Les algériens affolent les statistiques de la natalité
Boom des mariages et des naissances

La directrice de la population au ministère de tutelle a focalisé sur l’impératif de reprendre l’effort sur la planification familiale au moment où l’Algérie enregistre plus de 325 000 mariages et 830 000 naissances par an.

Pourtant la prévalence de la contraception dépasse les 60%. Le Pr Chitour, du réseau Wassila, a estimé important d’élargir la campagne sur la contraception aux célibataires pour éviter les avortements clandestins.

Le Dr Keddad Nassira, directrice de la population et de la planification au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a fait un exposé assez édifiant sur la réalité de la population en Algérie, hier à une rencontre organisée par l’Association algérienne de la planification familiale et Bayer-Schering Pharma à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la contraception.

Elle a commencé par affirmer que la courbe naturelle de l’accroissement de la population est stable, même si elle marque une reprise légère depuis 1999.

Le taux démographique est passé de 3,2 en 1986 à 1,6 à la fin des années 1990 pour remonter à 1,9 à la clôture de l’année 2008.

En conséquence, les Algériens aptes à faire des enfants, c’est-à-dire ceux qui sont âgés entre 20 et 59 ans représentent 54% de la population globale du pays, contre 38% pour les moins de 20 ans et environ 8% pour les plus de 60 ans.
Le Dr Keddad a noté que l’âge moyen du mariage a gagné dix ans en deux décennies pour se maintenir actuellement autour de 33 ans pour la femme et 35 ans pour l’homme, alors qu’il était de 20 ans en 1948 et 25 ans dans les années 1980.

Pourtant l’Algérie enregistre, depuis 2006, un pic dans l’enregistrement des unions à l’état civil.

Pas moins de 350 000 alliances ont été contractualisées en 2008, contre 178 000 en l’an 2000, quelque 149 000 en 1990 et 85 000 en 1970.

En 9 ans, pour ne remonter qu’au début du 3e millénaire, l’institution maritale a plus que doublé le nombre de ses adeptes.

De cause à effet, la statistique afférente à la natalité a explosé aussi.

813 000 naissances ont été enregistrées en 2008, alors que la proportion des nouveau-nés frôlait les 500 000 quelques années plus tôt.

La directrice de la population et de la planification au département de Saïd Barkat a nuancé l’aspect alarmiste des chiffres, en expliquant qu’au regard de la taille de la population, le nombre d’enfants par couple se maintient dans les normes internationales.

L’indice synthétique de fécondation, en Algérie, est de 2,3 alors que l’OMS recommande un ISF à 2,1.

La tendance générale est à 2 à 3 gosses par couple, alors que les femmes, dans les années 1960, menaient jusqu’à 10 grossesses à terme.

La prévalence se situait, dans les années 1970 et 1980 à quatre ou cinq naissances vivantes par ménage.

“De plus en plus, de femmes arrivent en âge de reproduction. Ce qui nous incite à maintenir l’effort sur la planification familiale”, a assuré le Pr Kabouya, gynécologue obstétricien et président de l’Association algérienne de la planification familiale. 60% des couples recourent à la contraception.

Si en 1970, le pays ne comptait que 2 493 000 femmes en âge de procréer, et 8 300 000 en l’an 2000, la population féminine, âgée entre 18 et 45 ans, est estimée à 10 266 000 pour 2010 et sera de 11 125 000 en 2020.

Il a indiqué, pourtant, que la prévalence de la contraception, dans le pays, dépasse les 60% chez les couples fertiles.

La pilule contraceptive occupe encore une place privilégiée dans le choix des femmes, alors que le stérilet semble le plus mal aimé à cause des contraintes induites par son usage, dont les contrôles réguliers et son manque de fiabilité.

Il n’en demeure pas moins que les spécialistes le conseillent davantage, car la femme a moins de risques à contracter un cancer du sein, par exemple. Le Pr Kabouya a annoncé que son association a été invitée, par la tutelle, à être membre du comité ad hoc sur la planification familiale, qui sera installé bientôt.

Au-delà, le programme officiel de planification familiale est destiné exclusivement aux couples légitimes. Une orientation contestée par le Pr Chitour, du réseau Wassila (spécialisé dans la prise en charge des femmes en détresse).

Elle a jugé important de ne pas faire l’impasse sur la sexualité des jeunes, avant de se passer la bague au doigt.

D’autant que les Algériens se marient de plus en plus tard et connaissent un certain relâchement dans les mœurs. “Il faut focaliser la campagne de sensibilisation sur la contraception sur les célibataires pour éviter les grossesses indésirables et les avortements clandestins”, a-t-elle asséné.

Le Dr Keddad, lui, a répondu que le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière ne peut s’appuyer que sur la légitimé dans l’élaboration de ses politiques.

Mme Semrouni, enseignante sage-femme au CHU Parnet, a indiqué que 80 millions de grossesses non désirées sont consignées, chaque année dans le monde.

20 millions de femmes tentent alors un avortement qui ne s’inscrit pas dans les normes d’hygiène et de compétence médicales.

70 000 y perdent la vie au détour de cette entreprise hasardeuse.

II est certes difficile de donner des statistiques justes et fiables pour l’Algérie tant les grossesses menées hors mariage et les avortements sans indication thérapeutique restent voilés par le tabou.

Mme Semrouni a insisté sur l’impératif de généraliser et élargir, autant que possible, l’information sur la conception et la contraception pour réduire les risques des grossesses non désirées.

Le Pr Benredouane a abordé le thème de la contraception dans la religion. Évidemment, il a affirmé que l’Islam n’est nullement contre la limitation des naissances.

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