05-03-2010

Justice spécifique utilisant l’anglais, législation particulière d’entrée des étrangers, la zone franche présidée par Saadi Kadhafi est un véritable « Hong Kong ».

La Libye poursuit sa politique d’ouverture économique, entamée à partir de 2003, avec l’instauration de l’économie de marché et le lancement d’un programme de privatisation des 360 entreprises publiques.

Même la crise économique, « inconnue » ici, à croire le secrétaire du Comité populaire général libyen, Dr Bagdhadi Mahmoudi, qui l’explique par « le principe de précaution et de prudence prises dans le placement sûr et sans risques des investissements du pays à l’étranger qui a permis d’éviter des pertes conséquentes au moment où les autres pays pétroliers ont perdu des milliards de dollars dans la tempête financière », n’a pas refreiné les ardeurs libérales libyennes.

Il est vrai que, selon la Banque centrale, le pays dispose d’un matelas financier de 136 milliards de dollars américains, dont 67 directement gérés par la BCL, et le solde alloué aux institutions libyennes d’investissement.

Néanmoins, Tripoli¸ 3e producteur de pétrole en Afrique, pays traditionnellement non emprunteur, a reçu, le 11 février dernier, de la Banque africaine de développement un don de 744 000 dollars au profit du Centre libyen de promotion des exportations, pour son programme de diversification et d’intégration commerciale pour « des sources de revenus, en s’appuyant sur de nouvelles opportunités dans des secteurs autres que les hydrocarbures qui pèsent pour près de 80% du PIB ».

Moins que l’apport financier, c’est plutôt l’assistance technique qui semble être la raison du recours libyen à la BAD.

Palier nouveau

La libéralisation franchit un palier supplémentaire avec l’implantation effective de la zone franche dite « Zone de développement Zouara-Ras-Jedir », annoncée par le président de son conseil d’administration, le fils du Guide, Saadi Mouammar Kadhafi, en fin janvier.

La Zone a été créée depuis septembre 2006 par un décret du secrétariat du Comité populaire général libyen, mais la personnalité morale et l’autonomie financière nécessaire à son démarrage ne lui avaient toujours pas été accordées, malgré la création d’une société mixte chargée de la première phase de la zone avec la société immobilière des Emirats Arabes Unis, Emaar.

Sans doute, un de ces rebondissements dans les choix stratégiques en Libye, qui cachent mal les rivalités dans la course feutrée à la succession de Kadhafi.

Désormais, a annoncé Saadi Kadhafi, une législation spécifique va en faire un véritable « Hong Kong » libyen.

Un guichet unique va regrouper les différentes prérogatives de l’administration en matière de contrôle et de financement des projets de développement et d’investissement, caractérisés par plus de flexibilité et de transparence. Même l’entrée et la sortie des étrangers, l’octroi des autorisations, le contrôle des produits et de l’environnement, le code du travail, les assurances, les prestations sociales, sanitaires, l’enseignement, ainsi que les prestations bancaires y bénéficieront d’un traitement spécifique.

Prérogatives

La zone économique a également les prérogatives pour développer toutes les villes et les services qui se trouvent dans les limites de la zone établie, sur une superficie de plus de 200 km2, pour offrir « un débouché organisé et un environnement adéquat pour les investissements étrangers et locaux ».

Même la justice libyenne, encore récemment sur la sellette à propos des deux hommes d’affaires suisses poursuivis pour le même chef d’accusation, et dont l’un a écopé de six mois, alors que le second a été relaxé, bénéficiera du statut spécial, avec des tribunaux de première instance et une Cour d’appel qui pourront utiliser l’anglais comme deuxième langue officielle après l’arabe.

Le « Hong Kong » libyen ne devrait toutefois pas se faire sans les Libyens. Le fils du colonel a invité les hommes d’affaires, les cadres, les diplômés et les experts à participer et à contribuer à la réussite de la zone.

La concession est accordée à la zone pour 50 ans renouvelables sur décision du Comité populaire général libyen.

CES