M&B IN NYC (III). Apo, Flex, Houssam et leurs copains rappeurs de La Courneuve rencontrent des coliers du clbre quartier new yorkais.

Pourquoi, vous les Franais, vous n'aimez pas les Amricains ?

Une porte blanche. On dirait lentre de derrire par o passe la viande chez Carrefour.

Non, c'est lentre dune cole dans le Bronx. Trois flics font le guet. Un portique de scurit signale les objets mtalliques.

Videz vos poches. Donnez vos appareils. Prsentez votre carte d'identit.

Ah non, mais imagine, tous les matins, ils se font fouiller et tout, a motive pas pour venir l'cole , s'insurge Apo.

Quand vous avez montr que vous tiez clean, vous pouvez entrer.

A travers les portes vitres, on aperoit des minots penchs sur leurs tablettes.

Des collages aux murs. Un lve passe. Un second. On prend les escaliers.

Dans une salle, des gars et des nanas sont assis sur les tables, pieds sur les chaises, bavards comme jamais, riant comme tout le temps, apparemment.

On pntre dans la salle, telle des toreros, ou des taurillons, dans une arne. Plutt des animaux dans un zoo , balance Houssam.

Les rappeurs sont l'attraction de la journe. Tous les regards sur eux.

C'est comme dans les films , dit encore Houssam. Un poteau bleu est plant au milieu de la salle.

Des choses sont notes au tableau.

Du crpon colore l'endroit. Les fentres sont grillages. Monte Laster fait la traduction. Prsente le projet Our Better Angels .

Branche l'cran plasma. Prsente le film First Personal ralis par les rappeurs, La Courneuve.


La camra s'immisce dans leurs salles de bain. Dans le hall de l'immeuble. On voit les barres ternes. Un ciel gris.

Et on voit les gars qui parlent avec un architecte de la destruction imminente de la Tour Balzac, aux 4000.

On les entend parler : Obama, il est noir ou blanc ?

Question obsdante, comme un disque qui tourne en boucle, dans le film. Gnrique de fin rythm au son des applaudissements.

Une fille prend la parole, au fond de la salle. Un voile noir entoure son minois lgrement poudr. Son sourire resplendit.

Elle est prsidente de l'cole .

Ds l'entre dans larne, les gars l'avaient repre. Tout comme ce gamin, avec une croix qui pendouille son cou. Tout comme ce mec, assis en tailleur, une casquette pose sur sa touffe. Nous, en France, lcole, le voile est interdit, la croix aussi, les casquettes aussi. C'est pour a, a nous choque (de voir vos voile, croix et casquette). Monte Laster, l'accompagnateur des Courneviens, traduit et dit it's the laicit . Personne ne comprend le mot. J'ai commenc porter ce voile l'ge de 13 ans. Je n'ai jamais entendu une quelconque remarque dans cette cole. Et pour cause, c'est moi-mme qui me suis demand, un moment, si je ne drangeais pas , raconte llve voile.

Le parfum des pizzas embaume la classe. Flex pose une question :

Quand vous avez vu ce film, est-ce que vous auriez pens qu'on tait franais ?

Le no est unanime : Non, si vous naviez pas mis le son, on aurait pens que vous tiez plus des Africains.

Enfin, lincontournable, la principale, l'invitable : Et pourquoi les Franais n'aiment pas les Amricains ?

Les gars sourient. C'est faux, on aime les Amricains. Pour preuve, on les copie...

On aime les Amricains et on est venu le dire !

La sonnerie retentit. Les lves sortent de la salle, tranquillement, et embrassent leur prof qu'ils reverront demain.

Non, mais j'suis choqu, ils font un clin leur prof pour lui dire au revoir.

La prof se justifie : L'affectif est important, dans une classe. C'est aussi plus simple, quand on entretient un rapport affectif avec quelqu'un, de lui demander de faire quelque chose srieusement. On quitte les murs de l'cole. Dans le Bronx, la pluie tombe. On s'engouffre dans le mtro.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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