Jeudi soir, le président de l'Autorité palestinienne annonçait son retrait. Redoutant un vide du pouvoir,le président israëlien Shimon Peres a aussitôt décroché son téléphone.

Une douche froide ! C'est l'effet, en Israël, de la décision de Mahmoud Abbas de ne pas briguer un second mandat à la présidence de l'Autorité palestinienne. Dès cette annonce solennelle, faite jeudi soir au siège de l'Autorité, à Ramallah (Cisjordanie), le président israélien, Shimon Peres, a décroché en toute hâte son téléphone, espérant persuader Mahmoud Abbas de revenir sur cette décision « irrévocable ».

Le compte rendu de leur conversation figurait, hier, dans les journaux israéliens. Shimon Peres, qui se souvient avoir reçu le prix Nobel de la Paix, aurait dit à Mahmoud Abbas combien il était « profondément inquiet » d'un tel retrait, susceptible de causer une crise majeure au sein de l'Autorité palestinienne et de favoriser la prise de contrôle de la Cisjordanie par les islamistes du Hamas.

Peres aurait tenté sur Abbas une thérapie de choc : « Si vous abandonnez le peuple palestinien, il perdra toute chance de créer son propre État... » Puis il l'aurait presque supplié, sans doute avec des trémolos : « Restez en place pour le salut du peuple palestinien ! »

Quant à Benjamin Netanyahou, il refuse de s'immiscer dans les affaires palestiniennes. Mais l'entourage du Premier ministre de droite se montre plus prolixe : « Il est de l'intérêt d'Israël de renforcer Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne. » D'ailleurs Netanyahou déclarait, il y a peu : « Si nous voulons un accord de paix, Abbas est notre meilleur partenaire. »

La fin de l'État palestinien ?

Netanyahou, qui s'envolera dimanche pour Washington, s'attend à la pression accrue d'une administration Obama inquiète. Elle le pressera d'arrêter la colonisation juive en Cisjordanie afin de relancer un processus de paix. Son blocage total a précipité la décision d'Abbas.

Mais c'est le ministre de la Défense et chef du Parti travailliste, Ehoud Barak, qui résume le mieux l'angoisse fondamentale : « Il est important, a-t-il déclaré, que, des deux côtés, on continue à croire à la solution dite à deux États », autrement dit Israël et un État palestinien vivant côte à côte.

Saeb Erakat, l'un des proches conseillers de Mahmoud Abbas, a affirmé que les Palestiniens étaient poussés à renoncer à leur propre État, rendu impossible par la colonisation. Et qu'ils pourraient réclamer leurs droits dans le cadre d'un État unique binational. État où les juifs seraient minoritaires. Le cauchemar absolu des Israéliens.

Serge RONEN.
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