A nous... la Tunisie !
par M.Saâdoune

Avant d'attaquer un Ramadhan qui promet, pour de multiples raisons, d'être éprouvant et «brûlant», de nombreux Algériens partiront en vacances.

Ils le font de plus en plus en famille et ils dépensent «ce qu'il faut» pour se réparer et se redonner du jus. Cette catégorie de vacanciers algériens est en croissance constante.

En attendant une ouverture de la frontière algéro-marocaine qui ne vient pas, c'est vers la Tunisie qu'ils vont.

Ils ont été un million et demi à faire le voyage en 2008 en Tunisie, où ils trouvent une réponse à leur demande en adéquation avec leurs moyens.

Quand des professionnels du tourisme tunisien disent qu'ils aiment les Algériens, il faut les croire. Ils sont sincères. Les Algériens avec les Libyens pèsent considérablement dans les recettes touristiques de la Tunisie.

Et il faut le dire aussi : les Tunisiens le méritent.

En dépit des inévitables râleurs, les Algériens qui vont en vacances chez nos voisins tunisiens reviennent satisfaits et en général décidés à revenir.

Ceux qui se sont offert des vacances au pays et en Tunisie ont vite fait la comparaison : le rapport qualité-prix est totalement en défaveur de l'Algérie.

La destination Tunisie, à moins d'une improbable ouverture de la frontière avec le Maroc, va donc continuer pendant longtemps à capter la demande algérienne.

S'il faut se féliciter que les frères tunisiens en profitent, cela n'empêche pas de se demander pourquoi face à une demande de plus en plus forte, l'offre algérienne de tourisme - et de loisirs - reste aussi basse.

Il ne s'agit pas de concurrencer les Tunisiens et les Marocains qui sont depuis longtemps sur le créneau. Les chiffres sont d'ailleurs éloquents : en 2008, l'Algérie a reçu 500.000 touristes étrangers, alors qu'ils ont été 8 millions au Maroc et 7 millions en Tunisie !

On a même constaté une tendance des Algériens expatriés à substituer le «voyage au bled» par un rendez-vous avec la famille en Tunisie...

La destination Algérie est boudée par les Algériens.

L'ambitieux objectif d'accueillir et d'attirer 20 millions de touristes étrangers par an à l'horizon 2025 ne semble pas connaître un début de frémissement.

Attirer les touristes étrangers est un objectif louable.

Mais notre capacité à répondre à une demande locale qui existe déjà et qui grandit chaque année, est un indicateur que l'industrie s'est mise en branle.

Or, ce marché des vacances des Algériens se développe alors que l'offre refuse obstinément de suivre.

C'est d'ailleurs déroutant au plan de l'analyse économique, cette demande importante qui ne suscite pas d'offres !

Dans d'autres pays, c'est l'offre qui essaye de susciter la demande.

Apparemment, la réalité algérienne continuera pendant longtemps à être réfractaire aux logiques économiques qui paraissent évidentes ailleurs.

En attendant que les choses bougent, le vacancier algérien continuera à faire le choix du consommateur rationnel.

Il ira se reposer et dépenser en Tunisie.

quotidien d'oran