L'Algérie n'est pas à l'abri d'une crise économique majeure. La sentence est du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui a reconnu hier, pour la première fois peut-être et sans ambages, que le temps des vaches grasses est révolu.

Les «fanfaronnades» du gouvernement concernant les mesures prises pour faire face à la baisse des prix du pétrole ont été battues en brèche par le même Premier ministre qui prône désormais plus de rigueur dans la gestion des affaires de l'Etat, au risque de vivre une véritable «banqueroute».

Intervenant à l'occasion d'une rencontre des cadres du secteur de l'énergie au niveau du siège de Sonatrach, Sellal n'est plus cet homme décontracté qui place des anecdotes entre deux phrases. L'air grave, le Premier ministre, qui affirme cependant qu'il existe encore une certaine «liberté de mouvement» du gouvernement, notamment avec les réserves de change et le fonds de régulation des recettes (FRR), annonce que le budget de l'Etat ne pourra plus soutenir certains projets et fera état de la décision de baisser le budget de fonctionnement qui engloutit chaque année des centaines de milliards de DA.

Certains projets, à l'image de l'extension de l'aéroport international d'Alger ou la réalisation du nouveau port de la capitale, ne seront pas fiancés par le Trésor public mais recourront à des crédits bancaires, soutient le Premier ministre, qui annonce également l'arrêt de l'importation de certains produits dans le cadre d'une nouvelle politique d'austérité dont les contours n'ont pas encore été définis clairement.

Des mesures ont été toutefois énoncées hier par le Premier ministre. Il s' agit notamment de la «réduction des importations, la lutte contre les transferts illicites de capitaux par plus de contrôle du commerce extérieur et de ses modes de paiement dont le CREDOC, la mise en place de licences d'importation, un meilleur recouvrement des recettes fiscales ainsi que l'économie des ressources par une lutte contre le gaspillage».

Ainsi l'Algérie, avec en moyenne un prix de baril de pétrole à hauteur de 60 dollars, ne pourra tenir que jusqu'en 2019 en engloutissant du coup ses réserves de change et son FRR qui ont constitué jusqu'ici une sorte de soupape de sécurité.

«Je m'adresse à vous, cadres du secteur de l'énergie, à travers vous, à l'ensemble des cadres de la nation, que j'exhorte à une plus grande mobilisation pour consolider les efforts de développement que mène le gouvernement et faire face aux défis de reconstruction de l'économie nationale en cette période de recul des recettes budgétaires», a déclaré le Premier ministre, qui dira par ailleurs que la nomination du nouveau ministre de l'Energie ainsi que le PDG de Sonatrach vise à donner un autre souffle à ce secteur stratégique.

«La première mission du PDG de Sonatrach, c'est la multiplication de l'exploration, les découvertes, la production et la commercialisation du pétrole et du gaz», a fait savoir Sellal, qui note que notre pays n'a pas encore su développer le secteur en matière de forage des puits notamment.

«Les hydrocarbures constituent la principale source de l'Etat et de nos réserves de change. Le financement du développement économique et social repose sur cette ressource. Notre défi à tous est d'accélérer le processus de sortie de la dépendance totale des hydrocarbures», explique encore le Premier ministre, qui appelle à un «accroissement de la production mais pour, dit-il, accompagner la croissance économique basée sur la production hors hydrocarbures».

Abdelmalek Sellal prône par ailleurs la mise en place d'une économie diversifiée ou l'entreprise (publique et privée) sera placée au centre de la démarche de «rupture de la dépendance», avec l'aide du gouvernement dans le but de créer de la richesse et de l'emploi.

A ce sujet, le Premier ministre fera état de la nécessité d'engager certaines réformes sans remettre en cause les «fondamentaux nationaux» dans le domaine social.

Il s'agit de l'amélioration du climat des affaires par une simplification des procédures pour la création d'entreprises notamment, la disponibilité du foncier, l'accès au crédit et aux services publics de qualité.

Sellal annoncera également des mesures de soutien et d'encouragement en faveur de ce qu'il qualifie de «l'investissement productif créateur de richesses et d'emplois au détriment des activités commerciales». Les mesures en question seront contenues dans la loi de finance complémentaire (LFC) 2015 et résident dans la révision de la TAP et de l'IBS au profit de l'investissement lié à la production mais aussi l'insertion des activités informelles et la récupération de la masse monétaire en circulation dans le circuit informel (3.700 milliards de DA) pour l'injecter graduellement dans le circuit formel et l'investissement productif.

«L'équation qui se pose à nous est simple: faire traverser au navire Algérie cette turbulence et engager, en même temps, de façon résolue et irréversible la diversification de notre économie et son indépendance vis-à-vis des hydrocarbures», dira le Premier ministre qui évoque par ailleurs une véritable course contre la montre et un réel défi auquel doit faire face l'Algérie en ce début du 21e siècle.

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