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Discussion: Sans thorie rvolutionnaire, pas de mouvement rvolutionnaire

  1. #1
    Membre F.A.M.
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    dcembre 2009
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    Par dfaut Sans thorie rvolutionnaire, pas de mouvement rvolutionnaire

    Le rle de la lutte thorique

    La leon de Lnine

    Pour un parti de militants intellectuels et d'intellectuels militants.

    Notes la marge d'un livre de Gianni Fresu


    par Andrea Catone, historien du mouvement ouvrier et militant du Parti de la Refondation Communiste (PRC)

    pour le numro de mai-aot de l'Ernesto, revue thorique affilie au courant du mme nom au sein du PRC

    Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

    On le sait, depuis un certain temps l'histoire du marxisme n'est plus objet de rflexion et de dbat thorico-politique, les grandes questions thoriques qui ont passionn les acteurs du mouvement ouvrier dans la phase de sa constitution et de son ascension dans les dernires dcennies du XIXme sicle et dans les premires du XXme sicle, ou dans la phase de consolidation du premier tat ouvrier, et qui ont connu un renouveau li aux luttes des annes 1960-70, semblent aujourd'hui abandonnes, submerges par le jeu des petites phrases, les petites polmiques tacticiennes quotidiennes, qui se dveloppent dans un langage politicien , touffant et passant sous silence la perspective stratgique.

    La thorie marxiste, aussi entre les camarades les plus engags politiquement, est considre comme tant en option , quelque chose quoi on peut se consacrer, si tout se passe bien, dans le temps libre, hors de l'activit pratique , de la politique, pendant les pauses que celle-ci nous laisse, en somme comme un moment de loisir. L'tude de la thorie n'est jamais conue comme un moment constitutif et fondateur de l'action politique, qui sans elle deviendrait comme aveugle et manchot, prive de sa plus profonde raison d'tre, avec un communisme qui, dans le meilleur des cas, est tout au plus dclam et proclam, mais pas assimil et labor, avec le risque de devenir seulement une coquille vide, un drapeau qui flotte au vent dans une manifestation, une icne ou un saint. Le mpris pour la thorie au nom d'une pratique englue dans les mandres des faits quotidiens n'est pas nouveau dans l'histoire du mouvement ouvrier, et rejoignait aussi le sens commun des masses, qui est, comme Gramsci nous le dit dans les Cahiers de Prison, subordonn l'idologie de la classe dominante. Mais justement l'histoire, dsormais assez longue, du mouvement ouvrier nous enseigne que la lutte sur les terrains thoriques et philosophiques a accompagn la lutte politique mieux: elle ont t entrelaces et intimement lies.

    LENINE: IMPORTANCE DE LA THEORIE

    Si quelqu'un qui a eu pleine conscience de ce qui tait en jeu autour des questions thoriques, ce fut bien Lnine, qui, mme dans les moments les plus tumultueux et intenses de la rvolution russe, trouvait le temps et le moyen et ici le mot trouver n'a rien de fortuit de se consacrer la thorie, la critique; la dfense du matrialisme vis--vis des courants philosophiques comme l'empiriocriticisme qui avaient pntr d'importants reprsentants du mouvement rvolutionnaire russe (Matrialisme et empiriocriticisme, 1908), et il approfondissait le lien entre Hegel et Marx. Et de Lnine, on peut tout dire, sauf qu'il a t un rvolutionnaire de salon .

    Le livre de Gianni Fresu a le mrite de reposer contre-courant le problme du rapport entre la lutte dans le champ thorique et la lutte dans le champ politique, en le replaant dans l'histoire de la Seconde Internationale, jusqu'aux premires annes de vie de la rvolution russe et de l'Internationale communiste, illustrant le lien dialectique, en particulier dans les cas de Bernstein et Kautsky, entre l'approche thorique et la ligne politique propose, en tant qu'elle se rvle tre clairement le fruit d'une conception dtermine du monde, d'un parti-pris philosophique dtermin, qui n'est pas sans consquences pratiques et qui finit par avoir une influence profonde sur le cours de l'histoire. Lnine le praticien , le politicien en acte , comme le dfinit de manire incisive Gramsci, ne s'occupait pas de philosophie l'occasion (mme s'il aimait se dfinir trop modestement comme un marxiste de base ). Il s'inscrit l'oppos d'une conception et d'une pratique qui dans la dgnrescence du mouvement communiste s'est consolide d'une division du travail nfaste, qui confie la thorie aux intellectuels et le travail politique , conu avant tout dans son aspect organisationnel et tactique court-terme, ou d'activit d'lu dans les entits locales, aux politiciens , sanctionnant ainsi la rduction dgradante de la politique la basse cuisine politicienne, un mtier spar de la stratgie.

