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Discussion: Voyage au fin fond de la Médina

  1. #1
    Membre F.A.M.
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    Par défaut Voyage au fin fond de la Médina

    Constantine, la ville oubliée

    Voyage au fin fond de la Médina

    L’antique Cirta est illustre pour être la ville des Ponts, savamment dotée du joli nom de cité du Vieux Rocher. Constantine exhibe fièrement ses escarpements abrupts, mais semble faire mystère d’une autre de ses curiosités, nichée celle-là dans ses profondeurs, sous la forme d’une multitude de galeries souterraines, de grottes, de cavernes et de bien d’autres excavations.

    Peu de Constantinois savent que l’antique Cirta se prête merveilleusement bien à des sports ou des activités d’évasion et de dépaysement, tels que l’escalade, le saut à l’élastique, le trekking (marche sportive) et la randonnée, car elle recèle dans ses tréfonds des grottes, des galeries et des souterrains qui restent à découvrir et à redécouvrir. Toutes ces galeries sont éparpillées à travers les sites rocailleux qui surplombent le Rhummel. Tous ces trésors, produits de la nature ou intentionnellement creusés par la main de l’homme, «gagneraient énormément à être recensés, aménagés et exploités à des fins touristiques», soutient sans réserve un élu de l’Assemblée populaire de wilaya (APW), M. Badis Foughali. Ce professeur à l’université émir Abdelkader pourrait voir son vœu rapidement exaucé puisqu’il effectue régulièrement des expéditions souterraines à la tête d’une commission mixte que la wilaya de Constantine a mise sur pied pour les besoins d’une étude complète sur ces sites cachés qui renferment en leur sein de nombreuses surprises. Composée d’élus locaux et de représentants de l’administration, cette commission a été installée en août dernier sur proposition du wali pour un premier travail qui consiste à «redécouvrir les lieux, à les recenser et à les classifier», souligne M. Foughali, visiblement heureux de se voir confier une telle mission. Cette initiative permettra d’inventorier les grottes dont les plus connues sont celles du Pigeon, de l’Ours et du Mouflon, auxquelles viennent s’ajouter d’autres vestiges souterrains qui forment de vraies dédales de galeries, qu’il est souvent difficile d’explorer sans équipements adéquats ou sans le concours des services compétents. A l’arche naturelle, haute d’une soixantaine de mètres, qui relie deux rochers formant un pont naturel creusé dans la roche par les torrents, s’ajoutent les grottes de l’Ours et du Mouflon, nichées à quelque 120 mètres au-dessus des falaises que traversent les eaux agitées du Rhummel et qui donnent naissance aux chutes et aux cascades de Sidi M’cid, que domine à 160 mètres plus haut, le célèbre pont suspendu du même nom. Des sites témoins d’une présence humaine depuis la nuit des temps. Sur le site qui sert de piédestal à l’antique capitale numide, l’on trouve de nombreuses traces des premiers habitants de Constantine, notamment des peintures rupestres datant de quelque 30 000 ans, jalousement gardées sur les parois obscures de ces pittoresques grottes naturelles.
    Les trésors de la ville
    Se référant à des données géologiques et archéologiques de la wilaya, l’universitaire souligne qu’à l’ère quaternaire, le rocher de Constantine n’était pas détaché de celui de Sidi M’cid. A cet endroit, les eaux d’un torrent coulaient vers le Sud, inversement à leur cours actuel. «Plus tard, le Rhummel, qui jusqu’alors passait à l’ouest du rocher, vint buter sur la falaise et ses eaux creusèrent une galerie souterraine avant de trouver une issue vers le Nord.
    Les voûtes s’écroulèrent donnant peu à peu son aspect actuel au site. Le canyon ainsi dessiné par la nature, long de 1 800 m et profond de 135 m à son début, atteint près de 200 m à Sidi M’cid, selon les données en
    possession de M. Foughali. Ce vieux site d’implantation humaine s’est assuré, tout au long des siècles, une histoire fabuleuse dont témoignent les richesses archéologiques, ethno-anthropologiques et socioculturelles. Une histoire d’autant plus belle que de nombreux autres vestiges attestent de la présence de l’homme depuis des temps immémoriaux
    à Constantine et sa région. Les entrailles de Constantine renferment d’autres galeries et souterrains qui demeurent encore méconnus du public et qui méritent d’être explorés, recensés, réhabilités et bien entretenus pour être exploités ne serait-ce qu’à des fins touristiques, note le président de la commission mixte de wilaya.

