Le week end universel coûte cher au pays
1 milliard de dollars de pertes chaque année


Après les entreprises, bientôt l’administration?

Il s’agit d’un dossier épineux qui s’ajoute aux autres déjà nombreux du gouvernement: le week-end universel.

La Nouvelle conserverie algérienne (NCA), qui fabrique les célèbres jus de fruits «Rouiba», vient d’adopter, pour ses travailleurs, le nouveau week-end et cela depuis le 6 septembre dernier. Ainsi, les travailleurs de cette entreprise privée se reposent le vendredi et le samedi au lieu du jeudi et vendredi, week-end officiel algérien. La NCA, qui est une entreprise privée et de droit algérien, rejoint ainsi Arcelor-Mittal Annaba, filiale algérienne du géant mondial de l’acier qui avait décidé en juin 2007 d’adopter le week-end du vendredi et samedi au lieu des jours de repos habituels. Il faut signaler que ce n’est pas la seule entreprise étrangère de droit algérien qui adopte le week-end universel.

Les opérateurs de téléphonie Djezzy, Nedjma et même Lacom, les plus importantes entreprises de télécom dans le pays, ne travaillent pas les vendredis et samedis et cela depuis leur installation en Algérie. A cela s’ajoutent les ambassades orientales et surtout occidentales comme celles de la France, la Grande-Bretagne ou encore celle du Canada, qui est revenue au week-end universel depuis le mois de mai dernier. Seule l’ambassade des États-Unis adopte encore le week-end algérien.

Si l’adoption du week-end universel par les entreprises étrangères est normal en raison des échanges commerciaux et de communication avec leurs maisons mères à l’étranger, le choix de la NCA est tout de même surprenant et audacieux, car elle reste la première entreprise privée locale à se plier aux exigences économiques internationales et cela au détriment de la politique locale. Une décision qui, si elle n’est pas suivie de réaction étatique ou gouvernementale, peut pousser les autres groupes économiques tels que SIM ou Hamoud Boualem qui possèdent des échanges commerciaux importants avec des pays occidentaux et voisins.
Sur le plan politique, le week-end universel a ses défenseurs et ses opposants. Le premier qui applaudira la décision de NCA sera le Forum des chefs d’entreprises (FCE) qui avait appelé ses adhérents à opter pour un nouveau week-end, les vendredi et samedi.

L’Ugta avait pour sa part préconisé aux pouvoirs publics de modifier les journées de repos hebdomadaire et d’opter pour les vendredi et samedi comme nouveau week-end pour tous les travailleurs algériens. Mais le gouvernement n’a pas répondu favorablement à cette demande, tout en laissant les entreprises décider seules de changer leur week-end.
En fait, les autorités avaient sérieusement envisagé, durant les années 90, du temps du gouvernement Hamrouche et de Ghozali, de revenir au week-end universel (samedi et dimanche) pour des raisons politiques: lutter contre l’influence des islamistes radicaux. Mais, finalement, ces derniers ont eu raison du gouvernement. Aujourd’hui, les partis islamistes comme En Nahdha, Islah et le MSP soutiennent toujours le week-end musulman adopté par l’Algérie au même titre que la Libye et l’Arabie Saoudite.

Et pourtant, Boumediene qui avait abandonné en 1976 le week-end universel, avait demandé que les banques et les assurances ne soient pas touchées par cette mesure gouvernementale. Ce qui explique qu’aujourd’hui, les banques publiques et les assurances adoptent indirectement le week-end universel, puisqu’elles ne travaillent pas les samedis. «Nos plus importants échanges financiers se font avec les banques étrangères, c’est pourquoi la banque adopte presque le même week-end occidental», nous confirme une source de la Banque centrale.
Ce qui a arrangé d’ailleurs l’installation des banques occidentales tel que Société Générale, Hsbc, Cetelem ou encore BNP, qui ne perdent finalement qu’un jour du week-end universel.

Mais, malgré cela, le week-end musulman pénalise fortement l’économie algérienne: les opérateurs locaux ne travaillent que trois jours effectifs par semaine avec l’étranger (lundi, mardi et mercredi). Les plus grands perdants en crédibilité dans cette affaire ce sont les entreprises de courrier express, tel que Fedex, DHL ou encore UPS qui, à cause du week-end algérien, un courrier qui est sensé arrivé en 24h prendra plus de 72 heures pour arriver si il est envoyé un jeudi.

Aujourd’hui, les raisons de ces changements sont beaucoup plus économiques que politiques ou religieuses. Selon les estimations de la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale), l’Algérie perd chaque année, près d’un milliard de dollars, pour cause de décalage entre le congé hebdomadaire local et le week-end universel, en vigueur dans les pays occidentaux, avec lesquels elle réalise l’essentiel de ses échanges commerciaux.

Anis MANSOURI - L'Expression