Malgré la crise, ils sont de plus en plus nombreux sur le continent. Modes de vie, lubies, dépenses, nouveaux comportements... Voyage à l’intérieur du monde onirique des fortunes africaines.

En près d’un demi-siècle d’indépendance, l’Algérie a vécu trente ans de socialisme et une décennie de terrorisme, contre dix ans seulement d’ouverture économique. Le contexte algérien n’a jamais été très clément pour les riches.

À l’époque socialiste, il ne faisait pas bon afficher sa fortune. Les signes extérieurs de richesse (résidences de luxe, accès aux meilleurs sites balnéaires, collections de voitures de sport…) étaient alors réservés à une caste de hauts commis de l’État. Plus tard, cette nomenklatura civile et militaire s’est fait concurrencer par une catégorie de nouveaux riches, les beggara (littéralement : « les vachers »), des éleveurs des Hauts Plateaux et des maquignons qui régnaient sur le marché local de la viande rouge !

Avec l’explosion des cours du pétrole, ces dernières années, le produit intérieur brut (PIB) a doublé. La gestion prudente de cette manne a consolidé la croissance et multiplié les opportunités d’investissements. Résultat : de solides fortunes se sont constituées.

Les nantis d’aujourd’hui consomment comme les puissants d’hier. Une résidence à l’étranger, de préférence à Monaco, à la Barbade ou – mieux encore ! – en Suisse est de rigueur. La proverbiale discrétion des banques helvètes est au moins autant appréciée que le calme des rives du lac Léman…

La même discrétion est de mise en Algérie. Le must ? Posséder une habitation principale à Poirson, le célèbre quartier chinois situé sur les hauteurs de la capitale, où vivent encore les figures historiques du pouvoir. Le mètre carré s’y négocie à 180 000 dinars (près de 1 800 euros).

Les enfants des milieux privilégiés fréquentent les meilleurs établissements privés du pays, avant de partir étudier dans les universités américaines et britanniques. Pour sortir le soir, le manque d’espaces appropriés (quatre boîtes de nuit dignes de ce nom à Alger, pour 3 millions d’habitants) pousse les riches à partir « s’éclater » le week-end dans les clubs de Barcelone et de la Costa del Sol. Et pour leurs sorties en semaine, ils préfèrent la table de L’Auberge du Moulin, à Chéraga, ou celle du Golf, à Dely-Ibrahim (150 euros par personne, boissons non comprises) aux palaces algérois.

Cherif Ouazani
Jeune Afrique