    Le livre de Fresu, qui est la fois un militant politique et un intellectuel militant, et qui avait dj trait dans un travail prcdent sur Gramsci (Il diavolo nell'ampolo) le problme de la rduction de la politique un mtier (qui est quelque chose de bien diffrent du rvolutionnaire professionnel lninien), avec la formation d'une couche politique autonome et spare de la classe ouvrire qu'elle aurait d reprsenter est actuel aussi pour cela, parce qu'il s'inscrit en porte--faux par rapport cette division de rles entre intellectuels, fleurs bleu l'occasion, et politiciens-praticiens qui savent mettre la main la pte .

    LA THEORIE EST PRATIQUE

    Lnine, le plus grand penseur que le mouvement ouvrier rvolutionnaire de Marx n'ait jamais connu , selon une clbre expression de Lukacs (qui est dfini son tour par Guido Oldrini, dans un livre important dont cette revue s'occupera dans un des prochains numros, le penseur marxiste le plus important du XXme sicle ), est philosophe-militant et militant-philosophe. Ce qui, dit en d'autres termes, signifie qu'il ne spare pas et n'oppose pas thorie et pratique , entendus selon le binme traditionnel de la pense et de l'action , mais conoit l'activit thorique, l'engagement, la prise de position, la lutte sur le front idologique et culturel, comme pratique. Le maintien de la division entre thorie et politique est au contraire fonctionnelle au maintien et la consolidation de l'hgmonie de la classe capitaliste dominante, au maintien des domins dans leur position de domin.

    Cette question est au centre de la rflexion de Gramsci, qui se pose lucidement le problme, dj ouvert nettement dans l'Internationale communiste, de doter le proltariat de sa propre conception du monde autonome, d'laborer et de dvelopper sa propre philosophie, et de faire en sorte qu'elle devienne le patrimoine des masses et non d'une petite lite intellectuelle, donnant lieu un progrs intellectuel de masse . Ici on dcle sa redcouverte et sa rvaluation d'Antonio Labriola le seul qui, dans le mouvement socialiste de la fin XIXme sicle et du dbut XXme sicle avait pos avec force la question d'une Weltanschauung du proltariat.

    Ce qui, toutefois, ne signifie pas du tout faire table rase de toutes les philosophies prcdentes, ni jeter l'eau la philosophie , comme l'affirmait le titre d'un article polmique (publi en 1922 dans la revue sovitique Pod zna - menem marksizma: Sous la bannire du marxisme), qui exprimait une tendance, diffuse dans une certaine partie du proltariat russe, lide d'une csure radicale avec toute l'histoire passe et d'un renouvellement absolu, d'une nouvelle naissance, d'une palingnse complte; tendance extrmiste et destructrice, contre laquelle Lnine a conduit une bataille thorico-politique rsolue, rptant que le marxisme ne nat pas par parthnognse, mais est le fils des philosophies les plus avances et des sciences du XVIIIme et XIXme sicle. Comme il l'a crit dans un texte clbre destin avoir une longue histoire: Les trois sources constitutives du marxisme, publi en 1913 et propos dans la Russie post-rvolutionnaire pour la formation des militants, la doctrine de Marx () est complte et harmonieuse, et donne aux hommes une conception intgrale du monde, qui ne peut se concilier avec aucune superstition, avec aucune raction, avec aucune dfense de l'oppression bourgeoise. Le marxisme est le successeur lgitime de tout ce que l'humanit a cr de mieux durant le XIXme sicle: la philosophie allemande, l'conomie politique anglaise et le socialisme franais (...) . Philosophie classique allemande: la pense dialectique d'Hegel imprgne, selon Lnine, tout le travail de Marx, au point que l'on ne peut pas vraiment comprendre le Capital sans avoir tudi la Science de la Logique d'Hegel.

    La dialectique d'Hegel constitue un enjeu fondamental, elle doit tre tudie de manire systmatique, comme Lnine ne cesse de le recommander aux militants et aux rdacteurs de la Revue du matrialisme militant .


    LE REVISIONNISME DE BERNSTEIN

    La bataille pour une conception dialectique et autour de la dialectique traverse l'histoire du mouvement ouvrier et du marxisme aux XIXme et XXme sicle et une des questions si ce n'est la question centrale que traite frontalement le livre de Fresu, dont le sous-titre est, ce n'est pas un hasard, Dialectique et dterminisme dans l'histoire du mouvement ouvrier .

