La ville de Zouérat, dans le nord de la Mauritanie, est en plein effervescence pour ce Ramadan, une prospérité due en grande partie à l'essor du commerce transfrontalier.

Par Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud pour Magharebia à Nouakchott — 20/08/09


Zouérat, importante plateforme commerciale et minière très prospère en Mauritanie, ressemble de plus en plus à ces passerelles de prospérité susceptibles d'accélérer l'intégration économique de la région.

Les opportunités offertes par Zouérat apparaissent encore plus manifestes à l'approche du Ramadan, lorsque les similitudes historiques, géographiques et culturelles entre l'Algérie et la Mauritanie convergent vers cette ville du nord-ouest de la Mauritanie.

Le commerce du Ramadan fleurit dans cette ville de 35 000 âmes, apportant ses lots de dattes, de légumes, de lait en poudre, d'huiles et de farine. En cette saison, les flots de gens franchissant la frontière algéro-mauritanienne chaque jour se mêlent aux vacanciers et à un nombre de commerçants plus important qu'à l'accoutumée.

Cette frontière enregistre également le passage de membres du Front Polisario, qui trouvent à Zouérat de quoi faire vivre les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf.

La plus grande partie de ce trafic à ce point frontière, ouvert en 1980, s'effectue par camions.

"Nos camions entrent chaque jour en Mauritanie avec leurs plaques minéralogiques étrangères, transportant différents produits", explique Mohammed Ould Ahmed, un chauffeur routier sahraoui.

"Nous n'avons jamais fait l'objet de quelconques harcèlements", ajoute-t-il. "Nos relations avec les autorités mauritaniennes sont bonnes, et nous n'avons aucun problème, grâce aux liens fraternels qui existent entre l'Algérie et la Mauritanie."

Les propos d'Ahmed font ressortir un facteur clé à l'origine du succès de Zouérat, capitale de la province de Tiris Zemmour : le "commerce intermédiaire" très profitable de la ville, tel qu'il est appelé, se caractérise par une absence totale de droits de douane.

"Toutefois, les marchandises ne peuvent être transportées vers d'autres villes de Mauritanie sans payer les droits de douane", précise Ahmed. "Ce que nous comprenons très bien."

Ce véritable déluge saisonnier de marchandises signifie que le marché est saturé, entraînant de fait une baisse des prix spontanée dont profitent les habitants de Zouérat.

En fait, bien que la plupart des habitants travaillent dans l'industrie minière du fer, de nombreuses familles vivent des revenus du commerce transfrontalier et du commerce intérieur qui lui est lié.

Elles achètent les légumes dès qu'ils arrivent d'Algérie et les revendent aux villages alentour à un prix plus élevé.

D'autres commerçants achètent les marchandises sur le marché et les transportent par train jusqu'à Nouadhibou. Le train permet de transporter gratuitement différents produits sur les 650 kilomètres qui séparent les deux villes.

Les profits réalisés par ces commerçants leur garantissent une vie décente, synonyme d'un accès à une meilleure éducation et au paiement des soins de santé.

"Je me rappelle quand j'étais enfant, j'allais avec mon père acheter des marchandises aux Algériens et aux Sahraouis à des prix très bas", explique Mohammed Fadhel, aujourd'hui âgé de 32 ans. "Après, nous allions les vendre à Nouakchott et Nouadhibou, ainsi que dans d'autres villes de l'est du pays."

"Aujourd'hui, mon père est très âgé, mais je continue à travailler dans ce secteur", ajoute ce commerçant. "J'adore cette profession, qui m'a permis de gagner pas mal d'argent."

Ces histoires de familles confirment les observations de nombreux analystes et économistes, qui considèrent Zouérat comme un modèle pour l'intégration économique de la région