Le naufrage de Lehman Brothers provoque une tempête
Panique sur le système financier mondial


C'est la panique sur les Bourses mondiales. Comme pour les crédits hypothécaires, la crise vient des Etats-Unis. Une semaine après la nationalisation de Fannie Mae et de Freddie Mac, c'est la banque d'affaires Lehman Brothers qui sombre. Ses dirigeants, pour essayer de sauver ce qui peut encore l'être, ont déclaré l'établissement en faillite et se sont placés sous la protection du « chapitre 11 » pour « protéger ses actifs et maximiser sa valeur, faute d'avoir trouvé un repreneur ». La Barclays Bank, qui était candidate à la reprise, se serait retirée après le refus du secrétaire au Trésor, Henry Paulson, d'engager des fonds publics dans un sauvetage de Lehman. Deux nationalisations, c'est déjà beaucoup, une troisième, cela aurait été trop... L'annonce a provoqué une secousse de forte magnitude dans le système financier mondial où l'on parlait de lundi noir. Lehman Brothers, banque d'affaires spécialisée dans les produits « dérivés », avait été affectée par la crise des subprimes et a perdu près de 4 milliards de dollars entre juillet et septembre.

Bear Stearns, Fannie Mae, Freddie Mac, Lehman Brothers...

En une année, la valeur de l'action de la Lehman a été divisée par 16. L'absence de repreneur a donc contraint la quatrième banque d'affaires de Wall Street à se mettre en faillite. L'onde de choc a touché l'ensemble des bourses en Asie, en Europe et même dans les pays du Golfe. Le dollar a baissé face à l'euro et les principales matières ont toutes nettement reculé.

Les grandes banques ont été affectées et leurs cotations ont baissé. Le marché est devenu très nerveux, suspectant que cette faillite n'était que l'entrée en matière d'une crise plus ample. Dans la même journée en effet, la Bank of America a entrepris d'absorber en catastrophe Merrill Lynch. Idem pour le premier groupe d'assurance nord-américain, l'American International Group (AIG), qui n'arrivait pas à lever 40 milliards de dollars nécessaires pour faire face à ses échéances.

« Il s'est passé autant en une journée que dans toute l'histoire financière depuis le grand krach de 1929 ». Les propos d'un responsable d'un groupe financier américain ont donné le ton et ont été repris dans le monde entier. L'idée, encore impensable il y a peu, d'un effondrement de Wall Street, ne relève plus de la fiction.

Les discours des autorités américaines sur la solidité du système financier américain sont pris à nouveau à défaut. Le « bout du tunnel » n'est pas proche. Au contraire, a dit lapidaire et cruellement le ministre allemand des Finances, « le bout du tunnel est proche mais un train vient dans le sens inverse ». La crise est si grave que les autorités américaines, championnes du libéralisme et ardents défenseurs de « la main invisible » du marché, se retrouvent contraintes à des mesures flagrantes de « dirigisme » et « d'étatisation », ces mots tant honnis par la vulgate néolibérale.

Privatiser les bénéfices et socialiser les pertes

Face à la possibilité d'une débâcle financière générale grave, les autorités américaines n'ont pas « laissé faire » le marché. La puissance publique est intervenue massivement - 200 milliards de dollars - pour sauver ces institutions privées. De quoi donner une illustration in vivo des critiques d'un système où les « bénéfices sont pour quelques-uns et les pertes pour tous » !

Pour la première depuis sa création, la Banque centrale américaine a annoncé qu'elle allait accepter des actions en guise de garantie pour des prêts de liquidités. Mais même cette injection de liquidités par la Réserve fédérale américaine risque de ne pas avoir une incidence décisive. Le système est devenu à ce point pervers qu'il ne semble plus en mesure de permettre une évaluation correcte des pertes.

L'annonce surprise de la reprise de Merril Lynch par la Bank of America n'a pas rassuré une opinion qui s'interroge sur l'ampleur réelle de la crise qui frappe le monde bancaire américain. Une liquidation brutale des actifs de Lehman Brothers aurait des conséquences incalculables sur le reste de la finance mondiale, où les activités des banques sont étroitement imbriquées. Un groupe de dix grandes banques internationales (Bank of America, Citibank, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Merrill Lynch, Morgan Stanley, la britannique Barclays, l'allemande Deutsche Bank et les suisses Crédit Suisse et UBS) - les mêmes qui ont constitué lundi un fonds «antifaillite» de 70 milliards de dollars - s'est en conséquence engagé à faciliter un dénouement des positions de la banque d'affaires dans le maquis des marchés non régulés des dérivés de crédit.

Les Bourses mondiales accusent le coup. Elles étaient en forte baisse. Les investisseurs sont inquiets et se tournent vers les valeurs refuges.

Qui sera le prochain naufragé, jusqu'où ira la contagion ? Ce sont les questions qui se posent avec acuité à des opérateurs déboussolés.

K. Selim - Quotidien Oran