NOUVELOBS.COM | 28.01.2010

Jeudi 28 janvier, l'écrivain Abdelwahab Meddeb, était l’invité d'un tchat sur la burqa sur NouvelObs.com. Avec courage, il exprime son rejet de l'islamisme et de l'aliénation que constitue le voile intégral pour les femmes

Jeudi 28 janvier, Abdelwahab Meddeb , écrivain (*), universitaire et animateur de "Cultures d'islam" sur France Culture, était l’invité de NouvelObs.com pour un tchat sur la burqa. Le port du voile intégral pour les femmes est-il un précepte religieux ? ont demandé de nombreux internautes . « Les réformistes de la fin du XIXe s., tel l'Egyptien Qasim Amîn, ont lu les versets coraniques invoqués par les clercs pour imposer le port du voile aux femmes dans un sens tout autre : ils ont rappelé que dans ces versets, il n'est dit nulle part qu'il faille par exemple se couvrir les cheveux ou les bras. Quant à la burqa, elle est simplement absente du Coran. Donc tout est affaire d'interprétation et cette interprétation varie du maximum de coercition au maximum de libéralisme, entre dévoilement et voile intégral, burqa et niqab. Mais l'écrasante majorité des clercs de l'islam lisent ces versets dans le sens qui impose le voilement des femmes. » explique-t-il.
Mais pourquoi en France des femmes se voilent, librement disent-elles ? « Il y a la blessure de l'identité. Est-ce une raison suffisante? J'y ajoute la servitude volontaire, j'y ajoute aussi le phénomène "queers", se distinguer par le scandale, en choquant ; il y aussi peut-être du sado-masochisme, lequel est inconscient chez les croyantes sincères, notamment chez les converties, chez celles-là, il faut ajouter le zèle qui anime tout néophyte (on dit qu'elles sont 250 à porter la burqa) » analyse Abdelwahab Meddeb.


Insupportables pour les femmes occidentales

« Les femmes qui sont de culture occidentale se sentent insultées et méprisées par ces femmes qui portent le voile intégral et qui se disent "pures". A contrario, nous sommes donc impures, nous qui ne portons pas de voile. C'est assez insupportable » écrit une internaute. « Je suis aussi choqué que vous face à de telles allégations. L'expérience de la vie m'a appris que l'habit ne fait pas la moniale, que Tartuffe est aussi présent en Islam, que la propension au sexe (car c'est de ça dont il est question) n'a rien à voir avec le voile ou le dévoilement, et ce type d'argument qui sépare le voile de la vertu était aussi utilisé par les réformistes qui ont appelé les musulmanes à se dévoiler. » répond Abdelwahab Meddeb . Mais dénoncer la burqa, n’est-ce pas faire le jeu du racisme ? « Il ne faut pas se laisser impressionner par le culte de la différence, toute différence n'est pas bonne, et je la rejette radicalement lorsqu'elle ne correspond pas à mes valeurs » explique l’écrivain. « La peur de l'Islam chez les Européens est née des textes coraniques et "sunniques " violents » estime un autre correspondant. « Le Coran hérite sa violence et ses lois de la Bible. La seule possibilité pour s'en sortir c'est une relecture, une réinterprétation, la neutralisation par la contextualisation de ce qui est intolérable par rapport à l'évolution des mœurs et des idées. Cependant, il est possible de dégager du Coran même le primat de la visée éthique, je le démontre dans mon dernier livre "Pari de civilisation" (Le Seuil, 2009) dans le chapitre intitulé "le choc des interprétations".

L'islamisme est un fascisme

« Je pense que l'islamisme est un fascisme ; je l'ai dit et écrit. L'islamisme est la transformation d'une tradition religieuse en idéologie de combat, il veut représenter une identité alternative à l'identité occidentale. Un anti-occidentalisme élémentaire l'anime. Il conduit au choc des civilisations, expression d'invention islamiste avant d'être de Huntington. L'islamisme propose une vision globalisante de l'islam qui le fait s'assimiler au totalitarisme. C'est l'islam qui devrait en premier réagir contre l'islamisme, il en va de sa survie. L'islamisme a une stratégie de conquête à l'échelle du monde. C'est pour cela qu'il nous parvient jusque ici en France, en Europe, nous avons bien sûr à le combattre, et la burqa peut être assimilée à un signe islamiste, nous la refusons en soi et en tant que telle. ». Pour autant, des députés ont-il bien fait de pointer du doigt les quelques femmes en France qui portent ce voile ? « Je pense que oui. Car il faut percevoir la burqa comme un symptôme, autant traiter le mal à l'apparition des premiers indices. Il faut dire non à une certaine forme d'archaïsme sans chercher à en mesurer le degré de légitimité qu'invoquent celles et ceux qui y adhèrent. Nous avons aussi à défendre une manière d'être au quotidien que nous trouvons des plus agréables, des plus convenables. La disparition de la face affichée au cœur de nos cités me choque en tant qu'Européen et en tant que musulman post-islamique, empreint du soufisme pour construire son être poétique, lequel exalte la face humaine, particulièrement lorsqu'elle se pare de la beauté, elle est reconnue comme l'épiphanie divine par excellence. La burqa fait peur, elle effraie d'une manière instinctive les enfants, les jeunes filles, on y perçoit un humain qui s'attribue l'inhumanité, c'est un signe qui sépare, qui crée de l'irréconciliable, de l'inconciliable. »

(Claire Fleury – NouvelObs.com)