Paris compte sur la création prochaine d'une Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie pour concourir à l'apaisement des relations avec Alger, qui se sont soudainement envenimées ces derniers jours.

"Les derniers événements montrent qu'il est temps que tout cela se mette en place", a déclaré le secrétaire d'État à la Défense et aux Anciens combattants, Hubert Falco.

Cent vingt-cinq députés algériens, dont certains membres du FLN au pouvoir, ont signé le 13 janvier une proposition de loi criminalisant le colonialisme français (1830-1962).

"C'est une proposition particulièrement inquiétante et même outrancière", a jugé Hubert Falco qui y voit "la preuve de la nécessité d'une fondation non partisane" qui "ne sera pas chargée d'écrire l'histoire de la guerre d'Algérie mais où chacun pourra venir déposer sa part de mémoire, sans exclusive".

La création de cette fondation est "entrée dans la dernière ligne droite", indiquent ses services.

Les statuts, "validés par Matignon" assure-t-on, pourraient être approuvés dès juin et la fondation installée dans la foulée.

Selon Hubert Falco, l'ancien président d'Axa Claude Bébéar, qui a lui-même fait la guerre d'Algérie, "est pressenti pour la présider".

Voulue par Jacques Chirac, cette fondation était inscrite dans la loi du 23 février 2005 "portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés".

L'idée avait cependant fait long feu en raison des tensions soulevées, en France comme en Algérie, par des dispositions de l'article 4 de la loi, abrogées depuis, qui recommandaient aux enseignants de vanter auprès de leurs élèves "les aspects positifs de la colonisation".

"Cette fondation devra aider à la réconciliation des mémoires : mémoire des anciens combattants, mémoire des rapatriés, mémoire des harkis, mémoire des Algériens, mémoire des historiens", avait déclaré Nicolas Sarkozy en décembre 2007, relançant l'idée.

7,2 millions d'euros

Elle bénéficiera d'une dotation en capital de 7,2 millions d'euros apportés par l'État ainsi que trois associations d'anciens combattants, la Fédération nationale André Maginot, les "Gueules cassées" et Le Souvenir français.

L'État mettra aussi des locaux à sa disposition aux Invalides. "Il est temps de parler librement de cette période de l'histoire toujours taboue et qui compte trop de zones d'ombre", souligne Hubert Falco, maire UMP de Toulon, une ville où résident de nombreux rapatriés d'Algérie.

Les harkis, assure-t-il, "sont très ouverts à cette fondation : ils veulent parler de ce qui s'est passé après le mois de mars 1962 (date du cessez-le-feu qui mit fin à la guerre d'Algérie, NDLR), savoir et comprendre".

À la manière des fondations créées autour de la Seconde Guerre mondiale (fondations pour la Mémoire de la Shoah, Charles de Gaulle ou de la France Libre), cette nouvelle institution recueillera documents et témoignages pour les mettre à disposition des historiens, enseignants, jeunes...

"Elle sera ouverte à tous", insiste Hubert Falco : anciens appelés et officiers, pieds noirs, harkis, rapatriés, membres du FLN ou de l'OAS, et le sera aussi à l'État algérien.

Même s'il n'a eu pour l'heure "aucun retour" d'Alger, le secrétaire d'État espère que "l'État algérien aidera à accomplir ce devoir de vérité dans un bon esprit".

Pour lui, la portée symbolique de cette fondation est comparable à celle de la poignée de mains entre le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer qui avait scellé la réconciliation franco-allemande, en 1958.

LePoint.