Le meurtre d’un jeune Indien à Melbourne empoisonne les relations déjà compliquées avec l’Inde. Le refus par Canberra de lui vendre de l’uranium n’est pas étranger à la mauvaise humeur indienne.

La mort brutale, le 2 janvier à Melbourne, de Nitin Garg, un ressortissant indien titulaire d’un titre de séjour permanent en Australie, a envenimé la relation difficile entre New Delhi et Canberra.

Le ministre des Affaires étrangères indien, S.M. Krishna, a déclaré que ce meurtre aurait “certainement des répercussions sur les relations bilatérales entre les deux pays”.

Nitin Garg est en effet la dernière victime d’une série d’agressions contre de jeunes Indiens résidant en Australie.

Bon nombre étaient étudiants ; d’autres, comme Nitin Garg, étaient venus travailler.

Cette tragédie survient alors que les relations entre les deux pays se sont nettement refroidies depuis quelques années.

Lors d’une visite en Inde, en 2008, j’avais été surpris d’entendre les sévères critiques adressées à l’encontre du Premier ministre australien, Kevin Rudd, jusqu’au plus haut niveau du gouvernement indien.

New Delhi ne digérait pas son refus de lui vendre de l’uranium, alors que le Premier ministre précédent, John Howard, s’y était engagé.

Certaines personnalités indiennes ne cachaient pas leur mécontentement. Shashi Tharoor, ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères, connaît bien l’Australie.

Lors d’une visite, en 2008, avant d’occuper son poste actuel, il avait accusé le Parti travailliste de Kevin Rudd de pratiquer une forme d’apartheid.

“L’Australie n’a aucune bonne raison justifiant sa position, dans la mesure où elle accepte de vendre de l’uranium à des pays dotés de la bombe nucléaire, notamment à la Chine”, avait-il déclaré.

De son côté, le gouvernement Rudd explique qu’il refuse de fournir de l’uranium à l’Inde du fait que New Delhi n’a pas ratifié le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP).

Cette position a eu pour conséquence de placer l’Inde “dans la même catégorie que d’autres pays non signataires de ce traité, comme le Pakistan ou la Corée du Nord”, rappelle Lavina Lee, chercheur à l’université Macquarie.

Mais le gouvernement fédéral ne peut pas être tenu responsable de tous les crimes commis dans les rues australiennes.

Toutefois, John Brumby, Premier ministre de l’Etat de Victoria, où l’on a enregistré la plupart des agressions, se trouve à la tête d’une administration qui donne l’impression de vouloir à tout prix éviter de heurter certaines minorités.

Face aux allégations de crimes racistes, la police du Victoria oppose un déni formel ou évite de répondre.

Après les agressions contre plusieurs étudiants indiens en mai 2009, Kieran Walshe, responsable de la police locale, avait déclaré que les Indiens n’étaient pas visés en raison de leur nationalité, une affirmation qui n’est étayée par aucune preuve.

La mort de Nitin Garg a suscité le même genre de réaction de la part des autorités.

Bon nombre de responsables politiques, d’officiers de police et de juges australiens ont du mal à admettre qu’il existe des violences racistes, souvent liées à la consommation d’alcool ou de drogues.

Les crimes racistes demeurent relativement peu nombreux en Australie. La meilleure façon de faire en sorte que cela ne prenne de l’ampleur serait que la police du Victoria fasse preuve d’un peu plus d’honnêteté sur les origines de ceux qui commettent, ou sont soupçonnés de commettre, ces violences gratuites.

http://www.courrierinternational.com...pour-new-delhi