En cette période de crise, les Français, qui ont la réputation de se méfier des banques, ne se contentent plus de cacher leur argent sous leur matelas, ils investissent également dans les vaches.

Pour Pierre Marguerit, 60 ans, ces animaux constituent un investissement fiable, sans risque et écologique, un placement à long terme sur une ressource renouvelable. Ces types de placement n’ont rien de nouveau – ils remontent à Richard Cœur de Lion –, et le mot anglais capital vient d’ailleurs du *français cheptel.

L’année dernière, l’entreprise de M. Marguerit a connu une croissance de 40 % et cette année, elle a déjà “pratiquement doublé son chiffre d’affaires”, explique le directeur d’Elevage et Patrimoine, une entreprise de conseil en investissement bovin sise à Meyzieu, dans le Rhône, et président de Gestel, une entreprise de “location” de vaches laitières qui met en relation agriculteurs et investisseurs.

“Ceux qui ont des économies ne veulent pas les gaspiller, dit-il. Les Bourses ont chuté et les gens veulent désormais placer leur argent dans un investissement plus stable et à long terme.” Il ne s’agit peut-être pas d’un placement “vache à lait”, mais investir dans des holsteins vous rapportera 4 à 5 % nets par an. Un profit basé sur une croissance on ne peut plus naturelle : la vente des veaux “produits” par vos génisses. Comparé aux maigres taux d’intérêt offerts par les banques françaises, c’est un bon placement. En général, les investisseurs achètent entre dix et vingt génisses, à 1 250 euros par tête, et peuvent soit vendre les veaux chaque année ou les ajouter à leur cheptel, explique L’Association française d’investissement en cheptel (AFIC).

En cette période difficile, c’est un bien meilleur investissement que l’immobilier et bien moins volatil que la Bourse, explique M. Marguerit. Il poursuit sa démonstration en faisant l’éloge de la nouvelle passion des Français pour tout ce qui est “naturel, bio et durable”.

Les Français ont toujours eu une vision très romantique de la vie à la campagne et se sentent une âme de paysan. “Ça fait partie de notre patrimoine.” Depuis la crise financière, “il y a comme une prise de conscience, le retour à la réalité est très dur et les gens se posent de vraies questions, ajoute-t-il. Alors, pourquoi ne pas diversifier ses investissements en acquérant des vaches ?

Cet arrangement a permis à Richard Durand, 48 ans, de moderniser son exploitation laitière, qui couvre 200 hectares, à quarante-cinq minutes au sud-est de Lyon. Ses holsteins y sont choyées et jouissent d’une vue superbe sur les montagnes et les verts pâturages où elles paissent l’été. Et elles peuvent même s’offrir un petit massage quand bon leur semble en venant se frotter sur une grande brosse ronde dont leur propriétaire vient de faire l’acquisition. Il a rebaptisé son exploitation “la Ferme des vaches heureuses”, et c’est exactement l’impression qu’elle donne. M. Durand, qui connaît toutes ses vaches par leur nom, en loue 37 sur les 100 que compte son cheptel.

Ennuyeuses à mourir mais si attachantes vaches

Elever des vaches qui appartiennent à d’autres lui donne droit à des réductions d’impôts et libère près de 17 % de son capital, qu’il emploie à des travaux ou à des investissements, explique M. Durand.

Ses trois enfants ont quitté le foyer et ne veulent plus rien avoir à faire avec les bêtes à cornes. Les vaches ont un bon tempérament mais sont des bêtes ennuyeuses à mourir, reconnaît-il. “Elles passent huit heures à manger, huit heures à dormir et huit heures à ruminer.” M. Durand vend sur les marchés artisanaux de la région l’excellent fromage blanc, le beurre et les yaourts qu’il fabrique avec une partie du lait de ses bêtes, et vend le reste de sa production – 750 000 litres au total – à la coopérative locale.

Actuellement, selon l’AFIC, il y aurait 37 000 vaches sous contrat en France dans près de 880 fermes. Mais le marché potentiel est énorme, insiste M. Marguerit : ce chiffre pourrait avoisiner le million de têtes en France et 6 millions en Europe. Et, en bon vendeur, il termine par un argument religieux : “C’est également un investissement compatible avec la charia.”

Par Steven Erlanger / International Herald Tribune, Courrier International