Qu'est-ce que la finance islamique?

Née dans les années 70, la finance islamique respecte les principes de la loi coranique, la charia. Il est interdit d'investir dans les secteurs de l'armement, de l'alcool, des jeux de hasard, de la pornographie et de l'industrie porcine. Le prêt à intérêt est interdit selon le verset 275 de la deuxième sourate - "Allah a rendu licite le commerce et illicite l'intérêt"). Tout investissement doit être attaché à un actif réel. Pour respecter ces préceptes, les banques islamiques et les filiales islamiques des banques conventionnelles ont dû se débrouiller.

Elles ont développé des astuces juridico-financières. Le moudaraba, par exemple, est une forme de partenariat où une partie apporte les fonds et l’autre l’expérience et la gestion. Le bénéfice réalisé est partagé entre les deux partenaires sur une base convenue d’avance, mais les pertes en capital sont assumées par le seul bailleur de fonds, indique la définition de la Banque islamique de développement (BID). Le bénéfice est ainsi un profit et non un intérêt.

Malgré une croissance annuelle de 10% à 15%, la finance islamique ne pèse actuellement que 700 milliards de dollars dans le monde. "Cela reste une goutte d'eau dans la finance mondiale" reconnaît Ibrahim Cekici, co-responsable du tout nouveau diplôme de finance islamique de l'Ecole de Management de Strasbourg. Selon une étude de Moody's, 60% de ses fonds se situent dans le Golfe Persique et 20% en Asie du sud. Les principales banques islamiques sont Al Rajhi Bank en Arabie Saoudite, Kuwait Finance House au Koweit et Dubai Islamic Bank aux Emirats Arabes Unis.

Le Royaume-Uni qui a autorisé l'ouverture de banques islamiques sur son territoire depuis 2004 est une figure de proue dans le monde occidental. Londres affiche ainsi sa volonté de devenir la place européenne de référence en matière de finance islamique. La France qui compte trois fois plus de musulmans que la Grande-Bretagne et qui est historiquement liée à des régions musulmanes a des cartes à jouer pour développer sa finance islamique. Christine Lagarde, ministre de l'Economie, semble en être consciente. En juillet dernier, elle déclarait que la France allait "développer sur le plan réglementaire et fiscal tout ce qui est nécessaire pour rendre les activités [de finance islamique] aussi bienvenues ici à Paris qu'à Londres et sur d'autres places". La marche est en route.

Delphine Halgand

http://www.e24.fr/finance/article48670.ece