L’habitude d’alterner des bandes ou des rayures de couleurs différentes s’est, de tout temps, généralisée, à tous les
tissages, notamment dans les régions montagneuses de la Méditerranée. Les tissages de laine berbères et dans
artisanat africain sont rehaussés de rayures redondantes.

Le rectangle d’étoffe rayé noué autour du bassin se retrouve chez les habitants des massifs montagneux
septentrionaux et pas dans les grandes chaînes montagneuses de l’Atlas marocain ou des Aurès. Le terme fouta est
utilisé généralement dans les pays arabophones et dans ceux de la Méditerranée orientale, sous différentes formes
serviettes, linges de table, tabliers, voire drap. Selon certains spécialistes, son origine est antérieure à l’expansion de
l’Islam.
C’est en fait à l’Inde qu’on attribue son origine. Attribué à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un sarong ou à
un pagne, le mot fouta « servait originairement à désigner une sorte d’étoffe apportée de l’Inde, mais par la suite, on
a appliqué à différentes espèces de vêtements ». Ce terme fouta a été donné au pagne berbère parce que ce
dernier est dépourvu de coutures, se porte noué et appartient à la grande famille des pagnes, comme ceux observés
par les voyageurs arabes en Afrique et en Asie. L’utilisation de tissus rayés importés d’Orient, appelés fouta pour
remplacer les lainages berbères habituels pourrait, toujours selon certains connaisseurs, avoir été à l’origine de cette
dénomination. En somme, ce vocable s’est installé au Maghreb après l’adoption de la langue arabe par les citadins
lors des premiers siècles du second millénaire. Le règne des grandes dynasties berbères et l’intensification des
échanges avec l’Espagne musulmane ont favorisé une plus grande utilisation des soieries dans le costume des villes.
Ainsi, la fouta citadine s’est différenciée par la nature et la qualité de l’étoffe employée de celle des femmes de
montagnes.

Fonction signifiante

Nouée autour du ventre, la fouta est directement liée à la notion de fécondité. L’association des rayures contrastées
et du nœud donne à la fouta un pouvoir symbolique doublement protecteur, qui est à l’origine de son extraordinaire
longévité, tant dans les villages des montagnes du littoral maghrébin que dans les grandes villes. Lorsque Alger
devient la capitale du pays au XVIe siècle, l’adoption des pièces ouvertes, à l’image du caftan ou encore des vestes,
se généralise permettant le port de chemises fines. La fouta s’avère être indispensable pour masquer le bassin. Elle
permet de préserver la décence du costume sans entraver les mouvements du corps. La fouta se maintient avec ses
rayures doréeset de la soie aux teintes raffinées dans le costume, malgré la généralisation des vêtements ouverts, et
ce, grâce à sa forte fonction symbolique et à l’importance accordée au confort vestimentaire par les femmes d’Alger.
A côté des fonctions signifiantes et pratiques de la fouta, le rôle des femmes kabyles dans la vie algéroise a, sans
aucun doute, favorisé la stabilité de cette pièce dans le costume. « Les liens entre la ville et les montagnes voisines
ont toujours été étroits - l’adoption du nom fouta en Kakylie le souligne - et les déplacements dans les deux sens sont
restés fréquents : de la montagne vers la ville ». Au début du XXe siècle, la fouta d’Alger, qui est réservée au seul
costume cérémonial, est réalisée dans de coûteuses soieries. La fouta est abandonnée à la suite de l’évolution du
seroual de cérémonie vers une forme plus volumineuse. Mais avant son déclin à Alger, la fouta a accompagné les
exilées algéroises, tlemcéniennes et kabyles en Tunisie, au cours du XIXe siècle. En somme, la fouta reste, aujourd
hui plus que jamais, très prisée par les femmes vivant dans les montagnes de Kabylie. A Alger, elle demeure un
costume incontournable lors des cérémonies.