Le ministre égyptien des Affaires étrangères était, hier, au parlement européen. Cette virée du chef de la diplomatie de ce pays intervient dans un contexte très particulier. D’où la forte couverture médiatique et la minutieuse préparation. Le contexte est la détérioration rapide sans nulle autre pareille des relations entre Le Caire et Alger. Abou El Gheit sera interpellé à plusieurs reprises par les journalistes sur la question. Nous y reviendrons.
Cependant, l’architecture diplomatique future sera la question à évoluer — négativement — et ses contours ont été dévoilés lundi par le porte-parole des AE égyptiennes. Hossam Zaki a déclaré que «la mort de supporters en Algérie est une affaire banale…». Et d’ajouter, pour que la blessure soit profonde, mortelle, «les Algériens sont habitués aux morts». Nul doute que Ahmed Abou El Gheit abondera dans le même sens, puisque c’est, à l’évidence, la nouvelle orientation en politique étrangère de la dynastie Moubarak. Le Caire a, contrairement à ce que l’on peut supposer, froidement et méthodiquement calculé son coup anti-algérien, pour des raisons dont la plupart restent encore à connaître. Et on finira par les identifier. Une à une. En politique, on ne peut pas rester éternellement dans le flou. Quelques explications peuvent, toutefois, être extraites de la folle aventure cairote. La campagne anti-algérienne couvrira dans le court terme le positionnement aveugle, sans retenue, de l’Egypte sur Israël concernant le dossier iranien. Lors de son passage au Parlement, Hosni Moubarak, relevons-le, a dit tout le mal qu’il pense de l’Algérie et de l’Iran. Le lendemain, il reçoit, avec geste et en grande pompe, Shimone Peres, le chef d’Etat israélien. Depuis l’expédition punitive et criminelle de Tel-Aviv contre Ghaza, le torchon brûle entre Le Caire et Alger. L’Algérie ayant adopté, en la circonstance, une attitude digne, courageuse et dans la pure tradition révolutionnaire du pays. Alger étant informé que Moubarak a donné le feu vert aux dirigeants israéliens pour exploser Ghaza. D’une certaine façon, Le Caire attendait Alger au tournant. La rencontre de football qualificative pour le Mondial 2010, tendue, médiatisée et politisée à l’extrême sur les bords du Nil, a été le baromètre. Pour autant, elle n’y est pour rien dans le degré de fièvre élevé constaté chez les Egyptiens. Khartoum et le but de Antar Yahia ont été des révélations de l’état d’esprit et du profond ressentiment égyptien envers l’Algérie. Depuis, rancœur, règlements de comptes, sentiments refoulés ont pris le dessus sur toute autre considération chez les voisins du Soudan. Le peuple égyptien, mobilisé depuis de longs mois contre l’Algérie, ses symboles, son histoire, ne peut pas par la bague de Souleimane admettre que l’on cessa les hostilités. Ahmed Abou El Gheit et la diplomatie égyptienne accompagnant pendant de longs mois sinon de longues années l’hystérie anti-algérienne qu’ils ont commandée. Le Caire n’a plus guère d’autre choix que la fuite en avant, la surenchère pour préparer les 80 millions d’Egyptiens à la future autre trahison. L’alignement totale sur Israël pour d’éventuelles frappes contre Téhéran. Ce n’est pas le problème de l’Algérie. Vendredi prochain, nous suivrons, avec délectation, le tirage au sort de la Coupe du monde. Compétition de laquelle nous avons mis l’Egypte dehors. Sportivement.
A. M.
le soir