 1862) au trône le 21 Septembre de cette même année…

    En fait, de nos jours, peu de savants Occidentaux tiennent ces thèses[10] mais elles persistent malgré le destin des sociétés musulmanes, mais non arabes, comme l’épanouissement culturel de l’Afrique musulmane, avec le Mali et surtout Tombouctou comme centres, qui loin de répudier la science et la raison, occupa une place d’une telle importance qu’entre le douzième (justement heure de « décadence ») et le seizième, c’était l’Afrique le centre scientifique du monde musulman avec l’université de Sankoré[11], et des millions de manuscrits (principalement en Arabe, alors lingua franca,mais nous retrouveront aussi des dialectes locaux) restent à étudier dans le continent, dont, nous dit-on, des centaines en mathématiques dans la ville de Tombouctou seulement.[12] Dans le sous-continent indien aussi, on fait état d’une formidable aventure scientifique[13] et des millions de manuscrits restent encore à étudier, d’après une lecture récente faite à l’université de Cambridge.[14] Comme le signale le penseur iranien Seyyed Hossein Nasr, dans une lecture à la MIT, il remarque très pertinemment que l’étude est loin d’être complète, et précise à son tour les milliers de manuscrits sans étude au Yémen et en Ethiopie, par exemple[15], et il a la meilleure position : au lieu de parler de décadence, d’un age d’or et de poser d’autres étiquettes, il serait préférable d’abord de dépoussiérer les centaines de milliers de manuscrits dans le monde; Jan Just Witkam nous décrit un assez intéressant catalogue de manuscrits tunisiens, tous récents, qui non seulement abordent la médecine, mais aussi les techniques de l’Occident moderne, comme des écrits de tunisiens sur la photographie, ou la logistique.[16] Du côté de l’Algérie, Djamil Aïssani ne nie pas une intense activité mathématique dans la contrée, et cite un savant qui dirait que le mathématicien d’Alger, feu ‘Ali Ibn Hamza al-Maghribî (m. 1614) auraît même découvert le logarithme quelques décennies avant celui qu’on enseigne dans nos manuels, l’écossais John Napier (m. 1617.) Mais on pourrait multiplier les exemples, comme l’histoire de Mohammed iv du Maroc, qui, nous dit-on, étudia les Eléments d’Euclide, fut lui-même un monarque éclairé et savant, et élabora même « un instrument pour calculer exactement les heures en fonction des différents astres, qui était en même temps baromètre, altimètre, horloge, afin de ne pas se tromper sur les heures de prières. »[17] Pas une seule société monde musulman n’échappe à ce petit jeu, et certainement on ne peut parler de décadence – surtout si celle-ci a la signification qu’on lui prête, et encore moins de la décadence de la civilisation islamique dans son entièreté – surtout si celle-ci est bien celle que l’on entend, à savoir, du Maroc à l’Indonésie. En fait, si on devait citer le savant musulman apte à être qualifié de scientifique majeur, ne serait autre que le théologien indien Ahmed Rîda Khan (m. 1921) qui écrira un millier de livres sur tout les domaines de connaissances possibles (on dit une cinquantaine), des mathématiques (topologie) à la médecine, en passant par la géographie, le chimie et des dizaines d’autres domaines.[18] Mais un homme n’est pas une civilisation, et celle-ci a bien déraillé un moment : mais quand ? Et comment ? Toujours prenant mot de Akbar S. Ahmed, différents contextes socio-économiques, qui réunis, provoquèrent une ineffable explosion sur les rails de l’aventure de la raison parmi les contrées d’obédience musulmane, et que quand ceux-ci avaient pris Delhî aux habitants de l’Inde en 1192, ceux-là perdaient Bagdad en 1258; quand certains musulmans prenaient ce qui allait être Istanbul en 1453, d’autres perdaient Grenade en 1492. On ne peut englober tout ces mouvements et leur assigner un déclin, qui serait alors extrapolé et bien confus.[19]

    Par contre, il est dorénavant sûr que ce qui s’est arrêté au xii éme siècle du calendrier grégorien, ne fût pas l’épopée de l’Islam dans le domaine du rationnel, mais le mouvement de traduction de l’Arabe vers le Latin qui permit à l’Europe de vivre les techniques alors sophistiquées et de découvrir, grâce au travail du pape Sylvestre II, à l’arabisant Gérard de Crémone (m. 1187) et d’autres traducteurs, les trésors scientifiques de la civilisation de l’Islam à l’Europe chrétienne; et c’est pour cette raison que l’historien occidental ne parle plus de la destinée de l’intelligence arabo-musulmane plus tard : il ne s’intéresse tout simplement pas à ce qui ne ressort pas de son domaine. Mais il serait alors assez impertinent de parler de « déclin de la civilisation islamique à partir du xii éme siècle » et ce, à cause de al-Ghazalî (m. 1111) ou de la destruction de Baghdad (1258.) Surtout vu l’état des travaux actuels, on qualifiera même cet acte d’hardi, et son agent de présomptueux.


