Mohamed A.O., 26 ans, dit «Pokémon» est l’un des importants barons algériens de la drogue. Le frère de son adjoint, A.G., est le chef d’un réseau international de trafic de véhicules. Il a commencé par importer, clandestinement, des chaussures et vêtements de l’étranger pour les vendre en Algérie.

Ce qu’on appelle «El Kaba». Actuellement en fuite, il est armé d’un pistolet automatique. «C’est une personne très dangereuse. Il est impliqué dans plusieurs affaires de trafic de quantités colossales de drogue.
Il nous est arrivé de découvrir 200 kilogrammes de cannabis à bord d’une voiture de type Mercedes qu’il a abandonné pour prendre la fuite», selon le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui, commandant du groupement de Aïn Témouchent de la Gendarmerie nationale. «Plusieurs barons ont commencé par El Kaba», ajoute-t-il.
«Il nous a échappé, une fois, de justesse. Nous avons mené une opération pour son arrestation mais il réussi à prendre la fuite», lance-t-il.
«Il réside dans une région frontalière au Maroc. Comment est-il devenu baron de la drogue ? Il avait une ruse avec laquelle il a piégé de nombreuses personnes.
En procédant à une perquisition dans son domicile, nous avons trouvé plus de cent photocopies de cartes nationales d’identité, de cartes grises et d’actes de naissance. «Pokémon» faisait des photocopies de documents appartenant, à leur insu, à des personnes venues acheter de la drogue. Il leur fait, ensuite, du chantage.
Il a ainsi constitué un réseau international de trafic de stupéfiants», explique le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui. Le frère de A.G., adjoint de Pokémon «Abderrahmane 122», lui, dirige un réseau international de trafic de véhicules, révèle le commandant du groupement de la wilaya de Aïn Témouchent de la Gendarmerie nationale.
Il réside dans une région frontalière au Maroc. «Pokémon» et ce chef de réseau international sont recherchés par Interpol, sur demande de ce groupement de gendarmerie.
«Les trafiquants de drogue sont de connivence avec les trafiquants de véhicules et les réseaux internationaux organisant l’émigration clandestine», ajoute le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui. Les enchevêtrements entre ces réseaux internationaux sont multiples. Leur point commun reste l’argent qui circule, ainsi, parmi ces circuits.
Une partie de cet argent est blanchie. L’immobilier reste le domaine privilégié dans ces affaires de blanchiment. «Abderrahmane 122 possède 4 villas et 3 voitures de luxe de type BMW à Oujda, au Maroc, selon les investigations», confie le commandant de ce groupement de gendarmerie.
«L’erreur commise par Abderrahmane 122 est d’avoir recruté des membres de sa famille dans son réseau. Il a été identifié dans une affaire de 600 kilogrammes de résine de cannabis», ajoute le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui.
«Rami» est un autre baron algérien de la drogue, recherché, lui aussi, par Interpol à la demande de la Gendarmerie nationale. «Il possède plusieurs biens immobiliers au Maroc», selon le colonel. Lui, aussi, serait concerné par le blanchiment d’argent. «Il y avait, d’abord, des réseaux qui ont, par la suite, éclaté en plusieurs réseaux», lance le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui.
Les trois itinéraires des barons marocains

Les barons marocains de la drogue sont loin d’être en dehors de l’entrée de quantités colossales de stupéfiants en Algérie. Ils sont les fournisseurs, organisant l’entrée de drogues en Algérie, avant la prise en charge du transport de ces stupéfiants par des narcotrafiquants marocains et algériens.
Ils n’hésitent pas à armer leurs acolytes et à déclencher des accrochages avec les forces de sécurité algériennes, en territoire algérien. Il est à rappeler que deux éléments de la Gendarmerie nationale algérienne, dont un capitaine, ont été assassinés dans un des accrochages avec des narcotrafiquants marocains, en territoire algérien.
«Les barons marocains de la drogue ont trois itinéraires. Le premier, par voie maritime, consistant à transporter de la drogue vers la France. Le deuxième itinéraire de ces barons est Béchar et Tindouf, pour le transport de drogues vers le Moyen-Orient.
Le troisième itinéraire est de transformer l’Algérie en marché local, en inondant en stupéfiants, Maghnia, Aïn Témouchent, Alger et Annaba», lance le chef du groupement de la wilaya de Aïn Témouchent de la Gendarmerie nationale.
Les «Go Face» et les «Fantômes»

