Hier soir, Taoufik el-Madroussi est revenu en France. Une victoire pour ce lycéen sans papiers de Malakoff expulsé au Maroc en août dernier. La mobilisation a payé.

« Je commence à réaliser que je suis rentré . » Il est 22 heures hier, quand Taoufik el-Madroussi , les larmes aux yeux, pénètre dans le salon d’honneur de l’aéroport d’Orly.

L’émotion emplit la salle. A cet instant, le lycéen entame une seconde existence. Son expulsion vers le Maroc en août 2008 avait déclenché un énorme élan de solidarité dans tout Malakoff.

Un élan qui ne s’est pas affaibli au fil des mois, au contraire. Élus, militants associatifs, enseignants du lycée Louis-Girard, tous avaient fait le déplacement hier pour accueillir celui qui était devenu un symbole. « Je suis heureux, lâche Taoufik.
Je rentre enfin. Pendant ces longs mois passés au Maroc, j’ai beaucoup réfléchi. Il y eut des moments difficiles, mais jamais je n’ai perdu espoir. Ce soir, je commence une nouvelle vie. »

« Mon objectif, c’est décrocher le bac ! »

Taoufik était arrivé en France en 2002. L’année dernière, il a oublié de renouveler son titre de séjour.

Les autorités s’en rendent compte au printemps quand il est condamné pour un vol avec violence.
La procédure d’expulsion est lancée et aboutit le 26 août. Le jeune homme n’a pourtant jamais été seul. Sa famille, des amis, le Réseau éducation sans frontières (RESF), des parents, des élèves et des enseignants de son lycée s’élèvent alors contre cette expulsion. Ils créent un blog. Au fil des mois, courriers et manifestations devant le ministère de l’Immigration se multiplient.

Son ancienne prof de français, Elise Brutley, mène la fronde. Les autres lui envoient des devoirs, puis les corrigent. A chaque vacances scolaires, deux enseignants se rendent au Maroc pour soutenir Taoufik et le préparer à ses examens.

Le ministère a finalement décidé d’accorder un visa à Taoufik fin mars, juste avant que les enseignants ne mettent leurs menaces de grève à exécution. «

Je ressens beaucoup de bonheur. C’est la preuve que les seules batailles qu’on perd sont celles qu’on ne commence pas », résumait Elise Brutley qui était dans l’avion avec Taoufik hier.

« Cela montre qu’on peut faire reculer le gouvernement si on y met les moyens, martèle Richard Moyon de RESF.

Une mobilisation massive, construite, organisée, a permis cette grande victoire. »

Le jeune homme n’a manifestement pas l’intention de se laisser griser par cette liberté retrouvée : « Dès demain (aujourd’hui), je me remets à mes révisions.

Mon objectif n° 1, c’est décrocher le bac ! »

Source : Le Parisien - Olivier Bureau