«H'mida joueur, H'mida serveur»
par Kharroubi Habib, Le Quotidien d'Oran, 13 janvier 2010

Chez nous, le pouvoir politique répète sans cesse qu'il est acquis au dialogue social. Dans la réalité, c'est seulement un semblant de concertation qu'il concède, et encore dans la logique de «H'mida le joueur et H'mida le serveur». C'est-à-dire à ses propres règles du jeu et avec des partenaires dont il n'a pas à craindre d'embarrassantes prises de position.

D'où l'étonnement qu'à provoqué son acceptation d'un dialogue avec les syndicats autonomes de l'Education nationale qui a mis fin a leur grève ayant duré plusieurs semaines. Tout un chacun a vu ce qu'il voulait voir dans ce geste. Inspiré par la sagesse pour les uns, reculade forcée devant la menace d'une année scolaire compromise pour d'autres, calcul tactique pour certains, qui a permis de casser la détermination des grévistes et fourvoyer dans les méandres des longues négociations les doléances des enseignants.

Il a semblé toutefois qu'en transgressant en la circonstance sa position de principe pérenne, qui est que les dossiers et problèmes sociaux sont du ressort exclusif de la tripartite en tant que cadre et de l'UGTA en tant que partenaire syndical, le pouvoir donnait l'impression d'avoir pris acte que la réalité sur le terrain social n'obéit pas au schéma dans lequel il a voulu enfermer le dialogue social.

Mais il faut croire qu'il est vite et promptement revenu à la rigidité de sa conception initiale, comme le prouve son comportement face à la grève des praticiens de la santé, qui en est à sa quatrième semaine, et à celle des travailleurs du complexe véhicules de Rouiba, partie elle aussi pour s'installer dans la durée.

Ce retour à la porte fermée à toute espèce de dialogue avec des grévistes aurait été, semble-t-il, obtenu par des milieux du pouvoir qui ont fait valoir que le fait d'avoir accepté de négocier avec les syndicats autonomes de l'enseignement a valeur d'aveu de faiblesse et constitue un encouragement à la prolifération de mouvements de contestation sociale.

L'UGTA, à n'en point douter, n'a pas été la moins empressée à faire pression pour ce retour. C'est que pour cette organisation, le simple fait que les pouvoirs publics discutent avec les syndicats autonomes remet en cause son statut de partenaire syndical unique. Il serait encore plus désastreux pour elle que dans l'affaire SNVI, les autorités se décident à dialoguer avec le collectif des travailleurs du complexe véhicules, affilié à elle syndicalement mais en conflit ouvert avec sa centrale sur l'accord qu'elle a donné aux décisions de la dernière tripartite de décembre 2009 et son comportement par rapport à son mouvement de grève.

Il serait exagéré néanmoins d'attribuer l'attitude des autorités face aux deux grandes grèves qui font l'actualité sociale présentement à une pression déterminante de cette centrale syndicale. La vérité, c'est qu'il n'est pas dans la culture politique du pouvoir de dialoguer avec quiconque. Il peut faire semblant, biaiser, uniquement dans le but de diviser puis démobiliser les contestataires. D'où sa stratégie éprouvée du pourrissement qu'il pratique systématiquement. Et quand le cours des évènements menace de lui échapper, il n'a aucun scrupule à faire dans la répression.

Sauf que ce recours en devient de moins en moins dissuasif. Il renforce au contraire la détermination des contestataires et augmente leurs rangs.