« Nous refusons le statu quo», a déclaré le ministre de l'Agriculture et du Développement rural, Rachid Benaïssa, à ceux qui ont critiqué le nouveau projet de loi portant réorganisation des exploitations agricoles collectives (EAC) et individuelles (EAI), et ce, bien avant sa promulgation.

Le ministre a tenu à rassurer, hier, en marge de la réunion trimestrielle des cadres du secteur sur la mise en œuvre du renouveau agricole, que le projet est en discussion au niveau du gouvernement.

Le ministre a précisé que cet avant-projet n'a pas été conçu pour nationaliser les EAC et EAI ou pour céder les exploitations agricoles aux étrangers, comme pensent certains, mais, explique-t-il, «nous pensons à une nouvelle réorganisation pour régler tous les problèmes auxquels se trouvent confrontés les EAC et les EAI».

Il ajoute qu'il s'agit d'un avant-projet de loi qui vise à conforter les agriculteurs dans leurs activités de producteurs en remplaçant le droit de jouissance reconnu aux membres des EAC et EAI, par le droit à la concession qui est limitée dans le temps.

Le projet permettra aux exploitants d'avoir un acte d'exploitation individuel renouvelable chaque 40 ans, a précisé le ministre, en soulignant que l'absence d'acte individuel n'avait pas permis l'épanouissement de ces exploitations dans le passé.

Critiquant sévèrement «les défenseurs du statu quo», le ministre dira encore que le contenu de cet avant-projet de loi est au profit des gérants qui ont l'intention de revaloriser leurs exploitations agricoles et ceux qui n'ont pas détourné les EAC et les EAI de leur vocation initiale.

Selon Rachid Benaïssa, seules les EAC et les EAI créées en 1987 sont concernées par cet avant-projet de loi. Et de préciser que la superficie globale de ces exploitations est de 2,5 millions d'hectares sur 47 millions d'hectares de terres agricoles.

Bien que la superficie des EAC et EAI n'est pas très importante, «ces exploitations doivent être revalorisées», dira encore Benaïssa qui précise que certaines sont à l'abandon depuis des années, faute de moyens, de l'accumulation de dettes et manque d'équipement, alors que d'autres ont été détournées de leur vocation agricole.

Le ministre a affirmé que les EAC et les EAI font partie du domaine de l'Etat et elles seront exploitées, comme le stipule le nouveau projet de loi, sur la base d'une concession renouvelable chaque 40 ans.

Rachid Benaïssa a souligné que la nouvelle réorganisation des EAC et EAI permettra aux gérants de ces dernières de bénéficier désormais des crédits bancaires et d'établir de ce fait des partenariats avec des investisseurs nationaux. «Il ne s'agit nullement de céder ces exploitations agricoles aux étrangers» a–t-il rappelé.

Et de souligner que la création de l'Office national du foncier agricole assurera plus de transparence pour les pouvoirs publics et les exploitants des terres agricoles, dans le futur.

Le ministre a par ailleurs critiqué certaines wilayas qui n'ont pas atteint les objectifs consignés dans les contrats de performance, relatifs à la mise en œuvre du renouveau agricole, notamment pour la plantation d'arbres.

«Des wilayas ont planté une superficie de 500 hectares alors que leurs capacités dépassent largement ce chiffre», a–t-il souligné en regrettant «que les wilayas qui n'ont pas fait d'effort sont les wilayas les plus riches».

Rachid Benaïssa s'est en outre dit satisfait, des premiers résultats obtenus en général, notamment pour ce qui est de la mise en œuvre des contrats de performance du renouveau de l'économie agricole (1er trimestre 2010).

Le bilan fait état que les wilayas d'El-Oued, Boumerdès, Biskra et Aïn Defla ont dépassé les objectifs en matière de maraîchage. Elles ont cumulé 51% des légumes produits pendant ce 1er trimestre.

Pour la pomme de terre, El-Oued et Aïn Defla ont cumulé 48% de la production durant ce trimestre. Pour le ministre, c'est grâce à ces deux wilayas que les prix sont assez bas en cette période.

Forte baisse de l'importation de la poudre de lait au 1er trimestre 2010

Pour ce qui est de la production du lait, la wilaya de Sétif a dominé la production laitière en réalisant un volume global produit de 7%.

Pour ce qui est de la collecte, les wilayas de Sétif, Tizi Ouzou, Constantine et Tlemcen ont cumulé à elles seules 34% du volume collecté pendant ce trimestre.

Dans ce même contexte, les cadres du ministère ont fait remarquer qu'il y a eu durant ce 1er trimestre 2010, un net recul de l'importation de la poudre de lait. «Elle était de 64.325 tonnes au 1er trimestre 2009, elle est seulement à 20.439 pour le 1er trimestre 2010» soit la moitié.

Et ce grâce à l'importation importante de bovins au cours de ce trimestre, «5.600 vaches importées, ce qui a encouragé le recours au lait cru», ont précisé les cadres du département de Benaïssa.

Les entreprises «agricoles» seront créées officiellement fin mai

Le ministre a rappelé, lors de son intervention devant les cadres de son secteur, que plusieurs entreprises rattachées à son secteur seront créées d'ici fin mai. Il a précisé qu'il a été décidé lors de la réunion, en mars dernier, du Conseil des participations de l'Etat, la création d'une entreprise de génie rural.

Cette société sera spécialisée dans les travaux de reboisement, de lutte contre la désertification, d'aménagement des bassins versants et d'aménagement de nouveaux périmètres agricoles.

Les pouvoirs publics ont également décidé la création d'un groupement qui aura la charge de développer la production des semences y compris de la pomme de terre.

Ce groupement doit concerner 70 fermes-pilotes. A cela, s'ajoute la création d'une entreprise des produits du terroir (dattes, produits oléicoles, produits de la vigne).

Le ministre a annoncé en outre, la création d'une entreprise publique de froid qui renforcera le travail fourni par le privé. «Nous disposons de 2,5 millions de m3 de capacité de stockage en froid alors que nos besoins sont estimés à 11 et 12 millions de m3».

Le ministre a évoqué dans la foulée que le groupe de la filière lait «Giplait» sera rattaché au ministère de l'Agriculture et d'annoncer la possibilité de créer une entreprise de communication pour le secteur de l'agriculture.

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