La loi du football est cruelle. Certes, mais la bêtise des hommes l’est davantage.

Et lors du décisif et tonitruant match Égypte-Algérie, les bêtises de Saâdane ont failli nous couter l’élimination.

Ce n’est la guère un jugement «hâtivement élaboré» car la réflexion que nous impose le cours du match de samedi nous amène à se poser de sérieuses questions sur les qualités du «cheikh» des entraineurs.

Et pour cause, le simple mortel qui a des connaissances primaires du football pourrait comprendre qu’un joueur blessé et déclaré indisponible pendant 15 jours par des médecins Allemands, dont la compétence et la réputation n’est plus à prouver, ne saurait en aucun cas jouer un match aussi crucial.

Et pourtant, Antar Yahia, le joueur dont il est question, est aligné des le coup d’envoi de la rencontre sur le flanc gauche en compagnie de Belhadj, le latéral qui a fini par se démener comme un diable pour combler les carences de son co-équipier diminué.

De l’avis commun des observateurs avertis, la sélection d’Antar Yahia s’apparente vraiment une bizarrerie.

Résultat des courses : des la première minute, Amar Zaki marque son premier but en se plaçant dans la zone vierge désertée par un Antar Yahia hors circuit des les premières secondes !

Tout grand défenseur blessé ne peut accomplir sa tâche dans un match aussi physique et tactique que celui de l’Egypte-Algérie.

Antar Yahia pourrait-il faire exception ?

Il ne faut certainement pas sortir de Saint-Cyr pour répondre à cette question.

Et ainsi, tout était réuni pour que le scénario catastrophe se met en branle. L’Egypte, qui démarre en fanfare, ce qui était attendu, Saâdane devait le savoir naturellement, marque un but et presse du mieux qu’elle peut tout au long de la première demi-heure pour inscrire ce deuxième but qui aurait tout changé.

Là encore, avec un Antar Yahia dépassé et battu dans sa zone, avec un Mansouri complètement transparent, un joueur qui vivait lui aussi une traversée du désert au regard de ces dernières performances dans son club français Lorient, lequel n’a pratiquement récupéré aucun ballon durant la première mi-temps, le pire aurait pu survenir.

Fort heureusement, Hallich, l’un des verts les plus en forme en ce moment, nous épargne le deuxième but égyptien en sortant de la ligne un ballon mortel.

L’abnégation des joueurs est bel et bien là, mais le flair du coach est malheureusement absent. Des la demi-heure du match, Saâdane aurait pu intervenir pour un rééquilibrage tactique.

Au milieu, les déficiences de Mansouri ont obligé Ziani de reculer pour récupérer des ballons, la tâche était normalement dévolue à Mansouri, les distribuer et les mettre dans la zone adverse.

Lémouchia qui devait faire duo avec Mansouri, tout en assurant un marquage strict sur l’attaquant égyptien Amar Zaki, se contentait de sauver les meubles dans sa zone en cassant le jeu égyptien basé essentiellement sur des passes longues et les couloirs.

Meghni esseulé au milieu du terrain s’est distingué par son intelligence tactique en se libérant du marquage qui lui a été sévèrement imposé pour récupérer des ballons et provoquer des fautes.

L’on comprend bien dans ce contexte que Mansouri nuisait réellement à notre milieu de terrain dans la mesure où il n’épaulait même pas ses co-équipiers. Pourquoi ne pas l’avoir fait sortir ?

Cette question brule sur toutes les lèvres. Saâdane disposait de plusieurs solutions de rechange. Abdoun pouvait aisément remplacer Mansouri et redynamiser la récupération des ballons dans le milieu de terrain.

Ce joueur qui est un excellent passeur était capable même de déstabiliser le milieu égyptien avec des passes courtes. Pourquoi Saâdane n’a pas pensé à cette piste ?

On aimerait bien écouter la réponse.

En deuxième période, alors qu’on s’attendait à ce satané rééquilibrage tactique, rien n’arrive. Anatar Yahia, plus que jamais diminué est toujours dans la feuille du match, Mansouri idem.

Dieu merci, Ziani qui revient à son niveau, inquiète les Egyptiens, Metmour sur son flanc droit les perturbe et Meghni arrache toujours des ballons et les pousse à la faute.