Quant à Beliyachi, gendarme exerçant dans ce groupement, spécialiste dans le trafic de stupéfiants, il détaille les itinéraires suivis par les narcotrafiquants dans l’acheminement des drogues.
«Les investigations ont démontré que ces narcotrafiquants et barons transportent leurs drogues à bord de zodiacs dits «Go Face», quand il s’agit de transporter ces stupéfiants vers l’Europe, et des zodiacs dits «fantômes» quand il s’agit de les transporter vers l’Espagne». Les «Go Face» sont très rapides et disposent d’une importante capacité en matière de quantités de stupéfiants à transporter, allant jusqu’à 5 tonnes.
Ils utilisent des Zodiac dits «fantômes» quand la quantité oscille entre 2 tonnes et 2,5 tonnes de stupéfiants, explique-t-il. «Les investigations ont révélé, par ailleurs, que ces stupéfiants proviennent de cultures de drogue du Nador, au Maroc. Les plants de cannabis sont cultivés par les chlouh, une population marocaine installée au Nador», ajoute-t-il.
Il semblerait que les pouvoirs politiques marocains ferment l’œil sur cet immense trafic, de crainte que cette population se rebelle contre le pouvoir marocain. Autrement dit, les narcotrafiquants marocains peuvent toujours continuer à inonder, impunément, l’Algérie en stupéfiants, en contrepartie d’une «paix sociale».
Martchika, QG du trafic de drogue

Martchika est une petite plage marocaine. Les investigations ont prouvé, selon la Gendarmerie nationale algérienne, que ce lieu est transformé par les narcotrafiquants marocains en quartier général de trafic de stupéfiants.
Ce serait à partir de là que des quantités importantes de drogue sont chargées à bord de véhicules pour être transportées vers l’Algérie. «Cette plage s‘étale sur 85 kilomètres carrés et compte 136 000 hectares de culture de cannabis, ont révélé les investigations», ajoute le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui.
Les pouvoirs politiques marocains ignorent-ils l’existence de ce quartier général ? Très peu probable vu la superficie importante de cet espace transformé en cultures de cannabis.
Le passage de dizaines de zodiacs, coûtant deux milliards de centimes l’unité, appartenant à ces narcotrafiquants marocains, à partir de plages de ce pays, ne peut pas être fait sans attirer l’intention des autorités marocaines concernées.
Les «ouvreurs de routes»

Arrivés au large de Aïn Témouchent, dans les eaux territoriales algériennes, ces zodiacs marocains observent un arrêt de deux heures, est-il constaté dans ces affaires. Le temps pour les narcotrafiquants marocains d’observer le mouvement dans ces eaux et de s’assurer qu’il n’existe aucune patrouille aux environs.
«Ils ont, peut-être, des ouvreurs de routes», lance le commandant du groupement de Aïn Témouchent de la gendarmerie. Ces zodiacs transitent par le passage Boukana, avant d’arriver à ces eaux algériennes. Une sorte de tunnel maritime.
Les zodiacs polonais

Il est prouvé que ces zodiacs utilisés par les narcotrafiquants marocains sont fabriqués en Pologne.
«Nous avons entrepris des démarches auprès du producteur pour connaître l’identité des acheteurs», ajoute le colonel Réda Abdelhamid Laidaoui. «Nous avons même trouvé un téléphone portable cellulaire abandonné sur l’un de ces zodiacs par l’un des passagers», lance-t-il, annonçant des investigations pour l’identification de cette personne. 1000 kilogrammes de cannabis dissimulés
L’affaire du naufrage, il y a un peu plus d’un mois, au large de la plage Sbiaât, à Aïn Témouchent, d’un zodiac marocain, avec à son bord 5 tonnes de résine de cannabis déstinés à être transportés vers l’Europe, connaît des rebondissements.
«Nous avons récupéré 2,6 tonnes de cette drogue à bord de cette embarcation et retrouvé, après recherches, d’autres quantités rejetées par la mer, au milieu de roches, entre autres, dans différentes plages, mais il reste 1000 kilogrammes de ces stupéfiants que nous recherchons toujours.
Cette quantité de drogue pourrait avoir été dissimulée, par des personnes, à Aïn Témouchent, en attendant la fin de ces recherches pour qu’ils puissent la commercialiser.
Nous multiplions les recherches pour empêcher cela», confie ce colonel. Des quantités de cette drogue contenue dans ce zodiac ont été, récemment, découvertes dans des plages de plusieurs wilayas du pays, dont Tipasa, annonce-t-il.
Des Africains utilisés par les barons marocains ?

Le commandant du groupement de Aïn Témouchent de la gendarmerie révélé, par ailleurs, que la découverte de ce zodiac marocain doté de quatre moteurs de 250 chevaux chacun, a été précédée par le repêchage de 7 corps d’émigrants africains, sur les côtes de Aïn Témouchent.
«Nous avons découvert la même marque de gilets de sauvetage sur leurs corps que ceux découverts sur ce zodiac. On soupçonne que les narcotrafiquants marocains utilisent des émigrants africains pour le transport de drogues vers l’Europe à bord de zodiacs», ajoute le commandant du groupement de Aïn Témouchent de la gendarmerie.

M. Abi (Ouest-tribune)