«24h sans nous pour rappeler qu’on existe»
De notre bureau de Paris, Khadidja Baba-Ahmed
le soir d`algerie




Pour prouver leur poids économique et social et leur apport passé et présent à la société française, un collectif s’est créé pour faire du 1er mars 2010 une journée sans immigrés, une journée intitulée «24h sans nous». Ce jour-là, pas de travail, pas d’école, pas de transport en commun, pas de resto, pas de cinéma, pas d’achats… Une journée où les immigrés s’effaceront pour faire la preuve de leur nécessaire présence et manifester leur ras-le-bol de la montée en puissance des actes de stigmatisation des immigrés.
«Il y en a marre de voir que certains hommes politiques et des médias fassent leur beurre sur les Beurs», s’est écrié un des animateurs dudit collectif «Une journée sans immigrés». D’entrée de jeu, les responsables du mouvement qui en présentaient jeudi l’historique et les objectifs au cours d’une conférence de presse dans une salle de l’Assemblée nationale ont tenu à préciser que ce collectif «n’a pas pour vocation de s’affilier à un parti ou à un autre». Bien que non partisan, pour autant, le mouvement est né «d’une goutte qui a fait déborder le vase» après les propos tenus par le ministre Brice Hortefeux, en septembre dernier lors de la journée des jeunes UMP, sur les Arabes «Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes». Ces déclarations, pour le moins racistes, sont venues après bien d’autres du même tonneau et ont conduit à la création de ce collectif et au lancement de «cette journée sans immigrés» du 1er mars 2010. Si les actions de boycott sont essentiellement à caractère économique, il est clair que leurs retombées seront politiques, devait dire Nadia Lamarkbi journaliste, présidente du collectif qui a animé la conférence de presse aux côtés de l’historienne Peggy Derder, du journaliste et écrivain Nadir Dendoune (qui a fait le tour du monde en vélo et gravi l’Everest), également porte-parole du collectif, ainsi que de Yamina Larbi du collectif de Lyon et avec le concours du député PS de Seine-Saint-Denis, Daniel Goldberg. Le collectif se défend d’être «communautariste ». L’appel à la mobilisation n’a pas, d’ailleurs, été limité aux immigrés, mais concerne aussi «tous les citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration». Et pour preuve de cet apport, sur le plan économique et seulement sur ce plan-là, il a été rappelé que 90% des autoroutes et un logement sur 2 en France ont été construits par les immigrés. Aussi, l’ambition affichée à cette journée est de montrer la richesse qu’apporte à l’Hexagone cette immigration et, ce faisant, «porter un changement de regard sur nous, l’immigration étant trop instrumentalisée ; son accolement à l’identité nationale (voir intitulé du ministère de l’Immigration) étant une manipulation ayant abouti à un sentiment trop présent d’«immigré=problèmes». C’est cette image qu’il faudra corriger comme il faudra aussi changer le regard que nous portons sur nous-mêmes et ne plus nous mettre dans la posture de «marginalisés et manifester notre présence et agir». Agir même en s’invitant au débat sur l’identité nationale. A ceux qui ont fait remarquer que participer à ce débat c’est, en quelque sorte, rendre ce débat crédible, le légitimer, il leur a été répondu que le débat «vicié» et monopolisé étant en cours et l’immigration étant présentée comme le danger et même contraire à l’identité nationale, «il s’agit pour notre collectif de s’inviter à ce débat en le remettant en cause et rappeler qu’il n’existe aucune identité nationale qui fasse sens et donc personne ne peut en imposer une. L’identité n’est pas figée, elle est mouvante et plurielle et personne ne peut en décréter la définition». Quant à savoir pourquoi avoir choisi la date du 1er mars, la présidente rappelle que le 1er mars 2005, est entrée en vigueur la loi CESEDA ou dispositif de l’immigration choisie qui institue l’acceptation des immigrés sur les seuls critères économiques. Le rappel de ce que fut l’immigration et ce qu’elle est aujourd’hui et son absence de toute activité pendant 24h démontreront que sans nous, la France risque d’être bien grippée et son fonctionnement fortement stoppé. Conscients du défi que constitue le lancement de cette journée, du manque de tradition de boycott dans la société ici en France, les organisateurs s’attellent à élargir la mobilisation, à maintenir l’engouement de toutes les associations et mouvements qui ont rejoint le collectif et jalonner de rencontres le parcours qui mène jusqu’au 1er mars pour faire de cette journée un jour qui compte dans l’histoire de la France parce qu’elle aura fait bouger l’opinion publique à qui il est martelé que les maux de la France ont pour origine l’immigration.
K. B.-A.