POLÉMIQUE - Sarkozy fait bondir les médias internationaux

Publié le 17/04/2009

Par Ségolène de Larquier

Un porte-parole de l'Élysée a formellement démenti jeudi tous les propos de Nicolas Sarkozy, qui ont été également contestés par plusieurs témoins, sans convaincre en Espagne

Barack Obama "n'est pas toujours au niveau", José Luis Zapatero "n'est peut-être pas très intelligent" et José Manuel Barroso a été "totalement absent du G20". Et quid d'Angela Merkel ? "Quand elle s'est rendu compte de l'état de ses banques et de son industrie automobile, elle n'a pas eu d'autre choix que de se rallier à ma position."

Rapportés jeudi dans Libération , les propos prêtés à Nicolas Sarkozy, lors d'un déjeuner avec des parlementaires, ne sont pas passés inaperçus. Les démentis formels de l'Élysée et d'élus de l'opposition participant au repas n'y ont rien fait : la presse internationale s'en donne à coeur joie jeudi et épingle le chef de l'État.

"Le jugement de Sarkozy sur ses homologues : stupide, immature, hors de propos", titre le quotidien britannique The Guardian . Après avoir "irrité avec sa vantardise, fatigué avec son hyperactivité, et offensé avec sa tendance à envoyer des textos en pleine réunion", le locataire de l'Élysée "s'est surpassé". Et le quotidien de préciser : "En l'espace d'un déjeuner, le président français s'est débrouillé pour rabaisser Barack Obama, traiter Angela Merkel avec condescendance et insulter" le Premier ministre espagnol. En revanche, Nicolas Sarkozy aurait reconnu un mérite à Silvio Berlusconi en affirmant que "la chose la plus importante dans une démocratie, c'est d'être réélu". "Regardez Berlusconi. Il a été réélu trois fois." Le New York Times (qui titre Un repas avec Sarkozy : brochettes de dirigeants au menu ) en déduit que le Premier ministre italien semble être le "modèle" du chef de l'État français.

"Complexe de supériorité"

Pour le Times , les réflexions acerbes de Nicolas Sarkozy sur Barack Obama s'expliquent aisément : "Il est irrité par l'adulation dont jouit un dirigeant américain sans expérience, dont la popularité a éclipsé sa réputation de sauveur du monde." Et de conclure : "Il a mis fin à la courte lune de miel franco-américaine. (...) La France a repris son rôle de contrepoids à la puissance des États-Unis."

En Espagne, aussi, où l'ancien ministre de l'Intérieur se rendra en visite officielle les 27 et 28 avril, la polémique enfle depuis jeudi. La presse reprend en choeur la pique supposée mettant en doute l'intelligence du chef du gouvernement socialiste espagnol, critiquant, à l'instar de la chaîne d'information ABC , "le complexe de supériorité" du dirigeant français. "Fasciné par les commérages, Sarkozy donne la véritable mesure de son altière - et trompeuse - figure politique", commente encore ABC. Bon nombre d'Espagnols défendent José Luis Zapatero, y compris le vice-secrétaire de la communication du Parti populaire (droite), Esteban Gonzalez Pons : "Je ne me réjouis pas de ces déclarations, même s'il a parfois raison. Zapatero est notre chef d'État, c'est comme ça. S'il est attaqué, nous devons le défendre", rapporte El Pais . De son côté, El Mundo compte sur la présence prochaine à Madrid de Carla Bruni-Sarkozy pour "alléger les tensions et contenir les légèretés auxquelles se livre son époux quand il se sent à l'aise et désinhibé". En Catalogne, El Periodico (centre-gauche) glose pour sa part sur "le caractère fanfaron" du président français.

Plus clémente, la presse allemande aborde l'épisode factuellement, tout comme La Repubblica, en Italie, qui s'amuse de la "gaffe de Sarkozy".

Le Point.fr