Rencontre avec des étrangers en cours de naturalisation ou très récemment naturalisés. Chacun s'est construit une identité française à sa façon.

Au coeur de l'Opéra Garnier, une douzaine de femmes arpente discrètement les coulisses ouatées du monument parisien.

"Dans ce lieu magique, je me sens 100% française, lance Muriel, née de parents algériens, en France depuis l'âge de huit ans. J'ai toujours rêvé de visiter ce palais. Comme beaucoup d'autres Français, j'imagine...".

Chez Maro, une malienne installée en France depuis 10 ans, même sentiment: "J'ai la nationalité depuis peu. J'en suis très heureuse, parce qu'avec elle, je me sens chez moi."

Téléphones portables et appareils photo mitraillent le lustre aux 340 lumières qui orne le célèbre plafond, signé Chagall. La respectabilité des lieux exacerberait-elle le sentiment d'appartenance à l'Hexagone?

Français exigé

Adhérentes à Espace 19, une association qui organise des ateliers de langue, dits "socio-linguistiques", ces femmes maîtrisent encore mal le français.

"Pour toute demande de naturalisation, la préfecture doit constater, depuis 2005, le degré de connaissance du français, explique l'avocate Françoise Mendel Riche, spécialisée en droit des étrangers.

Une connaissance orale de la langue est demandée, ainsi qu'une capacité à accomplir seul les démarches de la vie courante.

Le degré d'exigence est adapté au niveau social." L'Espace 19 a mis au point des ateliers d'apprentissage du français quotidien.

Et cinq fois par an, ses bénévoles emmènent les élèves à la découverte des monuments d'Ile-de-France.

Pour Keal Hieng, née au Cambodge de parents chinois, il est difficile d'appartenir au pays de Molière, tant qu'on n'en maîtrise pas la langue.

"Je dois apprendre le français pour me sentir totalement française", explique-t-elle. Bien sûr, l'apprentissage de la langue est aussi vital pour affronter les difficultés du quotidien. "Si tu ne parles pas français, comment tu accompagnes ton fils à l'école ou à l'hôpital?", interroge Maro, la malienne.

Le statut social par l'ambition

Les adhérentes de l'Espace 19 écoutent leur guide avec attention, dans le hall du Palais.

A quelques kilomètres de là, en banlieue parisienne, Idir Sekhri, français d'origine algérienne, s'est forgé un statut social en créant son entreprise de plomberie. "Quand on a de l'ambition, on s'en sort mieux, et ceux qui se plaignent tout le temps de nos conditions de vie ne sont jamais sortis de France", lance-t-il, un peu sévère.

De son côté, Elom, venu étudier à Paris en 2000, a réalisé à quel point il se sentait Français lorsqu'il est retourné au Togo, son pays natal, pour les vacances. Lors d'une escale à Tripoli, les douaniers ont émis des doutes sur l'authenticité de son passeport.

Ils lui ont posé des questions pour vérifier sa maîtrise de la langue. Une fois rassurés, l'interrogatoire a doucement dérivé vers une discussion cordiale sur la culture française.

Fan inconditionnel de Francis Cabrel, Sardou et Joe Dassin, marié à une Française, Elom a vécu sa naturalisation comme une continuité logique de son parcours.

JPGuilloteau/L'Express