L'UE marche sur des oeufs depuis que Tripoli ne délivre plus de visas aux ressortissants de l'espace Shenghen. La Suisse compte désormais ses soutiens européens sur les doigts d'une seule main.

La France assure qu'elle soutient la Suisse... mais pas trop. C'est ce qui ressort de la conférence de presse donnée mardi par Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, en présence de son homologue italien.

Faisant allusion à la politique suisse de restriction de visas Shengen contre le clan Kadhafi, le ministre français s'est montré hésitant: "Cette politique un tout petit peu trop déterminée (de la Suisse) ne va conduire à rien. Nous assurons la Suisse de notre solidarité mais nous sommes aussi concernés." L'Italien Franco Frattini a surenchéri: "On ne peut pas prendre en otage 25 pays de l'espace Shengen à cause d'un problème entre la Suisse et la Libye."

"Voilà la Suisse membre de l'Union européenne!"

Devant les journalistes de la Télévision suisse romande, Bernard Kouchner s'est montré encore moins conciliant quelques heures plus tard. Il a ironisé: "Voilà la Suisse membre de l'Union européenne...". Pour finalement conclure qu'il refusait de trancher entre "nos amis suisses et nos amis libyens".

La Libye a décidé de suspendre, dimanche, la délivrance de visas aux ressortissants des 25 pays de l'espace Schengen et d'empêcher l'accès de leur territoire aux titulaires de visas en cours de validité.

Cette décision a été prise en réponse à la politique de restriction de visas Schengen menée par la Suisse contre le clan Kadhafi, tout cela sur fond de vexations dues à l'arrestation du fils Kadhafi par la Suisse, pour des violences commises contre ses domestiques dans la Confédération.

Plus aucun déplacement possible entre l'Europe et la Libye

Dès lors, c'est toute l'Europe qui ne peut plus se rendre en Libye, ou pire, en sortir. Les voyages d'affaires et autres événements sont suspendus jusqu'à nouvel ordre (voir ci-dessous).

La situation a le don d'irriter les puissances européennes. Franco Frattini est allé jusqu'à qualifier la Suisse de "preneuse d'otage" de l'espace Shenghen. Une accusation qui a hérissé le poil des autorités helvètes, dont deux ressortissants sont toujours retenus prisonniers en Libye.

"C'est le monde à l'envers, s'est exclamé Arthur Grosjean, journaliste à la Tribune de Genève, dans un édito acerbe, à quoi joue la France? Est-elle aussi avide de contrats libyens comme les Italiens pour qu'elle caresse pareillement Kadhafi dans le sens du poil en chargeant la Suisse dans l'affaire des otages? Les déclarations de Bernard Kouchner sont tout simplement indécentes. Rappelons que deux Suisses ne peuvent pas quitter Tripoli depuis plus d'un an. Et que fait le ministre français? Il parle d'une prise d'otage... suisse. La victime devient agresseur."

Union Européenne: un seul et maigre soutien

Seule l'Union européenne semble s'être rangée aux côtés de la Suisse en déplorant lundi une "décision unilatérale et disproportionnée" de la part des Libyens. Mais elle a rapidement atténué ses propos en demandant aux autorités suisses et libyennes de régler le différend, sans pour autant prendre parti. Une grande majorité de journaux suisses se posait encore la question mardi matin de savoir si leur pays sera soutenu par l'Union Européenne dans cette nouvelle crise diplomatique.

L'Express