L'Opep a décidé mercredi de réduire sa production en retirant 520.000 barils par jour du marché pour enrayer la chute du prix du pétrole brut, tombé brièvement sous 100 dollars le baril, une victoire des "faucons" du cartel, notamment l'Iran, et un camouflet pour l'Arabie saoudite.

L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a décidé de revenir immédiatement "aux quotas de septembre 2007", ce qui équivaut à "28,8 millions de barils par jour en excluant l'Indonésie", qui quitte le cartel, indique l'Opep dans le communiqué publié à l'issue de sa 149e réunion, à Vienne où se trouve son siège.

Les membres de l'Opep se sont aussi "engagés à respecter strictement ces quotas". Si le maintien des quotas n'a rien d'étonnant, la baisse effective que constitue l'appel explicite à mieux les respecter a créé "une réelle surprise pour les marchés", selon les économistes de Barclays Capital. La décision équivaut de facto "à une baisse de production de 520.000 barils par jour" de la production du cartel, a reconnu le président en exercice de l'Opep, l'Algérien Chakib Khelil.

Le passage symbolique mardi soir des cours du pétrole sous 100 dollars a sans doute donné un argument fort aux "faucons" du cartel, pressés de réduire l'offre pour enrayer la chute des prix. Le baril de Brent, échangé à Londres, a touché dans la nuit 98,89 dollars, un plus bas depuis le 25 mars. Il a chuté de 30% depuis son record de 147,50 dollars par baril le 11 juillet.

La décision est un camouflet pour l'Arabie saoudite qui avait, juste avant la réunion, laissé entendre que l'Opep ne toucherait pas à sa production et s'était dite satisfaite du repli des prix.

A l'inverse, elle signe la victoire du clan "dur" du cartel, emmené par l'Iran et le Venezuela. Ce dernier avait annoncé au début de la réunion que l'Opep allait demander aux pays dépassant leur quota officiel de faire preuve de discipline et a donc obtenu gain de cause.

Plus surprenant de la part d'un pays voisin et généralement ami de l'Arabie, le ministre koweïtien du Pétrole, Mohammad al-Olaim, avait également souligné que "les pays devraient respecter en permanence leur quota".
Les "faucons" du cartel n'avaient pas apprécié l'initiative prise en juin par l'Arabie saoudite, non seulement d'augmenter unilatéralement sa production d'un demi-million de barils par jour, mais aussi de convoquer à Djeddah, hors des auspices de l'Opep, une réunion internationale avec les pays consommateurs pour tenter d'enrayer la flambée des prix.

Ces décisions de Ryad, à la suite d'une intervention du président américain George W. Bush, inquiet de la forte hausse des prix du pétrole brut, avaient contribué à amorcer un repli des cours du baril, alors que s'accumulaient les signes de fléchissement de la demande mondiale. L'Arabie pompe aujourd'hui autour de 9,6 millions de barils par jour (mbj) pour un quota de seulement 8,94 mbj.

Face à une économie mondiale fragilisée, l'Opep veut éviter une répétition du scénario catastrophe de 1998, qui avait vu les prix tomber à 10 dollars le baril dans la foulée de la crise asiatique.

"Les prix pétroliers ont chuté de façon significative ces dernières semaines", dans la foulée du ralentissement économique qui se traduit par "une baisse de la demande" et "une augmentation des risques de baisse" des cours du pétrole, argumente le cartel dans son communiqué. Le secrétaire général de l'organisation, Abdallah el-Badri, a même dit que les Etats-Unis "peuvent commander leurs entreprises mais pas l'Opep".

L'Opep a officialisé lors de cette réunion le départ de l'Indonésie du cartel, annoncé en mai car elle est devenue importatrice nette. L'Indonésie produit 870.000 barils par jour sur un total de 29,67 millions pour les 12 pays membres soumis à des quotas, l'Irak étant exclu de ce système. Son départ est plus que compensé par l'arrivée de l'Angola (1,85 mbj) et de l'Equateur (500.000 barils par jour).

L'Opep tiendra sa prochaine réunion le 17 décembre à Oran, en Algérie.
Dans son rapport mensuel publié mercredi, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a abaissé sa prévision de demande mondiale de pétrole pour 2008 et 2009.

Par Delphine DECHAUX - Le Point