    Cela nous est dmontr par le fait que dans les dbats de la II nde Internationale rvisionnisme philosophique avec le retour Kant et l'abandon d'Hegel et rvisionnisme politique avec la remise en cause du projet rvolutionnaire de Marx au nom d'une stratgie rformiste vont de pair. Quand nous parlons de rvisionnisme la pense s'oriente immdiatement vers le reprsentant le plus significatif et important de ce courant dans la social-dmocratie allemande et dans toute la II ndee Internationale,Edouardrd Bernstein, qui le thorise et l'ordonne de la manire la plus cohrente et, tout compte fait, non dpass par les pigones rvisionnistes successifsifs, jusqu'aux bgaiements incohrents de notre prsent immdiat dans son uvre la plus clbre, Les prsupposs du socialisme et les tches de la social-dmocratie allemande, qui reprend et complte une srie d'articles publis dans la prestigieuse revue Neue Zeit entre 1896 et 1898.

    Le pre de tous les rvisionnismes uvre, l'intrieur en partie du cadre marxisme lui-mme, mais amput et mutil de ses lments rvolutionnaires essentiels, la dmolition radicale du marxisme, qu'il cherche conduire dans le lit de l'volutionnisme rformiste, d'une conception et d'une politique bourgeoise de gauche, subordonne la classe dominante, rejetant toute proposition de bond rvolutionnaire.

    En se basant sur la faiblesse vidente de la navet du messianisme rvolutionnaire, qui croyait mcaniquement en l'croulement imminent de la socit bourgeoise par le simple dveloppement des forces productives, tandis que le capitalisme dmontrait une capacit unique se rgnrer sous d'autres formes (capacit qu'il a dploy et affin successivement travers les crises et rvolutions du XXme sicle), et en jouant sur le jugement erron des possibilits de dveloppement dans le temps du mode de production capitaliste, auquel on prvoyait un essoufflement rapide, il accuse le matrialisme historique d'apriorisme, qui poserait en absolu le rle de la base conomique matrielle, des rapports de production et des forces productives, comprimant la pense dans une camisole de force . Bernstein accuse d'utopisme la perspective rvolutionnaire et attribue explicitement la dialectique hglienne la responsabilit d'avoir conduit Marx et Engels penser, dans le Manifeste du parti communiste de 1848, le renversement rvolutionnaire de la socit bourgeoise dans la socit communiste, le passage d'une forme de production qui, sous contrle et direction bourgeoises, avec des rapports de proprit bourgeois, se rvlait toutefois de plus en plus en contradiction avec son caractre social, la socialisation des moyens de production, l'instauration de rapports de production communistes.

    C'est la conception dialectique de l'histoire qui permet de penser la rvolution, le dpassement/abolition (Aufhebung) de la socit bourgeoise par la socit communiste, ce qui ne signifie pas encore une fois! - effacement et radication intgrale du pass, des forces productives accumules, mais dveloppement rvolutionnaire de celles-ci. Bernstein ne veut pas concevoir la dialectique, la contradiction dialectique qui permet Marx de dfinir dans son uvre de maturit le capital comme la contradiction en procs . Le rapport de causalit tabli dans le Manifeste entre les conditions avances de la civilisation europenne et la rvolution proltarienne constituait pour Bernstein une autosuggestion historique digne d'un visionnaire : la dialectique hglienne, la logique hglienne de la contradiction constituait l'lment le moins fiable de la doctrine marxiste, l'obstacle qui empchait toute considration cohrente de la ralit , ce qui en dernier lieu se traduit par le postulat positiviste et anti-dialectique des faits en tant que tels (mais tout fait implique une corrlation avec d'autres faits et la manire dont une telle corrlation se construit n'est pas du tout indiffrente ou objective )

    LE MOUVEMENT EST TOUT

    La ngation du bond rvolutionnaire pousse Bernstein concevoir le dveloppement de la dmocratie politique (le suffrage universel tendu toutes et tous les citoyens tait encore venir) comme oppos celui du capitalisme: la conqute de l'galit des droits politiques aurait, selon lui, rsorb naturellement (c'est--dire par volution spontane) les ingalits conomiques et les antagonismes de classe (effaant en cela justement le rapport dialectique entre structure et super-structure, le cur de la critique marxienne de l'conomie politique).

    (L'article est trs long; Voir la suite par ce lien ci-dessous)

    http://solidarite-internationale-pcf...-37814248.html
    Si le peuple dcide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chane se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frre, si toi tu ne brles pas, si moi je ne brle pas, qui clairera la route ? Nazim Hikmet

  2. #2
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    Par dfaut

    Ncessit du parti de la classe ouvrire en Algrie
    Dernire modification par Jalal ; 01/04/2010 04h43.
    Si le peuple dcide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chane se brise
    Abou El Qassem Echabbi
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