Abou Dhabi a vendu une participation de plus de 11% dans Barclays, réalisant une plus-value de l'ordre de 1,5 milliard de livres (1,7 milliard d'euros) sur un placement qui a permis à la banque britannique de surmonter la crise financière

Mais les marchés craignent à présent que d'autres actionnaires ne tirent parti du récent rally des valeurs bancaires pour prendre leur bénéfice.

Barclays a levé des funds auprès d'investisseurs du Qatar, de Chine, du Japon et de Singapour l'an passé.

Ce qui explique que l'action Barclays chute de plus de 14%, la plus forte perte en Europe pour l'instant, tandis que l'indice des bancaires européennes recule de 1,57%, la plus forte baisse sectorielle de la journée.

L'International Petroleum Investment Company (IPIC), une société publique de l'émirat, a vendu mardi pour 3,5 milliards de livres environ d'instruments financiers qui doivent être convertis en actions Barclays d'ici la fin juin.

Les titres ont été vendus 265 pence pièce, a précisé Crédit Suisse, l'intermédiaire chargé de l'opération. Le placement s'est fait avec une décote de 16% sur le cours de clôture de lundi (316,25 pence).

"Cette opération tactique entraîne des questions sur les investissements étrangers dans les grandes sociétés, en provenance en particulier de la région du Golfe", estime Manoj Ladwa (ETX Capital, Londres). "Il ne serait pas étonnant de voir baisser d'autres sociétés avec ce genre d'exposition".

"C'est vraiment un signal négatif pour le secteur bancaire", renchérit David Thébault (Global Equities, Paris). "Après être entrés au début de la crise du crédit pour prendre des participations dans les banques en difficulté, ces types (IPIC) disent maintenant: le rebond des financières est terminé et les cours sont mûrs pour des prises de bénéfice".

GRINCEMENTS DE DENTS

Temasek, investisseur public de Singapour, détient un peu moins de 2% de Barclays et son futur directeur général pourrait alléger les avoirs bancaires pour alourdir ceux de l'énergie et des biens de consommation, expliquaient des analystes de Nomura mardi.

IPIC, véhicule d'investissement de la famille royale d'Abou Dhabi, aura pratiquement doublé son bénéfice depuis l'achat d'obligations convertibles en octobre, lorsque Barclays avait choisi de passer par le privé plutôt que faire appel à la manne publique.

La banque avait fait grincer des dents ses actionnaires à l'époque, ceux-ci estimant que les investisseurs du Moyen-Orient se voyaient proposer des conditions plus avantageuses qu'à eux-mêmes.

Les obligations seront converties en principe en 1,3 milliard d'actions à raison de 135p pièce avant la fin du mois. Si l'on inclut la conversion d'autres obligations émises l'an passé, en faisant abstraction toutefois des droits de souscription (warrants) détenus par Abou Dhabi et d'autres, la participation vendue représente un peu plus de 11% de la banque britannique.

L'action Barclays a plus que quintuplé au cours des trois derniers mois, l'autorité de tutelle ayant jugé ses fonds propres adéquats.

L'IPIC a fait savoir qu'il envisageait également de vendre pour 1,25 milliard de livres d'un autre instrument financier acheté au même moment - un instrument de réserve payant un intérêt annuel de 14% - mais il ne compte pas céder ses warrants.

Abou Dhabi avait investi jusqu'à 4,75 milliards de livres dans Barclays, dont 1,5 milliard en warrants exerçable à 197p. Sa participation tomberait à 5-6% environ par le seul exercice de ces droits, à comparer à un peu plus de 16% en puissance.

IPIC, qui a acheté en mars une participation de 9% dans le groupe industriel allemand Daimler, affirme qu'il a le plus profond respect pour la banque, sa direction et sa stratégie, mais il ajoute que sa propre stratégie s'exerce plutôt sur les investissements liés aux hydrocarbures.

Le cheikh Mansou ben Zaied El Nahyan, membre de la famille royale d'Abou Dhabi, président de l'IPIC, a supervisé cet investissement. Sa fortune personnelle est estimée à 4,9 milliards de dollars. Il a acheté cette année le club de football de Manchester City.

Version française Wilfrid Exbrayat
http://fr.news.yahoo.com/4/20090602/...e-7318940.html