    Répertorier pour savoir
    et mieux valoriser
    Cette dernière a déjà procédé au classement de ces curiosités en trois catégories. Il y a d’abord les abris qu’utilisaient les habitants, natifs des lieux, pour se protéger des calamités et des éventuelles menaces ennemies, ou pour conserver certaines de leurs denrées alimentaires. Viennent ensuite les galeries, les cavernes, ou sites archéologiques, et enfin les grottes.
    Dans la première catégorie, l’abri, figure situé à proximité du marché couvert de Boumezzou, en plein cœur de Constantine, qui dispose de deux sorties : l’une menant vers le palais de justice et la seconde s’étendant jusqu’au quai surplombant le souk du côté du lieudit Bab El-Hamma. «Cet abri est bien entretenu et se caractérise par l’existence de piliers en béton armé parasismiques, d’où l’intérêt d’exploiter ce lieu qui a déjà servi à abriter les victimes des glissements de terrain du vieux quartier d’Aouinet El-Foul, grâce à ses vastes espaces aménagés en pièces et en antichambres séparées par des cloisons très résistantes», souligne M. Foughali. Les autres abris de la ville se situent notamment à Sidi Mabrouk inférieur, non loin de l’accès est du pont de Sidi Rached, à hauteur de la place Krikri, à la vieille ville haute de Rahbat-Essouf et au vieux quartier de R’cif, parallèle à la partie supérieure de la rue Ben-M’hidi. Au cours de ses fréquentes sorties sur le terrain, en compagnie d’amateurs de spéléologie activant à la Protection civile, la commission de wilaya chargée du dossier a recensé plusieurs de ces galeries, dont les plus intéressantes se situent au sous-sol de l’ex-hôtel de Paris, juste à l’entrée haute de la rue Ben-M’hidi et sous l’avenue Aouati-Mustapha où a été, jadis, aménagé un passage souterrain sur plus de 1 500 m, reliant l’avenue Aouati-Mustapha à l’emplacement d’un ancien moulin. Il fut creusé par un minotier français pour faciliter l’acheminement du blé moulu jusqu’au centre de la cité afin d’être commercialisé. Tous ces méandres invisibles depuis la chaussée, ainsi que les tunnels de l’avenue Tabet-Mokhtar, en pleine Casbah de Constantine et de Bab Cirta à l’intérieur même du marché de Boumezzou, constituent des richesses qui ne demandent qu’à être réhabilitées et restaurées pour venir renforcer le potentiel touristique de la capitale de l’Est algérien. Le site des gorges du Rhummel, dont l’état de dégradation et d’abandon est un fait reconnu de tous depuis des décennies, n’en finit pas de défrayer la chronique, à l’heure où Constantine vit une véritable révolution urbanistique avec des mégaprojets ’un volume d’investissements colossal.

    Tout entreprendre pour sauver Cirta
    Si nous nous fions à l’adage «qui peut le plus, peut le moins », les inconditionnels de l’antique Cirta voient dans cette volonté de réhabiliter la face cachée de la ville, une occasion inespérée de rendre son lustre d’antan et sa dignité au site naturel, exceptionnel, mais longtemps délaissé, sur lequel s’élève la ville chère à Abdelhamid Benbadis. Une ville en mouvement que l’on a surnommée Eddahma (l’écrasante, dixit Kateb Yacine dans Nedjma), ou Medinat El-Hawa comme l’évoquait une vieille chanson pour désigner la cité du Précipice ou la cité des Passions, selon les époques et les humeurs du moment.

