Une lettre ouverte de Georges Gastaud, philosophe, secrétaire national du Pôle Renaissance Communiste en France

Chers concitoyens,

Ayant parmi les premiers lancé en mai 2006 un texte intitulé "osons dire qu'il est illégitime!", je ne puis que saluer toute initiative visant à contester radicalement le triste personnage qui dévoie ses fonctions pour démolir la France républicaine, écraser le monde du travail, imposer la constitution européenne bis et dévaster toutes les libertés.

En revanche, je ne puis comprendre comment ceux qui s'opposent à Sarkozy peuvent dénommer cette grande journée de lutte contre celui qui se fait appeler "Sarko l'Américain" (et qui a ramené notre pays dans l'état-major de l'OTAN) en anglais et non dans la "langue commune de la République" (article 2 de la constitution), qui est aussi entre autres celle du Discours de la méthode, de l'Encyclopédie, de la Déclaration de 1789 et du programme du CNR.

Vous ne pouvez ignorer que la politique linguistique de ce gouvernement collabo consiste, sous la poussée du MEDEF et de l'UE, à basculer notre pays au "tout-anglais". C'est entre autres le sens de la réforme" Chatel du lycée, c'est le sens des réformes Pécresse (qui aboutit à interdire aux universitaires et aux chercheurs de publier en français, rendant leurs travaux inaccessibles aux simples citoyens), c'est le cas des grandes surfaces qui ont viré toutes leurs enseignes au "globish" (Carrefour Market, Simply Market, etc.); c'est le cas de la direction de la SNCF dont tous les nouveaux produits (Family TGV, TGV Night, etc.) sont exprimés en anglais; c'est le cas du MEDEF dont la devise est "ready for the future". C'est le cas de Business-Europe, le syndicat patronal européen dont le président, E.-A. Seillières, a déclaré lors de sa prise de fonction: "je ne vous parlerai désormais plus qu'en anglais, LA langue des affaires et de l'entreprise". Quant à Lagarde, elle a récemment, comme Valérie Pécresse, obtenu le "prix de la carpette anglaise" pour son acharnement à "angliciser" Bercy...

Bref, ils ont décidé de faire la peau de toutes les langues nationales. Faut-il les aider avec des "No Berlusconi Day" et des "No Sarkozy Day"?
Faut-il les aider à démolir ce première service public (gratuit!) de France qu'est la langue de Molière, qui est aussi celle de la francophonie?
Ne voyez-vous pas qu'il y a continuité entre la destruction du "modèle républicain", son alignement sur l'anti-modèle du capitalisme anglo-saxon ultra-libéral, et la destruction connexe de la langue française, porteuse de tant de traditions humanistes et frondeuses?

Est-il besoin de préciser que l'auteur de ces lignes, militant communiste, antifasciste et antiraciste de toujours, refuse totalement l'indécent "débat d'Etat" sur "l'identité nationale" à relents xénophobes mis en scène par Sarkozy. Raison de plus pour ne pas leur abandonner les fondements républicains et progressistes de notre "vivre-ensemble", la laïcité, les services publics, la Sécu, l'Education nationale, et oui, la langue française!

Faut-il dire qu'il ne s'agit nullement de condamner la langue anglaise: c'est contre un impérialisme culturel, contre le totalitarisme capitaliste planétaire de la langue unique, arme de la pensée unique, de la politique et de l'économie unique, que j'appelle avec le PRCF à la rébellion.

Nous sommes tout prêts au PRCF à participer à une journée de mobilisation contre Sarkozy et l'ensemble de sa politique, donc aussi contre l'Europe du capital et l'OTAN (sans quoi on fera involontairement le jeu de ceux qui veulent faire du sarkozysme sans Sarko et du berlusconisme sans le "Cavaliere", en poursuivant la même stratégie de désintégration de la France dans l'UE néolibérale). Mais nous ne pouvons accepter que cette journée qui se veut populaire contourne sciemment la langue de notre peuple, fût-ce pour "faire branché". C'est un piège extrêmement nocif si l'on veut que les masses populaires de notre pays se reconnaissent dans l'initiative. Pourquoi ne pas, par exemple, appeler l'initiative "24 heures sans Sarko (pour commencer!) journée oxygène.