La Mauritanie, un des trois pays de la Ligue arabe à avoir des relations diplomatiques avec l'Etat hébreu, a décidé lundi "de rappeler son ambassadeur en Israël", pour protester contre l'offensive israélienne à Gaza en cours depuis le 27 décembre.

"La République islamique de Mauritanie a décidé de rappeler pour consultation son ambassadeur en Israël à compter de ce jour", lundi, a indiqué à l'AFP une source au ministère mauritanien des Affaires étrangères.

Il s'agit du premier rappel de l'ambassadeur mauritanien en Israël depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1999. La Mauritanie est l'un des trois pays de la Ligue arabe, avec l'Egypte et la Jordanie, à entretenir des relations diplomatiques avec l'Etat hébreu.

Les relations entre les deux Etats ont toujours fait débat. Mais l'offensive israélienne, qui a déjà fait plus de 530 morts selon une source médicale palestinienne, a radicalisé les positions des partisans de la rupture des relations.

Dès le 28 décembre, le Sénat avait "demandé au gouvernement de se préparer pour la rupture des relations diplomatiques avec l'Etat d'Israël parce que celles-ci n'ont à aucun moment servi la paix" entre Arabes et Israéliens.

Depuis plusieurs jours, des milliers de manifestants exigeaient dans les rues de Nouakchott la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Et dimanche et lundi, les manifestations se sont radicalisées, donnant lieu lieu à des échauffourées entre manifestants et forces de l'ordre.

Les manifestants, dont de nombreux étudiants qui manifestent presque quotidiennement depuis le lancement des raids israéliens contre la bande de Gaza le 27 décembre, se dirigeaient vers l'ambassade mais ils ont été repoussés par la police qui a fait usage de matraques et de bombes lacrymogènes.

Lundi, la fronde a gagné les parlementaires ainsi que 191 maires du pays qui ont adressé conjointement une "motion" à la junte au pouvoir depuis le coup d'Etat du 6 août pour demander une "rupture immédiate des relations entre Israël et la Mauritanie qui n'ont jamais servi la paix".


En décembre 1999, la Mauritanie et l'Etat hébreu avaient procédé pour la première fois à un échange d'ambassadeurs. Il s'agissait alors officiellement de "rétablir la confiance" entre musulmans et israéliens dans l'esprit des accords de paix d'Oslo de 1993.

La Ligue arabe avait déploré une décision "inappropriée". Plusieurs pays arabes avaient protesté et la Syrie avait fermé son centre culturel à Nouakchott.

Le principal opposant au régime, Ahmed Ould Daddah, avait qualifié cette normalisation de "trahison et d'acte contraire à la volonté nationale, arabe, africaine et musulmane".

Depuis lors, les critiques n'ont jamais vraiment cessé, s'amplifiant même avec le temps.

En 2002, après une rencontre entre le président mauritanien Maaouiya Ould Taya (1984-2005) et le ministre israélien des Affaires étrangères Shimon Peres, l'opposition mauritanienne avait dénoncé "un mépris intolérable au peuple mauritanien".

En 2005, des manifestations anti-israéliennes ont eu lieu à Nouakchott lors de la visite du ministre israélien des Affaires étrangères, Sylvan Shalom.

Depuis 1999, de nombreuses manifestations de soutien aux Palestiniens se sont également déroulées en Mauritanie, remportant pour la plupart d'entre elles un grand succès populaire.

En février 2008, des hommes appartenant à la mouvance d'Al-Qaïda avaient ouvert le feu sur l'ambassade d'Israël et un restaurant-discothèque situé à proximité. Trois Français se trouvant près du restaurant avaient été blessés, dont deux par des balles perdues.

2009 AFP