    T. C. /Agences

    http://www.jeune-independant.net/pages/indexCulture.htm

  2. #2
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    Salut le seul souvenir de constantine ce fus dans ma scolaritée notre prof de français nous fais une leçon sur le pont du Rhumel et sur les gorges la s'arrete mes souvenires sur cette ville dommage tes écris ou plutot ton copiage donne envie de faire un saut il faudrais y réflechir un fou qui aime les voyages a plus l'intelectuel des bas fonds

  3. #3
    Lalmani Avatar de Rayan 31
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    jais visite plusieure fois Constantine j'aime bien
    Tout ce que tu sais, ne le dis pas,
    Tout ce que tu lis, ne l'adopte pas,
    Tout ce que tu entends, ne le crois pas,
    Tout ce que tu peux ne le fais pas

  4. #4
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    Par défaut L’art de raconter Constantine à travers les romans

    Nedjma Benachour-Tebbouche. Universitaire et auteure

    L’art de raconter Constantine à travers les romans

    Docteur d’Etat en littérature francophone et comparée, Nedjma Benachour-Tebbouche est maître de conférences à l’université Mentouri de Constantine. Sa thèse sur la représentation littéraire de Constantine à travers différents genres, à savoir les récits de voyages, les témoignages et autres romans est l’aboutissement d’une recherche aussi approfondie qu’enrichissante.


    Commençons d’abord, voulez-vous, par une brève présentation de votre ouvrage et l’idée de porter une partie de votre thèse de doctorat dans un livre.

    Nedjma Benachour : l’ouvrage est extrait d’une thèse de doctorat d’Etat, donc c’est une recherche assez exhaustive sur la représentation littéraire de Constantine. La thèse est intitulée Constantine : une ville en écritures, dans le récit de voyage, le témoignage, le roman, a été soutenue en 2002. Au départ, c’est le jury qui m’a conseillé de publier ce travail de recherche car j’ai eu la chance et l’opportunité de consulter des ouvrages importants et rares. Une opportunité que j’ai voulu partager avec les lecteurs. En fait, je devais aborder le récit de voyage, mais j’ai finalement choisi de commencer par les romanciers parce qu’ils étaient les plus connus des citoyens.

    J’ai tenu, en avertissant, tout au début du livre pour ne pas être en porte-à-faux avec les textes les plus récents qui avaient pour ancrage Constantine, parus après 2002 et qui sont de plus en plus nombreux. Je citerai, entre autres, les romans Fascination et Hôtel Saint-Georges de Rachid Boudjedra, mais aussi les œuvres de Nadjia Abeer, Salim Bachi et autres. Je tenais surtout à respecter ce que j’ai fait dans ma recherche.

    Vous dites que chaque écrivain imagine sa ville selon ses représentations propres qui émanent, pour une grande part, de son histoire personnelle, est-ce cela qui vous a poussé à faire une exploration des lieux les plus proches de ces écrivains ?

    Oui et l’exemple le plus pertinent c’est peut-être Kateb Yacine qui est né à Constantine, alors que beaucoup de critiques pensent qu’il est né dans le constantinois. En fait, Kateb est né dans une maison dans le quartier de La Casbah, mais son grand-père l’a enregistré à l’état civil du Condé Smendou (actuel Zighoud Youcef). Kateb a gardé un lien très fort avec sa ville natale. Le lieu est très important par rapport au vécu et aux mémoires qu’on garde. Kateb a vécu dans un quartier très particulier de la ville où se trouve le café Nedjma et les fondouks de la ville. Des lieux qu’il décrit clairement dans son roman Nedjma. Pour Malek Haddad, on pense beaucoup au quartier de Bab El Kantara, au faubourg Lamy où il y avait la maison familiale, mais aussi le quartier de Sidi Djeliss où son père enseignait. Des endroits qui apparaissent dans la narration. Pour Roland Doukhan, qui est un Juif natif de la ville, c’est le quartier du Charaâ qu’on retrouve le plus. Quand on lit son roman Berechit, on reconnaît aussi la rue de France, la rue Nationale mais surtout la synagogue et le lycée d’Aumale où il a fait ses études avec Malek Haddad

    Justement, outre une lecture approfondie des œuvres des écrivains bien connus, vous avez eu le mérite de faire découvrir un auteur méconnu qui est aussi un enfant juif de la ville, il s’agit de Roland Doukhan à travers son roman Berechit.