Le match s’équilibre. On commence des lors à se procurer des occasions, le lob de Saïfi a failli tuer le match si ce n’est la grâce d’Al-Hadary, le gardien de but de l’Egypte. Les Pharaons reculent et calment des lors leurs ardeurs. Shehata fait sortir son attaquant vedette, Amar Zaki, et fait entrer Moteb donnant ainsi l’impression qu’il revoie à la baisse ses ambitions.

En parallèle, Saâdane s’illustre par son incongruité. Mansouir et Antar Yahia sont toujours présents et Metmour, jour dynamique et excellent dans son poste, est prié de sortir, alors qu’il venait de se libérer un tant soit peu de son marquage, pour qu’il soit remplacé par Bezzaz !

Il faut dire que tous les Algériens s’attendaient à un changement poste pour poste concernant Saïfi qui n’a pas convaincu en attaque.

Pour cela, il fallait attendre le dernier quart d’heure pour assister à l’entrée de Ghezal.

Une entrée tardive qui n’aura pas d’effet puisque Ghezal entre sur la pelouse au moment où les Pharaons contrôlaient entièrement le jeu, à savoir durant les quinze dernières minutes de la rencontre.

Comme quoi marquer des buts n’était guère une priorité pour Saâdane.

En défense et au milieu de terrain, c’est toujours le statut quo jusqu’à ce que le brillant Hallich se blesse.

Le défenseur qui stoppait les assauts des Pharaons était obligé de quitter la pelouse.

Un scénario catastrophe craint par de nombreux supporters. El-Aifaoui entre alors pour éviter le deuxième but. Mis sous pression et éprouvant des difficultés pour communiquer avec Antar Yahia et Bouguerra, il sera vite déclassé par les attaquants égyptiens qui ne cessaient de s’approcher dangereusement des buts de Gaouaoui.

Belhadj se remplace dans l’axe pour parer aux incursions des Egyptiens sur le flanc gauche sans que Mansouri ne vienne à son aide en reprenant le côté latéral !

Ce dernier ne saura pas également soutenir ses co-équipiers au milieu de terrain, à leur tête Meghni qui se transcende pour récupérer des ballons et provoquer des fautes de la part des égyptiens.

Et pourtant, Saâdane ne songe pas à le changer.

A ce moment-là du match, l’Algérie recule de plus en plus et Saâdane s’illustre encore par son inertie en oubliant la gestion du temps additionnel puisqu’il a opéré tous ces changements bien avant.

Impossible donc de «casser» le rythme infernal des Pharaons durant les dernières minutes.

Saâdane reproduit la même erreur de 2004 lors du match Algérie-Maroc en coupe d’Afrique.

Shehat quant à lui a injecté auparavant dans l’équipe deux milieux de terrain offensifs et dynamiques, Malek et Barakat, qui vont imposer de fait la domination dans les dernières minutes de l’Egypte.

A l’inverse de Saâdane, Shehata a osé et ses efforts tactiques ont fini par payer.

A la dernière minute, Moteb reprend par sa tête un centre bien négocié et inscrit le deuxième but.

Le but fatal qui nous renvoie à Khartoum. Lorsque les caméras ont rediffusé le but de Moteb, tout le monde a remarqué les trois joueurs égyptiens qui se baladaient dans la zone de notre défense le plus tranquillement du monde.

Le verdict du match tombe tel un couperet.

Avec une défense décimée et dépassée, la résistance des fennecs a fini par céder.

Le rendez-vous est pris à Khartoum le mercredi prochain et tout n’est pas encore perdu pour les verts.

Sauf que cette fois-ci, on remet les compteurs à zéro et tous nos avantages, notre avance en points et en buts, s’évaporent.

«On s’attendait à un match difficile, où l’adversaire devait inscrire trois buts pour se qualifier.

Il y avait beaucoup de joueurs qui revenaient de blessures.

La sortie de Halliche a eu un effet négatif sur le rendement de l’équipe.

On tentera d’arracher notre qualification au Soudan», déclarait samedi Rabah Saâdane, juste après le match du Cairo Stadium.

Espérons seulement que son «tenter» ne sera pas si timide que sa stratégie employée pour la joute du Cairo stadium.

C’est au bout de cet espoir que notre qualification pour la coupe du monde est suspendue…

Abderrahmane Semmar
La Tribune