« Un dîner presque parfait », émission-phare de M6, réalisant régulièrement des records d’audience auprès des ménagères de moins de 50 ans, est sponsorisée par une marque de poulet Hallal !

Aujourd’hui, il est possible de se procurer des produits halâl quasiment partout. Ils ne sont plus cantonnés aux boucheries de banlieue ni exclusivement à une population musulmane.

Chaque hypermarché possède son rayon estampillé « halâl », y compris au sein des quartiers les plus favorisés socialement…


Selon plusieurs estimations, la consommation de ce type de produits serait en progression de 15 % par an depuis 1998.

Alors que le marché de la viande traditionnelle est en baisse, comment une telle évolution a-t-elle pu se produire ?

Et surtout comment expliquer la consommation de la viande halâl, traditionnellement réservée à une pratique religieuse, par de nouveaux consommateurs non-musulmans ?

Dans les années 1990 apparaît la grave crise de la « vache folle » : tout ce qui ne part pas à l’export pour des raisons d’embargo entre dans les circuits traditionnels du halâl.

Les filières ovine et bovine sont en surproduction et recherchent des débouchés sur le marché intérieur.

Ainsi, les commerces dits de « viande halâl » se sont développés et ont remplacé bon nombre de boucheries non-rituelles qui avaient déposé le bilan.

Quelques années plus tard, ce sont les grandes surfaces qui s’emparent d’une partie du marché : une cible marketing de choix, puisqu’on compte 5 à 6 millions de musulmans en France dont 4 à 5 millions de consommateurs potentiels !

Pour des raisons d’habitudes culinaires, ces derniers consomment trois fois plus de volaille que la moyenne globale, ce qui représente 70kg/an par habitant.

80% environ de ce marché est couvert par les boucheries traditionnelles musulmanes et 20% par la grande distribution, qui s’appuie sur un communautarisme de plus en plus prégnant : en période de crise économique et de crise de valeurs, on note toujours un repli sur soi et ses semblables, sa religion ou sa « communauté d’origine ».

Les musulmans de la 3e génération sont de plus en plus soucieux de consommer une viande licite, conformément à leur religion.

Jérôme, responsable d’un grand hypermarché dans la banlieue de Rennes, nous explique a propos des rayons dits « éthniques » : « La demande était là.

Les opérations du Ramadan nous ont clairement montré que la communauté musulmane voulait d’autres produits.

Il y avait un créneau à investir. Sur ce nouvel espace, nous sommes à + 30% sur les onze derniers mois. »

Mais pour d’autres acheteurs, non-musulmans, il faut chercher ailleurs l’explication d’un tel engouement :

Selon Christelle, habitante de Courbevoie, « la viande halâl est plus tendre que la viande classique.

L’abattage rituel fait moins souffrir et ça se ressent dans l’assiette.

Et puis elle est plus contrôlée, par les temps qui courent, c’est plus sécurisant. »

Pourtant, des dires des bouchers hallal eux-mêmes, la majorité vient tout simplement… du marché de Rungis !



Alors, simple mimétisme, suivi d’une mode qui se veut « éthnique » ?

Ou même, n’ayons pas peur des mots, assimilation d’une certaine culture « banlieue » que se plait à copier les bobos et autres bourgeois tout court que l’on peut croiser aux concerts de NTM ?

D’après Sofiane B., boucher en Seine-Saint-Denis, « de plus en plus de personnes non-musulmanes achètent halâl. Il y a une réalité économique, qui rend nos produits plus attractifs : nous sommes moins chers que les boucheries non-halâl ! »

Si l’arrivée de la grande distribution sur le marché de la viande halâl peut permettre un contrôle mieux assuré du label et donc de la traçabilité de la viande, finalement, entre foi et phénomène de mode, entre orthodoxie et recherche de qualité supérieure, même si on pourrait pointer du doigt la trop grande emprise des religions sur le quotidien, il y a de grandes chances pour que ce soit l’ouverture à l’autre qui y gagne…et le business aussi, par la même occasion !

http://businessbondyblog.20minutes-b...e-pouvoir.html