    En fait, beaucoup de gens de lettres ne connaissaient pas Roland Doukhan. C’était une surprise pour moi de découvrir par hasard son roman Berechit dans une petite librairie de la ville. Roland Doukhan était un dentiste qui écrivait beaucoup avant de décider de publier son roman Berechit dans les années 1990. Il était très lié avec Malek Haddad et avait presque le même âge que lui. Il a quitté la ville avant l’indépendance pour faire des études en France. Revenu en 1963 à Constantine, il a été accueilli par la famille de Malek Haddad. La relation entre les deux hommes a été très particulière. D’ailleurs, le personnage de Simon Guedj dans Le quai aux fleurs ne répond plus de Malek Haddad est en partie inspiré par Roland Doukhan. Parallèlement, dans Berechit, le personnage de Kaddour s’inspire largement de Malek Haddad, même dans le portrait.

    Il y est décrit comme un rouquin qui aimait écrire et qui avait toujours la cigarette au bec, et tout le monde sait que Malek Haddad était un grand fumeur. On est en plein dans ce qui est intime aux deux écrivains par rapport à la ville et ce qu’ils ont vécu ensemble au lycée d’Aumale.

    C’est aussi la ville qui semble créer cette passerelle d’interculturalité.

    Vous savez, la magie de la littérature est qu’elle n’a pas de frontières, et cette passerelle d’interculturalité créée par la ville on la retrouve dans plusieurs autres ouvrages. Si vous lisez les notes de Flaubert, vous allez découvrir un homme qui est tombé amoureux fou de la ville lorsqu’il l’a visitée en 1856 au moment où il écrivait Salammbô. A peine a-t-il fait le voyage à Constantine qu’il est subjugué par la ville au point qu’il a décidé de reprendre la rédaction de Salammbô pour y mettre ce qu’il a observé à Constantine. Cette ville-carrefour a toujours inspiré les grands de la littérature universelle et algérienne. Parmi ces romanciers, Tahar Ouattar est plus connu surtout pour avoir développé tout un roman autour des ponts de Constantine.

    Parmi les écrivains qui ont été fascinés par la ville, vous évoquez aussi les noms de Maximilienne Heller et Nedim Gürsel.

    Maximilienne Heller que j’ai mise en note est aussi une fille de Constantine. Son livre La détresse des revanches est l’un des premiers romans du début du siècle, dont l’ancrage est Constantine, mais il est impossible de le consulter, car la seule copie se trouve actuellement au niveau de la Bibliothèque de Paris. Pour Nedim Gürsel, qui est aussi un Juif de la ville, je le cite dans les témoignages C’est un voyageur qui a laissé ses impressions dans des nouvelles.

    Vous parlez de la lisibilité d’une ville qui est devenue un objet d’imagibilité pour plusieurs écrivains, comment expliquez-vous cela ?

    Je suis partie de la description de Kevin Lynch, un célèbre urbaniste américain, qui dit qu’on visite une ville comme on lit un livre. Il y a des villes qui sont tellement profondes par leur richesse culturelle, leur histoire, leur topographie et l’architecture de leurs quartiers qu’on met du temps pour les comprendre. Il y a ainsi des villes qui, par leur lisibilité, provoquent une imagibilité très grande. Une lisibilité qui donne aussi plusieurs images. Constantine est de ces villes qui ont une forte imagibilité, mais celle de Malek Haddad n’est pas celle de Kateb Yacine.

    Comment expliquer qu’après les années 1970 et 1980 et la décennie noire la ville exerce toujours une influence sur plusieurs écrivains ?

    Je crois que la ville de Constantine arrive en force dans les romans, notamment durant les vingt dernières années, comme pour Nadjia Abeer, Salim Bachi, Noureddine Saâdi et autres. Comme le dit Malek Haddad dans son poème Une clé pour Constantine « on ne quitte jamais Constantine, elle colle à la peau ». Edhahma ou la ville écrasante qui colle à Boudjedra dans ses œuvres, a la puissante capacité de susciter la créativité. C’est une espèce de fascination à laquelle on ne peut échapper.

    A travers l’analyse de toutes ces œuvres qui puisent dans la ville, vous parlez d’un nouveau genre littéraire, est-ce le roman constantinois ?

