C'est la thèse du journaliste américain Caldwell. Selon lui, l'Europe occidentale, faute de convictions fortes, s'adapte à la culture de ses millions d'immigrés musulmans. D'où son déclin.

En avril 1968, le député conservateur britannique Enoch Powell dénonçait violemment les méfaits de l'immigration venue du nouveau Commonwealth dans un discours resté célèbre, «Rivers of blood» (Rivières de sang). Quarante ans plus tard, sa pensée revient dangereusement en force.

Après dix années d'observation des flux migratoires en Europe, le journaliste américain Christopher Caldwell estime que «l'Europe occidentale est devenue une société multiethnique de façon inconsciente».

Le nombre d'immigrés a continué à augmenter malgré le manque d'emplois. L'Allemagne, par exemple, est passée de 3 millions de résidents étrangers en 1971 à 7,5 millions en 2000, alors que le nombre d'immigrés actifs sur le marché du travail restait inchangé.

Aujourd'hui, note le journaliste dans son livre Réflexions sur la révolution en Europe : immigration, islam et Occident (éditions Doubleday), la part des immigrés dans les pays d'Europe de l'Ouest s'élève à 10%, voire à 30% dans les grandes villes.

Quand Caldwell se penche sur les problèmes d'intégration de ces populations, il pointe la négligence des gouvernements européens qui ont, estime-t-il, sous-estimé la dimension culturelle de l'immigration.

Selon lui, le problème tient en un mot : islam. il y avait très peu de musulmans en Europe dans les années 1950, ils sont aujourd'hui de 15 à 17 millions.

Or, affirme l'auteur, ils ne s'assimilent pas, même si les pays européens ont fait des entorses à leurs valeurs pour convenir aux musulmans. Il cite le mariage annulé pour cause de non-virginité par un tribunal de Lille en 2008.

Et le fait qu'en Grande-Bretagne on puisse obtenir des allocations familiales pour les «épouses additionnelles».

Ces concessions, selon lui, ont fini par lasser l'opinion publique. Il cite un sondage selon lequel 57% des Européens jugent qu'il y a «trop d'étrangers» dans leur pays.

Nombre de pays européens durcissent leurs lois sur l'immigration et évoluent vers un système sélectif. Les nouveaux arrivants doivent passer des tests de citoyenneté. En France, le port du voile a été banni de l'école publique.

Mais, tranche Christopher Caldwell, c'est «trop peu, trop tard». Il décrit une Europe vieillissante, et considère que la partie est jouée.

«Quand une culture peu sûre d'elle, malléable et relativiste en rencontre une autre confiante, bien ancrée et renforcée par des doctrines communes, c'est généralement la première qui s'adapte à la seconde.»

La thèse radicale de Caldwell suscite le débat. Les Européens sont-ils aussi faibles qu'il l'affirme ? En se heurtant à l'islam, ils ont découvert que certains de leurs principes n'étaient pas négociables, notamment sur les droits des femmes.

A contrario, l'islam est-il aussi triomphant que le journaliste américain le dit ? La réaction offensée des musulmans à la moindre caricature ou ouvrage critique n'est-elle pas le signe d'une profonde anxiété ?

Il faut souligner la partialité des arguments avancés par le journaliste : dans son ouvrage, rien n'est dit sur les nombreux exemples d'intégration réussie. Mais, aussi provocateur soit-il, Caldwell fait le plein d'arguments. Des arguments qui appellent des réponses.

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