27 décembre 2009

"Respecter ceux qui arrivent, respecter ceux qui accueillent." L´islam ne vient pas d´arriver, comme le montre Slimane Zeghidour (journalist et essayiste) : elle fait partie de l´histoire de l´Europe depuis bien longtemps.

par Slimane Zeghidour / Slimane Zeghidour est Journaliste et essayiste, rédacteur en chef à TV5 Monde

Par quelque bout que l´on prenne la question de l´islam en Europe, on aboutit à un seul et même constat : la religion de Mahomet fait désormais partie des visages, des paysages du Vieux Continent. Plus un débat sur l´identité sans qu´elle ne soit convoquée, pas une élection où elle ne soit agitée tel un épouvantail.

Le problème n´est pas que l´Europe a du mal à intégrer les musulmans qu´elle abrite mais plutôt qu´elle n´entend pas encore admettre la part d´islam de son histoire propre et, partant, de son identité historique. Depuis son arrivée par la péninsule Ibérique en 711, la foi de Mahomet n´a plus jamais quitté notre continent ne serait-ce qu´un quart d´heure. Faut-il rappeler qu´à la chute de Grenade, en 1492, les Turcs étaient déjà établis au Kosovo, les babouches dans l´Adriatique, depuis 1389, soit un peu plus d´un siècle ?

Onze parmi les vingt-sept pays qui composent l´Union - soit quasiment un sur deux ! - ont un passé musulman, arabo-berbère omeyyade ou turc ottoman : Portugal, Espagne, Italie (Sicile et Calabre), Serbie, Croatie, Hongrie, Malte, Grèce, Roumanie, Bulgarie, Chypre. Chacun d´entre eux en garde des traces, dans l´architecture - les hammams de Budapest, l´Alhambra de Grenade... -, la cuisine, le vocabulaire ainsi que bon lot de proverbes et, forcément, de préjugés antimusulmans.

Le brassage des hommes et des idées n´attendit pas les thuriféraires de la globalisation pour initier celle-ci. Un exemple ? Fatima, le prénom le plus vénéré dans l´islam, celui de la fille adorée de Mahomet et Mater dolorosa des chiites, n´est-il pas aussi le nom d´une ville du Portugal, un des hauts lieux saints des catholiques ? Plus près de nous, Habib Bourguiba, le père de la Tunisie moderne, ne descendait-il pas de Crétois, hauts fonctionnaires ottomans commis à Tunis ?

A cette "domination" musulmane sur l´Europe devait répondre une colonisation des pays d´islam par la chrétienté. Ainsi, au Maroc, l´Espagne s´empara-t-elle de Ceuta et de Melilla avant d´occuper le Rif et le Sahara occidental. La France étendit sa domination sur le Maghreb et l´Afrique noire avant d´instaurer un mandat sur le Liban et la Syrie, tandis que l´Italie occupa la Libye. L´Angleterre se rendit maîtresse de l´Inde puis du Proche-Orient, de Mossoul à Aden et du Caire à Bagdad. La Hollande, elle, s´installa en Indonésie et en transplanta des musulmans au Surinam, ce qui fera de ce pays l´un des seuls membres (avec le Guyana) de l´Organisation de la conférence islamique (OCI) du continent américain.

Quasiment tous les musulmans auront ainsi vécu sous l´autorité des Européens, des générations durant. Une cohabitation bancale qui a engendré un véritable métissage, sinon des hommes, à tout le moins des usages et des cultures. Loin de couper net à cette cohabitation, la décolonisation l´a seulement transposée sur le sol de l´Europe. D´où les remous et empoignades qui se déroulent sous nos yeux. Il suffirait, pourtant, que les musulmans admettent la part de chrétienté qu´ils portent en eux, et que les chrétiens assument la part d´islam qui leur revient de plein droit... historique.

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