Le Comité international de soutien aux syndicats autonomes (CISA) vient de rendre public un rapport accablant sur la situation des syndicats autonomes en Algérie, notamment leur combat face à un pouvoir répressif et qui joue systématiquement la carte de la manipulation.

Le document revient dans le détail sur la naissance des syndicats autonomes, le parcours de l’UGTA et la mission des services de sécurité.

Venus combler l’absence totale de représentation des travailleurs, les syndicats autonomes, explique le rapport, sont depuis leur création la cible permanente d’entreprises d’intimidation, de division de leurs rangs et de corruption de leurs dirigeants, et ce, dans le but d’éliminer toute forme d’expression revendicative.

Le maintien de l’ordre politique en Algérie passe, de l’avis des rédacteurs du rapport, par « l’émiettement » de toutes les contestations et la « vassalisation » de tous ceux qui prétendent se poser en tant qu’interlocuteurs responsables.

En Algérie plus qu’ailleurs, être syndicaliste est aujourd’hui un combat difficile de tous les instants ; les dispositions de l’Etat d’urgence en vigueur depuis janvier 1992 compliquent très sérieusement l’action quotidienne des syndicalistes authentiques, membres des divers syndicats autonomes de la Fonction publique.

Les syndicats autonomes, révèle le rapport, sont apparus au tout début des années 1990 – à la faveur d’une brève ouverture démocratique – pour défendre les intérêts des fonctionnaires, un rôle que n’assurait plus le syndicat unique UGTA, devenu, selon le CISA, dès 1963, un simple rouage du régime.

Néanmoins, à partir de l’an 2000, la tâche des syndicats autonomes devient difficile puisqu’elle consiste autant à défendre les travailleurs qu’à esquiver les manœuvres incessantes de déstabilisation, d’infiltration et de corruption du pouvoir – qui les tolère sans les reconnaître officiellement.

En refusant tout sujétion autre que celle due à leurs adhérents, poursuit le rapport, les organisations syndicales indépendantes sont donc devenues la cible de l’action des services de la police politique, de l’armée et du DRS. « Héritage vivace de la période d’ouverture, de la Constitution de 1989 et des lois promulguées en 1990, les syndicats autonomes sont en première ligne de la répression et des manœuvres déstabilisatrices de l’appareil sécuritaire et de ses relais. »

Le CISA fait remarquer que le recul social enregistré en Algérie n’est, aujourd’hui, combattu que par les syndicats autonomes.

L’UGTA, ancienne organisation de masse du parti unique, caporalisée dès les premiers jours de l’indépendance par la police politique, n’est plus qu’un instrument, totalement discrédité, de contrôle social. Privée de toute représentativité, la vieille centrale est l’ombre spectrale du syndicat fondé le 24 février 1956 par Aïssat Idir. L’UGTA, l’un des rarissimes syndicats au monde à avoir approuvé un programme d’ajustement structurel du FMI, n’est plus qu’un sigle commode.

En outre, les syndicats autonomes demeurent, selon le CISA, les seules organisations qui défendent les travailleurs et les seules qui échappent à la mainmise de la police politique.

Les mouvements sociaux dans la Fonction publique ont démontré les capacités de mobilisation des syndicats libres et la limite des capacités d’intimidation de la police politique.

Le document de plus de dix pages relate les méthodes éprouvées par le pouvoir pour stériliser le champ politique. Aux suspensions de salaires succèdent les arrestations arbitraires, les carrières bloquées, les mises à pied injustifiées. L’arsenal des brimades, des vexations, des brutalités et des manipulations policières est, à cet effet, entièrement mobilisé.

Par Nabila Amir El Watan 26 janvier 2010