    NOTES :

    [1] RENAN E., Averroès et l’averroïsme, Ed. Michel Lévy frères (1866), p. iii.
    [2] BRIFFAULT R., The Making of Humanity, Ed. George Allen & Unwin (1919), p. 191
    [3] Pour plus de details sur la discussion, voir : KNUT S.V., The development of ijtihad and Islamic reform, 1750-1850, The third Nordic conference on Middle Eastern Studies:
    Ethnic encounter and culture change, Joensuu, Finland, 19-22 June 1995
    [4] Pour plus de details sur la discussion, voir : JANET L.A-L, Before European Hegemony, Oxford University Press, pp. 193-197
    [5] HOODBHOY P., Science and the Islamic world—The quest for rapprochement, Physics Today, Août 2007, p.49
    [6] TURNER H.R., Science in Medieval Islam, Ed. University of Texas Press (1997), pp. 203-204
    [7] SALIBA G., Islamic Science and the Making of the European Renaissance, Ed. The MIT Press (2007), p. 237
    [8] SALIBA G., Islamic Science and the Making of the European Renaissance, Ed. The MIT Press (2007), p. 244
    [9] AKBAR S.A., Discovering Islam, Ed. Routledge (2002), p. 31
    [10] TURNER H.R., Science in Medieval Islam, Ed. University of Texas Press (1997), pp. 203
    [11] Sankore University: Rediscover the Glory : http://www.muslimmuseum.org/SankoreUniversity.aspx
    [12] GERDES P., What Mathematics from Africa?, Polimetrica (2007), p. 83
    [13] RAFIABADI H.N., Saints and Saviours of Islam, Ed. Sarup and Sons (2005), pp. 208-234.
    [14] KHALIDI O., ISLAMIC MANUSCRIPTS IN INDIA : AN OVERVIEW, 4-6 Juillet 2005
    [15] NASR S.H., Islam and Modern Science : http://msa.mit.edu/archives/nasrspeech1.html
    [16] WITKAM J.J., Modern Arabic Manuscripts in the National Library of Tunis
    [17] BENJELLOUN-LAROUI L. & ARKOUN M., Les bibliothèques au Maroc, Maisonneuve & Larose (1990), p. 56
    [18] MALLIK M., Scientific Works of Imam Ahmad Raza
    [19] AKBAR S.A., Discovering Islam, Ed. Routledge (2002), pp. 31-32
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  2. #32
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    Par défaut Abu Al-Qasim, père fondateur de la chirurgie moderne.

    Abu Al-Qasim, ou Abū al-Qāsim Khalaf ibn Abbās al-Zahrāwī1, connu en Occident sous le nom d'Aboulcassis (Madinat al-Zahra (Al-Andalus) v. 940 - mort à Cordoue (Al-Andalus) en 10132) est l'un des plus grands chirurgiens du monde musulman, considéré comme le père fondateur de la chirurgie moderne.

    Il nait vers 940 à El Zahra, petit village situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Cordoue, en Andalousie où il passera toute sa vie, sous le règne des califes omeyyades Abderrahmane III et Al Hakam II.

    On ne sait que peu de choses de sa vie en dehors de ce qu'on apprend par ses ouvrages : le palais de Madinat al-Zahra fut pillé et détruit lors de la guerre civile au sein du califat. Son nom apparaît pour la première fois dans les écrits de Abu Muhammad ibn Hazm (993 - 1064), qui le plaçait parmi les plus grands médecins de l'Espagne mauresque. Sa première biographie détaillée fut écrite soixante ans après sa mort par Al-Humaydi, dans son ouvrage Jadhwat al-Muqtabis (Des savants andalous).

    Il passa presque toute sa vie à El Zahra : c'est là qu'il étudia, enseigna et pratiqua la médecine et la chirurgie jusqu'en 1011, date à laquelle El Zahra fut pillée.

    Abu Al-Qasim était un médecin à la cour du calife Al-Hakam II. Il dévoua sa vie entière à l’avancement de la médecine, en particulier la chirurgie. Sa grande œuvre, le Al-Tasrif (La pratique) est une encyclopédie médicale de trente volumes qui fait le bilan des connaissances médicales de son époque et les confronte à son expérience personnelle.

    L’influence Abu Al-Qasim s’étend en Occident sur plus de cinq siècles : Al-Tasrif est traduite en latin au XIIe siècle et devient la référence médicale. Au XIVe siècle, le chirurgien français Guy de Chauliac fit référence à l’Al-Tasrif plus de deux cent fois. Pietro Argallata dépeint Al-Qasim comme étant « sans l’ombre d’un doute le roi des chirurgiens ». Lors de la Renaissance, son œuvre est toujours citée, notamment par le chirurgien français Jacques Daléchamps

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    Pour ceux qui ne savent pas ce sujet, lisez l'article wiki ci-dessous:

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sciences_arabes

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