    C’est la question que je me suis posée en réalisant ce travail. Je me suis dit comment appeler tous ces romans de Rachid Boudjedra, Tahar Ouattar, Nadjia Abeer, Djamel Ali Khodja, Malek Haddad, Kateb Yacine, Noureddine Saâdi, Ahlem Mosteganemi, soit des auteurs qui sont natifs de Constantine ou qui ont un lien très fort avec la ville, et pourquoi ne pas rassembler toutes ces œuvres sous l’appellation de roman constantinois ? L’idée vient d’être développée car il y a plein de choses magnifiques qui ont été écrites sur Constantine, que ce soit des romans, des nouvelles, des poèmes, des notes de voyages et des témoignages. Je trouve surtout que les témoignages de Malek Bennabi demeurent une œuvre magnifique.

    Comptez-vous publier un jour les deux autres parties de votre thèse ?

    J’espère d’abord avoir apporté, en toute modestie, une contribution scientifique à travers cette première publication. Je ne peux pas m’arrêter ainsi et le prochain livre est déjà prêt Ce sera Constantine et ses voyageurs. Pour les voyageurs je parlerai surtout des récits de Thomas Shaw, Léon l’africain, Guy de Maupassant et autres Gustave Flaubert, Gautier et Dumas. Des œuvres fantastiques écrites entre le XVIe et le XIXe siècle, qui nous révèlent des choses magnifiques sur une ville unique au monde.

    Par S. Arslan

    http://www.elwatan.com/L-art-de-raconter-Constantine-a

  5. #5
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    Par défaut Constantine : une ville en ecritures

    Extrait du résumé d'une excellente thèse sur la ville de Constantine dans la littérature d'expression française. C'est celle de Mme N. Bennachour.


    Citation:
    Constantine présente dans la spatialisation narrative de l’œuvre de Malek Haddad l’est aussi dans des textes littéraires (tous genres confondus) signés par des auteurs de nationalités et de statuts socioprofessionnels divers et c’est ainsi que Constantine, lieu de convergence, est devenu mon thème de recherche.

    Ce changement de perspective a permis l’élargissement et l’ouverture à d’autres textes où Constantine reconstruite par différentes pratiques discursives constitue l’ancrage spatial, unique ou partagé avec d’autres villes.

    Cette extension du sujet de recherche m’a offert l’opportunité de dévoiler l’extraordinaire capacité d’écritures qu’une ville peut susciter. Il est vrai que le site majestueux de Cirta-Constantine ainsi que son histoire ancestrale et tumultueuse (sa lisibilité) la prédestinent à cette charge créatrice (l’imagibilité). J’emprunte ces deux termes à l’urbaniste américain Kévin Lynch qu’il explicite dans son ouvrage L’image de la cité.

    Si l’analyse de Constantine, ville à la fois réelle et emblématique, est incontournable dans des romans tels Nedjma de Kateb Yacine, La dernière impression de Malek Haddad, Berechit de Rolland Doukhan, L’insolation, La prise de Gibraltar, Timimoun, La vie à l’endroit, Fascination de Rachid Boudjedra, La mante religieuse de Jamel Ali-Khodja ou Ez-zilzel de Tahar Ouettar (pour ne citer que ceux-la), elle l’est aussi dans certains textes tels les récits de voyage et les témoignages. Ici, la ville n’est pas en situation d’ambiguïsation. Mais il est bien entendu que cette désambiguïsation n’ôte rien à la qualité et aux différentes stratégies d’écriture qui sont conviées pour la mise en texte de Constantine car même dans ce type de discours (c’est à dire le Voyage et le témoignage) planent des zones d’ombre dans la mesure où toute écriture reconstruit la réalité observée -géographique ou autre.

    Ville du voyage, à travers les siècles et l’histoire, visitée par des géographes, des historiens ou des ethnologues célèbres de différentes nationalités tels Salluste, Pompénius-Méla, Strabon, Ibn Hawkal, El Idrissi, El Bekkri, Ibn Battûta, Hassan Ibn Mohamed el Ouazzan dit Léon L’Africain (venu 16ème ) l’anglais Thomas Shaw (venu au18ème ), Constantine attira au 19ème siècle, pour de multiples objectifs, un nombre encore plus important de voyageurs parmi lesquels d’illustres écrivains de ce siècle d’or de la littérature universelle tels, Alexandre Dumas (père), Théophile Gautier, Eugène Fromentin, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant et Jean Lorrain.

