Inutile d’accuser notre intestin ou nos pieds. A moins de marcher sans chaussures dans la rue, la partie la plus «sale» du corps humain est bien la main. Avec une concentration record de bactéries,
elle représente un risque de transmission de maladies sous estimé selon Michel Cazaban, médecin hygiéniste au CHU de Nîmes. A l’occasion de la journée mondiale du lavage des mains, le 5 mai, il livre un message de prévention à l’attention des professionnels de santé, mais aussi de la population. Que trouve-t-on sur nos mains ? Sans vouloir sombrer dans la psychose, les mains sont une sorte de nid à bactéries où pullulent les germes. Environ 150 espèces différentes
y résideraient. «C’est un site privilégié.

En améliorant l’hygiène des mains, on diminue la fréquence des infections. C’est linéaire», indique le médecin qui évoque la présence de staphylocoques ou d’entérobactéries, situées à l’origine dans le tube digestif. Sachant que seulement 5% des personnes se lavent les mains correctement après être passé aux toilettes (selon une étude des chercheurs de l’université du Michigan), une poignée de main anodine peut vous valoir une bonne diarrhée, voire un ulcère gastrique. Selon le spécialiste, les bijoux, les faux ongles ou le vernis représentent aussi un facteur aggravant des risques de contamination dans la mesure où ils ne sont jamais désinfectés. Quel risque de transmission ? 90% des infections sont transmises par les mains, alors qu’à l’hôpital, 5 à 6% des patients développent
une infection associée aux soins. Les infections urinaires, respiratoires, ou sanguines sont évoquées. Un lavage soigné des mains diminuerait de 30% le risque de maladies sur une année, même si la plupart des milliers de germes présents sur nos mains sont inoffensifs. «On est perclus de microbes mais heureusement, on n’est pas toujours malades, poursuit l’hygiéniste. Il ne faut pas être parano non plus.

On ne rêve pas d’un monde aseptisé, ça n’existe pas. Mais avec les progrès de la médecine on soigne des patients de plus en plus âgés, de plus en plus fragiles et donc exposés aux maladies.» Comment soigner l’hygiène de ses mains? Au-delà d’un lavage à l’eau et au savon, le médecin prône la
«friction» avec des solutions hydro-alcooliques.

L’avantage de cette technique étant de se passer de point d’eau. Dans le monde rêvé de Michel Cazaban, tout le monde se baladerait avec son petit flacon désinfectant.

Le spécialiste insiste enfin sur la nécessité de se laver les mains après des gestes anodins comme allumer une cigarette, manger, téléphoner ou conduire. «Des mains qu’on croit propres comportent encore des bactéries. Encore faut-il bien les laver.» De ce côté-là, rien ne vaut la technique en six étapes des autorités de santé. De la paume aux poignets en passant par les ongles. Un processus
à maîtriser sur le bout des doigts, évidemment.

(Quotidien d'Oran Mardi 6 mai 2014)