Par Cécile Chevré, le 23 mars 2010

“Google ferme google.cn”, nous apprend Le Monde. Le moteur de recherche, qui envisage de quitter définitivement la Chine – il n’aura pas vraiment de choix après son coup d’éclat d’hier – a décidé de mettre fin à l’autocensure censée lui accorder le viatique des autorités chinoises en redirigeant les internautes chinois vers Google Hong Kong. Une décision économique mais qui a bien évidemment des implications politiques. Hillary Clinton a d’ailleurs ouvertement soutenu Google contre la Chine. Le conflit Google vs Chine risque de devenir une affaire d’Etat.

Connaissez-vous le péril jaune ? C’est une vieille idée qui revient régulièrement à la mode et qui prédit une domination du monde par l’Asie, le tout teinté d’une bonne dose de préjugés. Une crainte plus si jeune que cela puisqu’elle date de la fin du XIXe s. Le péril jaune a connu un grand succès au tout début du XXe s., alors que la Russie était en conflit avec le Japon (1904-1905). Le monde entier, ou presque, s’était alors passionné pour cette guerre… et avait pris partie pour la Russie contre l’”agresseur” japonais.

Une nouvelle phase de la crise
Je ne sais pas ce que vous en pensez, cher lecteur, mais il semblerait que nous soyons passés à une nouvelle phase de la crise. La crise fut financière, puis économique et maintenant elle est politique et diplomatique.

Passées les premières tentations protectionnistes de la crise, les gouvernements ont, pendant un moment, essayé d’afficher une unité de façade. On se rappelle du G20 qui promettait une solution mondiale à la crise. Tout le monde se sentait concerné et chacun voulait ajouter sa pierre à l’édifice d’un monde nouveau doté de nouvelles règles économiques et financières, débarrassé de ses paradis fiscaux et de ses cupides traders. Et puis il y a eu le sommet de Copenhague et les échecs répétés des tentatives de réglementation un peu sérieuse de la sphère financière.

Même l’Europe semble sur le point de voler en éclats. Les malheurs de la Grèce ont mis en lumière les différents internes entre les bons élèves de la zone euro – qui peuvent encore afficher des déficits raisonnables – et les mauvais élèves, accusés d’être de monstrueuses cigales et de couler l’euro. Les crispations politiques entre la Grèce et l’Allemagne ont tourné au pugilat par presse populaire interposée.

Christine Lagarde a ajouté de l’huile sur le feu du brasier diplomatique européen en accusant l’Allemagne de faire cavalier seul. Nous n’entrerons pas dans ces lignes sur le débat concernant la légitimité de cette accusation, mais je vous conseille de découvrir deux points de vue très différents sur cette affaire avec les articles de Philippe Béchade dans La Chronique Agora, qui défend le point de vue français, et Isabelle Mouilleseaux dans l’Edito Matières Premières & Devises qui, elle, remet les pendules à l’heure allemande.

Faut-il avoir peur de la Chine ?
Mais, sur la scène internationale, c’est la Chine qui concentre aujourd’hui les griefs des Occidentaux. La liste des sujets de tension est longue comme le bras : la sous-évaluation du yuan, l’accusation d’espionnage de Rio Tinto, l’affaire Google et le piratage apparemment organisé depuis l’empire du Milieu des comptes Gmail, et enfin les accusations de protectionnisme.

“Commerce : la Chine défie les Occidentaux”, titre Le Figaro. Est-ce une déclaration de guerre ?

Dans la Quotidienne, nous vous avons plusieurs fois mis en garde contre les illusions de la croissance chinoise, en partie parce que nous sommes persuadés qu’elle ne profitera que très ponctuellement aux entreprises occidentales. C’est d’ailleurs ce que confirme Le Figaro : “Lors de la remise de son dernier rapport, le président de la Chambre de commerce européenne en Chine, Joerg Wuttke, a dénoncé un protectionnisme déguisé, des ‘procédures d’appels d’offres si brumeuses qu’il est très facile d’être techniquement disqualifié’ et excluant de facto les étrangers. Notamment dans les secteurs privilégiés par le plan de relance chinois, dans celui du ‘vert’”.

Quelles conséquences pour vous ?
Les crispations et les tensions diplomatiques entre la Chine et l’Occident peuvent avoir des conséquences pour tous ceux qui ont des investissements en dollars, et en particulier des bons du Trésor américain. Malgré les dénis répétés des autorités chinoises, la question de l’achat des obligations souveraines par l’empire du Milieu – qui en est, faut-il encore le rappeler, le premier possesseur au monde – est un puissant moyen de pression sur les Etats-Unis.

En ne faisant qu’accélérer légèrement la baisse de ses achats de bons du Trésor, la Chine met en péril le marché obligataire et la capacité des Etats-Unis à se financer. Comme vous le savez, le gouvernement américain va émettre cette année pour plus de 2 000 milliards de dollars de dettes. Et il faudrait mieux pour lui que la Chine soit toujours partante pour en acheter une grande partie.

Devez-vous fuir la Chine ?
Malgré les tensions et les difficultés, à MoneyWeek nous sommes toujours persuadés que le potentiel de croissance chinois ne peut que profiter aux investisseurs avertis. Dans notre dossier sur l’investissement en Chine, Camille-Yihua Chen vous avait donné des conseils pour investir avec prudence. Je vous en rappelle les principales recommandations : “il n’est guère prudent d’investir directement dans les actions chinoises, à Hong Kong ou à New York. Privilégiez des trackers ou des fonds, cela vous épargnera tout souci de gestion et, surtout, vous pourrez profiter de la croissance chinoise sans prise de risque excessive”.

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- Le départ de plus en plus certain de Google de Chine fait un heureux : le moteur de recherche chinois Baidu. Une valeur que nous vous avions recommandée à l’été 2008. Dans MoneyWeek, Camille-Yihua Chen revient sur cette valeur à fort potentiel de croissance.

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