Avant son arrive, lundi, en visite d'tat Paris, le prsident isralien a confi au Figaro sa vision des relations franco-israliennes, du danger iranien et du processus de paix avec les Palestiniens.

LE FIGARO. Monsieur le prsident, quelle est votre raction l'attentat qui vient d'ensanglanter Jrusalem ?

Shimon PRS. Il s'agit d'un acte barbare. Le terroriste est entr dans un lieu de prire et d'tude de la religion et a ouvert le feu dans toutes les directions pour verser autant de sang que possible. Il tait seul, mais il a agi avec des complicits. Isral est dtermin se dfendre et continuera sa traque jusqu' ce que tous les terroristes paient le prix de leurs actes.

Vous arriverez lundi Paris. Pourquoi attachez-vous tant d'importance cette visite en France ?

Cette visite rsume soixante annes de l'histoire d'Isral, durant lesquelles la France a jou un rle extrmement important. Je suis venu lui dire merci. Je n'en avais jamais eu l'occasion auparavant. On ne peut pas oublier certaines choses. Dans l'histoire du peuple juif, Napolon est venu notre secours. Pendant l'Occupation, la France a sauv beaucoup de Juifs. Et ensuite, lors de la naissance d'Isral, la France a jou un rle majeur. Grce elle, nous avons pu acqurir des armes pour dfendre nos vies.

Vous tes considr comme le pre du programme nuclaire isralien. Le fait que vous ayez russi obtenir de la France le transfert de sa technologie nuclaire a-t-il t dcisif pour la dissuasion isralienne ?

La suspicion que nous possdons l'arme atomique est une composante essentielle de notre dissuasion. C'est tout ce que je peux vous dire. Je ne connais aucun autre pays qui ait autant aid Isral que la France.

Avec l'lection de Nicolas Sarkozy, les relations d'Isral avec la France sont-elles revenues leur degr d'intimit d'avant 1967 ?

Elles ne pourraient pas tre meilleures. Nicolas Sarkozy a renouvel l'Alliance atlantique en renouant avec les tats-Unis et a donn un nouvel lan aux relations avec Isral. L'ide initiale du prsident Sarkozy d'une Union mditerranenne tait fascinante cet gard. La diffrence entre le Moyen-Orient et l'Union mditerranenne, c'est qu'Isral est inclus dans l'Union. Au nord, il y a les pays europens ; au sud, le Maghreb et, au milieu, les pays arabes et nous. Cela cre une force conomique avec un fort potentiel de rapprochement politique.

Isral a souvent reproch la France d'tre trop critique son gard

On ne peut pas fonder des relations sur une idoltrie mutuelle. C'est fatiguant. La France et Isral partagent une curiosit intellectuelle mutuelle.

Approuvez-vous l'initiative de Sarkozy de faire porter par des lves de CM2la mmoire d'enfants victimes de la Shoah ?

Son intention tait noble : se souvenir de la Shoah et du gnocide. De notre point de vue, cela a t trs apprci.

La France a uvr durcir les sanctions de l'ONU contre l'Iran. tes-vous satisfait du rsultat ?

C'est mieux que rien, bien qu'insuffisant. Si le dveloppement de la bombe n'est pas stopp conomiquement, les options non militaires seront puises. Or, je prfre stopper le dveloppement de la bombe sans avoir recourir la guerre. Les sanctions conomiques ont dj prouv leur efficacit dans le pass : la Libye, l'Afrique du Sud, la Core du Nord ont renonc leurs ambitions nuclaires sans guerre.

Si le monde n'agit pas avec assez de fermet, agirez-vous seuls pour empcher que l'Iran n'accde l'arme atomique ?

En aucune circonstance. Nous ne sommes pas assez imprudents pour concentrer le danger iranien sur Isral. C'est un problme que le reste du monde doit rsoudre. Avec les missiles de longue porte dvelopps par l'Iran, le problme n'est pas seulement isralien.

L'Iran et la Syrie poussent-ils le Hamas tirer des roquettes sur Isral depuis la bande de Gaza ?

