A la mémoire de Sabrina, celle que je n'avais connue que de loin, un être sublime, que Dieu l'accueille dans son vaste paradis (Rabi yarhamha inchallah)


Les morts ne disparaissent pas complètement, ils sont toujours là, on s’étonne même de se rendre compte que leur mort n’a fait qu’accentuer leur présence, et on se met à se demander si ces gens qu’on connaissait assez bien, qui étaient proches de nous étaient vraiment proches, les connaissait-on réellement ?
On apprend à les connaitre après leur mort, ce qui est extrêmement fascinant, leur départ qui était censé les éloigner de nous n’a fait que les rapprocher, on regarde leurs photos, s’attarde sur les traits de leurs visages, leurs yeux et on tombe soudain sur leur regard, ce jour là ou cette photo a été prise, un regard porteur d’un message envoyé vers le futur à des personnes que nous aimons certainement et qui nous aiment peut-être, ce qui fait que j’ai toujours considéré les journées de fête où on prenait des photos contrairement aux autres étrangement tristes, on fait des photos pour laisser nos traces, pour qu’on ne nous oublie pas. Il n’y a pas plus triste que de regarder les photos d’un être cher qu’on a perdu.
On connait mieux les personnes après leur mort, on les aime souvent plus, on regrette de ne pas avoir dit les choses qu’on pouvait leur dire en pensant que c’était trop tôt. Les morts deviennent plus beaux, plus mystérieux, plus vagues et plus importants dans l’absence qu’ils ne l’étaient dans la présence.
On ne guérit jamais de leur absence, on devient de plus en plus malade tout en sachant amèrement que rien ne pourra nous soulager, tout ce qui nous reste c’est le souvenir qui n’est qu’une façon de restituer le passé, recréer les bons moments vécus avec ces personnes-là parties pour toujours.
Il faut qu’on dise maintenant avant qu’il soit trop tard à ceux qu’on aime que nous les aimons, qu’ils nous pardonnent, qu’on les oubliera jamais, que notre vie sans eux sera sans sens, que s’ils meurent un jour, ce qui est inévitable, nous mourrons certainement avec eux, ou que nous ne serons jamais les mêmes, une mort pire que la leur qui anéantit tout, la nôtre déchire l’âme.
On change après la mort de ceux qu’on aime ou qu’on connait, ça reste toujours la tragédie de l’homme qui espère vivre en attendant la mort, la sienne ou celle de ceux qui l’entourent.

T.M