    J’ai privilégié l’analyse des récits de ces voyageurs car leur statut d’écrivains intéresse davantage une recherche qui s’inscrit dans le domaine de la critique littéraire. Ces textes qui ont exigé un réel effort documentaire- ils ne sont consultables que dans de rares bibliothèques parisiennes- m’ont ouvert des perspectives d’analyse d’une grande richesse . Sous la plume et le pinceau de ces artistes Constantine fut véritablement honorée. Ces récits de voyage ont immortalisé avec souvent beaucoup de poésie certaines pratiques culturelles comme la chasse du porc-épic (décrite par Flaubert), la danse rituelle féminine (décrite par T. Gautier) ou certains quartiers de la ville qui n’existent plus comme celui des tanneurs dépeint par le style fulgurant de Jean Lorrain. Sous la plume d’Alexandre Dumas l’histoire de la prise de la ville en 1837 devient un récit débordant de précisions et de théâtralité. C’est en visitant les gorges du Rhumel que Fromentin, fasciné par la splendeur du site, eut l’ultime conviction qu’il sera peintre.

    Par ailleurs, certains de ces voyageurs ont acquis de leur séjour constantinois un bénéfice littéraire et pictural. En effet dès leur retour en France , Flaubert réécrit son roman Salammbô en intégrant dans l’extra- texte -c’est à dire Carthage de la 1ère guerre Punique- le site, certains faits historiques et scènes culturelles observés à Constantine en mai 1858 ; Gautier en rentrant à Paris écrit une pièce théâtrale intitulée La juive de Constantine et Le Club des Hachichins, Eugène Fromentin (peintre et romancier) peint une toile titrée La place de la Brèche à Constantine.

    Par ailleurs les récits de ces voyageurs montrent que ce « genre » littéraire est à même de produire des textes d’une qualité certaine au plan de l’écriture et de ses stratégies.

    L’analyse des récits de voyage a permis à ma recherche de réaliser à son tour un bénéfice : en plus de la rencontre et de la découverte étonnante et fascinante des écrits de ces voyageurs ( avec celui de Louis Bertrand début 20ème s) ces récits dont l’ancrage se situe à un moment important de la rupture historico-sociale de la ville (c’est à dire milieu 19 et début 20ème s) m’ont, d’un point de vue méthodologique, offert l’opportunité de rappeler certains faits historiques ou d’expliciter certaines pratiques sociales et culturelles sans recourir à un exposé fastidieux ou surajouté.

    Les témoignages qui constituent un autre volet de mon corpus ont un statut discursif assez particulier. Leurs auteurs sont soit des natifs tels Josette Sutra, Camille El Baz, Michelle Biesse des écrivaines pieds-noires, Malek Haddad (avec Ballade sur 3 notes), Malek Bennabi ( avec Mémoires d’un témoin du siècle) ou alors des écrivains ayant vécu à Constantine tel Rachid Boudjedra (avec Vies quotidiennes contemporaines en Algérie). Le cas de Smaïn l’humoriste français d’origine algérienne est assez particulier : né à Constantine de parents inconnus il a quitté cette ville très jeune sans en garder de souvenirs précis, aussi son témoignage consigné dans Sur la vie de ma mère écrit après le voyage effectué en 1980 est davantage une enquête et une quête de son origine familiale.

    Ces témoins ont construit leurs récits sous le mode de la mémoire et de l’expérience. Leurs témoignages sont des sortes de récits de voyage mais où le voyage se déroule à l’intérieur de la mémoire. Ceci constitue la différence fondamentale entre les regards endogènes et exogènes sur la ville: l’histoire, les espaces, les pratiques ne sont pas perçus de la même manière. La mémoire, l’intimité et le vécu, véritables soubassements, donnent à ces témoignages une particularité discursive qui les placent à la confluence du récit de voyage et du roman, le premier (récit de voyage) est plus dénotatif, le second (le roman) est davantage fictionnel.

