Les Algériens et la chute du Mur de Berlin
Vngt ans après la chute du bloc socialiste, la gauche algérienne se fige dans le silence. Certains partis sont accusés d’avoir trahi Trotsky, d’autres se disputent les restes d’une gloire passée alors que certains ne se sentent plus l’envie ni la force de militer. Depuis la chute du Mur de Berlin, le monde a changé. Et l’Algérie aussi. Notre pays a d’abord connu sa période socialiste, faite de « fantasmes industriels » et nimbée de « nationalisme arabe ». Nombreux sont ceux qui gardent encore la nostalgie de l’ère « boumedienienne ». C’est aussi à cette période que les partis clandestins de gauche ont connu leurs plus belles années. Et ils étaient légion : Front des forces socialistes (FFS), Organisation révolutionnaire des travailleurs (ORT), Groupe des communistes révolutionnaires (GCR), Parti de la révolution socialiste (PRS), Mouvement communiste d’Algérie (MCA) et Parti de l’avant-garde socialiste (Pags).


La clandestinité a certainement participé à tisser le mythe de ces organisations. Aujourd’hui, l’image semble avoir été surfaite, notamment sur le plan organisationnel, d’autant que ces partis ne se sont pas révélés suffisamment solides pour faire face à l’effondrement du bloc socialiste, leur exemple. Les ardeurs révolutionnaires ont vite été tempérées par la montée de l’islamisme. C’est qu’au moment où l’Etat poursuivait les militants dits « communistes », il donnait libre cours aux islamistes qui déclamaient leurs prêches incendiaires dans les mosquées. La compétition électorale du début des années 1990 a fini d’achever les partis de gauche. « Si le mythe gigantesque du PAGS s’est brisé, c’est, d’abord, pour des raisons politiques. Leur ligne de soutien critique à Boumediène puis à Chadli n’était plus tenable. Surtout après la répression massive qui a touché leur mouvance avec près de 200 personnes torturées. L’effondrement du bloc de l’Est, leur principale référence, les a surpris dans un moment de désorientation politique important. Ils ont éclaté », a expliqué Sawki Salhi, premier responsable du Parti socialiste des travailleurs (PST), dans une intervention médiatique. Il faut dire que les erreurs se sont accumulées à l’heure où l’histoire se mettait en marche. « Les jeux policiers, les erreurs organisationnelles patentes ne suffisent pas à expliquer l’effondrement d’une telle accumulation militante. Le PT était un tout petit noyau. Il a choisi de s’adapter aux admirateurs de son porte-voix particulièrement efficace. Ce choix opportuniste est contradictoire avec la construction d’une identité politique forte à contre-courant des idéologies dominantes. Ils ont dérivé », dit encore M. Salhi. Aujourd’hui, que reste-t-il de la gauche ? A première vue, il apparaît qu’en dehors du Parti des travailleurs de Louisa Hanoune, héritier du mouvement clandestin Organisation socialiste des travailleurs (OST) qui compte plus de 100 000 adhérents, il n’y a plus que des groupuscules faisant semblant d’exister. Le Pags, ce parti mythique, devenu plus tard Ettahadi avant d’être rebaptisé Mouvement démocratique et social (MDS), est écartelé.

Hachemi Chentouf, du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD), qui se confiait à notre collègue d’El Watan Week-end, explique la crise du MDS auquel il faisait partie en ces mots : « Il n’y a jamais eu de cassure idéologique au sein du MDS, juste des individualités qui se sont exprimées de manière opportune après la disparition de Hachemi Cherif (secrétaire général du MDS, décédé le 2 août 2005). » Et d’ajouter : « L’implosion était inévitable. Comment peut-on parler de gauche ou de droite alors que l’Etat est inexistant, en la présence toute puissante des partis d’Etat et des partis islamistes ?! Quand l’Etat était menacé d’effondrement durant les années 1990, démocrates et républicains ne se posaient pas la question d’être de droite ou de gauche, il y avait urgence. » A l’heure où l’Amérique latine fait un virage à gauche, notre pays ne semble pas avoir une vision politique claire. Après une ouverture brutale du marché, qui ne cesse de désorienter les Algériens, le gouvernement a marqué un léger recul en instituant une loi de finances complémentaire très protectionniste. D’un côté, l’Algérie tape à la porte de l’OMC, mais de l’autre, ils font tout pour ne pas y entrer. De l’avis des analystes, la politique adoptée par le gouvernement algérien ne répond plus à aucune idéologie bien définie.




Par Amel Blidi
El Watan