Comme objet de décoration, il ne nous reste pas grand-chose. Nous avons presque tout écoulé», nous répond cette jeune vendeuse d’un magasin de porcelaine et de décoration situé sur le boulevard principal du quartier de Sidi-Yahia, à Alger. Coincée entre deux échoppes de matériel électronique, cette petite boutique propose toute sorte d’articles de maison. Des services de table en porcelaine, jusqu’aux abat-jour en fer forgé en passant par d’autres menus objets de décoration.
Lotfi Mérad - Alger (Le Soir) - En cette période de fêtes de fin d’année, ce sont surtout les objets d’ornementation des sapins de Noël qui sont les plus demandés. Les prix varient en fonction de la qualité et de la nature de l’article. Ainsi, des petites boules colorées et des chapeaux en papier gommé sont proposés à 50 DA l’unité, un renne en bois à 3 500 DA et des coffrets de paillettes à 1 000 DA.

«Nous avons pratiquement épuisé nos stocks d’objets de décoration. La demande en guirlandes, boules colorées, étoiles et petits personnages est relativement élevée ces jours-ci», constate notre interlocutrice avant de préciser que «la clientèle est majoritairement étrangère». Pour répondre à la demande de la clientèle, le même magasin prévoit un arrivage de sapins de Noël artificiel «Made in Germany» ce jeudi. Même si d’ici là, la date de Noël aura été dépassée, l’arbre servira de décor pour le réveillon du 31 décembre.

Dans la capitale, l’arbre tant convoité, se fait de plus en plus rare. Trouver des sapins de Noël, plus disponibles les années précédentes, dans le commerce relève aujourd’hui quasiment de l’impossible. Les quelques magasins qui «osaient» commercialiser ces arbustes, dont celui d’El-Biar sur l’avenue Bougara, a changé d’activité. Ce commerce ne semble pas faire l’unanimité chez les fleuristes et autres vendeurs de plantes. Néanmoins, depuis quelques années, la célébration des fêtes dites «chrétiennes» n’est plus l’apanage des diplomates et des expatriés occidentaux.

Ils sont, en effet, nombreux ces Algériens qui marquent ces événements sans complexe en adoptant le même rituel qu’à Londres, Paris ou New York. Hayet, cette jeune maman de deux garçons, le dit sans a priori. «Comme pour les fêtes religieuses musulmanes que nous célébrons sans faute, nous avons toujours fêté Noël en famille et sans aucune arrière-pensée religieuse », nous affirme-t-elle. Une habitude qu’elle «emportera dans son trousseau de mariée» chez ses beaux-parents. Cette année encore, cette maman a pris ses devants et sorti du placard le sapin de Noël acheté il y a deux ans pour la modique somme de 8000 dinars. «C’est surtout pour faire plaisir à mes enfants que je fais ça.

Ils sont très contents de recevoir leurs cadeaux ramenés spécialement par le père Noël himself», reprend-elle un brin ironique. Contrairement à Hayet, qui ne lésine pas sur les moyens pour faire plaisir à ses enfants, la majorité des Algériens se positionnent contre ces habitudes «importées de l’étranger». «Noël, c’est pas fait pour nous, les musulmans», nous répond ce jeune vendeur d’objets de décoration à Hydra. «Nous avons nos fêtes, ils ont les leurs !», poursuit-il, étayant ses propos avec un hadith du Prophète (qsssl). Un avis qu’il partage avec son ami qui, paradoxalement, n’hésite pas à fêter le «réveillon» et à manger un morceau de «la bûche de Noël». Dans les rues d’Alger, ces habitudes «venues d’ailleurs» sont pourtant bien visibles. Si certaines pâtisseries se contentent de quelques guirlandes accrochées sur les vitrines, de sabots et de «papas Noël» en chocolats fabriqués pour la circonstance, et bientôt de la bûche, au bonheur des amateurs de friandises surtout les enfants, d’autres magasins, notamment des franchises internationales, tenus de se conformer à la charte commerciale (et graphique) de la maison mère, ont carrément opté pour un grand sapin de Noël joliment décoré trônant en vitrine.

A la rue Hassiba-Ben- Bouali, au cœur d’Alger, c’est un sapin «ramené directement de Suisse» qui a été placé à l’entrée de cette boutique de montres de renommée mondiale. Plus loin à Saïd- Hamdine, une autre franchise d’un grand nom de la décoration française a choisi d’exposer un arbre de Noël tout aussi agréablement orné au fond de la boutique. «Nous l’avons placé juste pour la décoration. Croyant qu’il est proposé à la vente, beaucoup de personnes entrent pour demander son prix», nous raconte, rieuse, l’une des deux vendeuses. Avec des prix de sapins artificiels oscillant entre 1 500 et 35 000 DA l’unité, certaines personnes, plus audacieuses, s’approvisionnent gratuitement des forêts et ne se gênent pas à sacrifier un petit arbre le temps d’une soirée qui sera vite oubliée le lendemain.