Un accord sans intérêt ni contrainte

En principe, l’intérêt d’un accord de libre-échange c’est qu’il permet à chacune des parties contractantes de booster tant ses exportations que ses importations. Ce n’est en effet qu’à cette condition qu’il est mutuellement bénéfique. Si au bout d’une certaine période probatoire, il s’avère cependant que seule une partie y trouve son compte, la logique voudrait que celle qui, à l’opposé, en a fait les frais demande une renégociation significative des termes de l’accord, et dans le cas où cela lui est refusé, de ne pas craindre alors de se désengager purement et simplement.

Ce cas de figure n’est pas théorique ; dans aucun sens de ce mot pourrait-on ajouter il ne peut l’être d’abord, parce qu’en théorie un accord de cette nature est nécessairement bénéfique pour toutes les parties qui y ont souscrit. C’est sur ce dogme que repose tout le libre-échangisme ; sans cette conviction, bien peu de pays accepteraient en effet d’ouvrir sans restriction leur marché devant les produits des autres. Il n’est pas théorique ensuite parce que c’est bien de cette façon que s’est soldé l’accord de libre-échange liant un pays seul, en l’occurrence le nôtre, à tout un continent, l’Europe, région du monde économiquement développée s’il en est. On sait ce qu’il en a résulté cinq années après son entrée en vigueur: l’Algérie importe d’Europe vingt fois plus qu’elle n’y exporte hors hydrocarbures.

Une expérience aussi concluante ne devrait pas faire hésiter les autorités algériennes. Le déséquilibre des échanges n’est pas seulement énorme, il confine au scandale en effet. Dans ces conditions, il ne servirait à rien de demander la renégociation. Car aussi profonde qu’il est possible d’imaginer cette dernière, elle serait encore fort éloignée de pouvoir faire faire un bond prodigieux aux importations algériennes, entendu qu’un partenariat commercial a pour vocation de tendre à l’égalité des échanges pour chaque partenaire.

Il se trouve cependant que ces cinq années de vie de l’Accord d’association n’ont pas dispensé que cette leçon. Elles en ont aussi asséné une autre, qui est la suivante : c’est qu’il n’est pas bien difficile de suspendre les effets d’un accord de ce type, parce que, tout compte fait, il vous est loisible de le tourner toutes les fois que vous le voulez. Il est ainsi formulé que vous ne violez jamais sa lettre alors même que vous prenez la plus grande liberté envers son esprit.

Pourquoi dénoncez un accord qui, ne garantissant rien, n’interdit positivement rien non plus ?

C’est ainsi que les Européens se sont ingéniés à multiplier les barrières non douanières devant les rares produits que les Algériens pouvaient placer sur leur marché. Ils ne se sont pas dit qu’étant donné l’énorme déséquilibre des échanges, tout à leur avantage, qu’ils ont avec ce pays, qu’ils cherchent de plus à entraîner dans un «partenariat stratégique» dans le domaine de l’énergie, il faut qu’au contraire ils lui accordent une préférence marquée, au moins sur une partie de ses exportations. Si au moins ils n’avaient pris le contre-pied de l’Accord que de cette façon-là ! Non, ils ont infligé une taxe antidumping aux engrais produits par Ferial, sous prétexte que le gaz entrant dans leur composition était subventionné.

C’est ce coup-là que les Algériens ont le plus mal encaissé. Eux qui, naïvement, pensaient que le gaz, c’était leur point fort, leur avantage comparatif ! Eh bien non, pour les Européens, avantage comparatif ça signifie concurrence déloyale et dumping. Ce qui interpelle le Régulateur, qui prononce une taxe supplémentaire pour que Dame concurrence recouvre tous ses droits.

A ce jeu-là, qui en réalité est une remise en cause de l’accord, les Algériens ne sont pas en reste. Vous multipliez les obstacles à l’entrée devant nos produits, nous allons réserver à quelques-uns des vôtres un accueil à notre manière, mais pas moins douloureux que le vôtre.

C’est ainsi que les importations de véhicules ont baissé de 30% par rapport à 2008. Il a suffi pour cela une simple mesure, irréprochable à l’aune libre-échangiste : la suppression du crédit auto.

Par Mohamed Habili
http://www.lejourdalgerie.com/Editio...une/Lejour.htm