    L’aspect intimiste du témoignage m’a autorisé d’un point de vue méthodologique, à insérer dans la même partie de mon travail les témoignages et les romans non pas que les enjeux discursifs ou narratifs soient identiques mais pour en fait distinguer le regard extérieur à la ville (- des voyageurs-) de celui plus intime -des témoins à l’instar de celui des romanciers-.

    Par ailleurs un heureux hasard voulut que parmi les témoignages sélectionnés par mon corpus deux auteurs sont également deux célèbres romanciers du « roman constantinois ». Il s’agit de Malek Haddad et de Rachid Boudjedra.

    La charge intériorisée qui particularise Constantine dans les témoignages se déploie avec plus de force et d’imagination dans les romans. Dans ces textes fictifs, la lisibilité de Constantine, est certes présente mais pour en fait connaître une forte re-construction et une appropriation narrative car la créativité littéraire suppose l’espace imaginaire ou géographique. Dans les romans retenus, parus à différents moments importants de l’histoire sociale de la ville et du pays c’est à dire les années 1950, la guerre de libération nationale, les premières années de l’indépendance, le milieu des années 1980, la fin des années 1990 –avec les romans de Boudjedra, de Noureddine Saadi ou La Malédiction de Mimouni - Constantine qui sans être un simple extra-texte spatial dote la narration d’une épaisseur, d’une imagibilité : topographie référentielle elle est à même de constituer une topologie textuelle. Ainsi, dans les récits fictionnels, la ville (souvent concentrée sur un lieu : le fondouk dans Nedjma, el chara dans Berechit, le Rocher dans La Prise de Gibraltar de Boudjedra, les différents ponts dans Ez-zilzel ) dépasse sa simple réalité spatiale, historique, culturelle, sociale et familiale pour atteindre une dimension emblématique et symbolique. Tel un personnage elle est convoquée aux moments narratifs, parfois, les plus importants du roman (comme la symbolique du pont dans La Dernière Impression de Malek Haddad : ici la fonction réelle du pont –passer d’une rive à une autre- s’efface pour mettre en avant une représentation symbolique ; le pont est une passerelle entre deux communautés différentes qui ne s’entendent pas, cette incommunicabilité explique la destruction du pont construit par la narration).

    L’actantialisation de Constantine autorise l’affirmation suivante : la ville doit jouer un rôle narratif et idéologique lui permettant de se surpasser afin d'accéder à la ville fictive. Celle-ci conçue par une série de médiations relevant de l’origine sociale, du parcours familial, culturel, idéologique mais aussi du vécu et de la mémoire de l’écrivain est porteuse de significations. Les sens profonds que revêt la ville donnent alors à la narration une entière liberté. Je citerai quelques exemples analysée en détails dans ma recherche : Nedjma est aimée de 4 hommes car le Rocher « est encerclée de quatre ponts » (comme l’accès à la ville se faisait jadis par les 4 portes connues ou comme le pays était aimé de quatre tendances nationalistes), Saïd dans La Dernière impression construit un pont dans une ville de ponts, Rac pense qu’à Constantine « la vie est paisible, ordinaire. Banale. La vie à l’endroit » Dans l’ avant-dernier roman de Boudjedra, Constantine doit jouer un rôle cathartique par rapport à Alger de 1995 où sévit la violence et où la vie serait donc à l’envers. Je rappelle que l’énoncé « la vie à l’endroit » constitue le titre du roman.

    Ce corpus disparate mais ô combien passionnant a interpellé une série d’interrogations : est-il aisé de placer une frontière précise entre les aspects référentiels, dénotatifs et ceux qui relèvent du fictionnel ? Le récit de voyage et le témoignage peuvent-ils revendiquer leur spécificité littéraire, leur part de littérarité ? Mais voyage et littérature ne sont-ils pas liés ? La littérature n’est-elle pas un voyage dans l’imaginaire, dans la mémoire ?

    Ce corpus qui offre une variation de regards sur la ville est une sorte de pérennité de Constantine. Ces textes érigent une Constantine légendaire, une Constantine mythique

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