Sans aucun doute. Ils lui fournissent aussi des armes et de l'argent. L'Iran veut avoir deux satellites : un au Liban et l'autre Gaza. La troisime cible d'Ahmadinejad est la Syrie. Il est aussi all tter le terrain en Irak. Nous ne devons pas fermer les yeux sur cela. Si une minorit de terroristes parvient s'quiper d'engins nuclaires, le monde pourrait devenir ingouvernable.

Isral a essuy de vives critiques en raison de son incursion muscle dans la bande de Gaza. Une intervention militaire peut-elle vraiment venir boutdes roquettes tires depuis Gaza ?

Il n'y a pas de solution militaire. Mais il n'existe pas de solution sans l'action militaire. Si nous savons que quelqu'un s'apprte lancer un missile contre notre territoire, nous le ciblons pour l'empcher de passer l'acte. Le problme, c'est que les terroristes n'hsitent pas impliquer des civils dans leurs actions. Ils envoient des enfants et des femmes en premire ligne en connaissance de cause. Nous n'avons pas d'alternative. Ils peuvent compliquer nos vies Ashkelon, Ashdod ou Sderot, mais ils ne peuvent pas nous vaincre.

Aprs la phase militaire, engagerez-vous des ngociations avec le Hamas pour un cessez-le-feu ?

Si nous ngocions avec le Hamas, nous tuerons l'Autorit palestinienne. Le gouvernement lgitime dit que ce sont des rebelles. Il est impossible de ngocier avec l'Autorit et de la saper en mme temps. Si le Hamas veut un tat indpendant Gaza, je ne vois pas comment celui-ci existera. Je ne crois pas que l'gypte ait un intrt diviser les Palestiniens en deux tats, ni d'absorber un million et demi de pauvres supplmentaires sur son territoire. Les islamistes ne veulent ni l'indpendance ni la paix.

Croyez-vous encore possible de parvenir un accord fin 2008, comme le souhaite George Bush ?

Cela vaut la peine d'essayer. Le temps presse. Le 5 novembre, un nouveau prsident sera lu aux tats-Unis. Cela prendra du temps avant que la nouvelle Administration se mette en place et il pourrait s'couler une trs longue priode avant que les tats-Unis ne s'impliquent de nouveau dans le processus. Or les tats-Unis conservent la voix la plus forte dans la rgion. Les Palestiniens auront une lection prsidentielle en janvier 2009 et tout risque d'tre boulevers de nouveau.

Autoriserez-vous le Hamas se prsenter cette prsidentielle ?

Nous n'avons pas empch sa participation aux lgislatives. Il y a des limites la faon dont nous pouvons intervenir dans la vie des Palestiniens. Que les Palestiniens veuillent avoir une Palestine, deux Palestine, ou pas d'tat du tout est entre leurs mains. Nous leur donnons la possibilit d'tre un seul peuple, de construire un gouvernement efficace. Nous les encourageons construire une seule arme crdible. Car de notre point de vue, leurs divisions rduisent la valeur de notre partenaire.

Abbas est-il un partenaire capable de faire appliquer la paix ?

Nous n'avons pas de meilleure alternative. Son problme est sa faiblesse. nous de le rendre plus fort. Le renforcer conomiquement est la solution la plus efficace.

Abbas se plaint qu'Isral ne cre pas les bonnes conditions en refusant de lever les barrages et en continuant les constructions dans les colonies.

Nous sommes un pays dmocratique. Le gouvernement doit faire suffisamment de concessions pour ne pas perdre son partenaire. Mais il doit aussi tre assez prudent pour ne pas perdre le soutien de la population. C'est pour cela qu'il est si difficile de faire des progrs.

Quelle proportion de la Cisjordanie tes-vous prt restituer aux Palestiniens ?

J'aurais souhait que nous mettions un terme l'occupation depuis longtemps. Cela n'a pas t possible, parce que nous n'avions pas de partenaire. Aujourd'hui, nos positions ne sont pas si loignes de celles des Palestiniens. Il s'agit d'une diffrence entre 3 % et 5 %. Avec la bonne atmosphre, on peut trouver une solution.