Pour que toutes les filles aient accès aux cours de natation, plusieurs cantons alémaniques ont adapté leur règlement scolaire: désormais le port du burkini est autorisé.

Dans le canton de Bâle-Ville, six familles musulmanes sont entrées en résistance. C’est le journal alémanique Sonntag qui le révélait hier. Pas question d’envoyer leurs filles, neuf gamines âgées de 7 à 10 ans, au cours de natation. Question de pudeur, question de religion, expliquent-elles. 

Mais le canton n’entend pas transiger avec l’obligation de suivre ces cours. Les enfants n’ont qu’à nager en burkini, ce fameux maillot de bain couvrant, façon burqa des plages. «A partir du moment où les fillettes n’ont pas encore atteint la puberté, qu’elles peuvent porter un costume qui couvre tout leur corps et qu’elles ont la possibilité de se changer et de se doucher seules, il n’y a aucune raison de les dispenser des cours de natation», explique Doris Ilg, rectrice des écoles primaires du canton. Les familles ont donc jusqu’à la fin du mois pour obtempérer, faute de quoi elles seront amendées.

Règlement adapté

En Suisse alémanique, Bâle-Ville fait œuvre de pionnier dans le débat sur les cours de natation. Depuis que le Tribunal fédéral a tranché la question des dispenses en estimant que les cours de natation étaient obligatoires pour tous les enfants, il a été le premier à adapter son règlement pour répondre aux attentes des familles musulmanes: costume de bain couvrant, douches et vestiaires individuels pour les enfants. Zurich, Lucerne et Soleure ont suivi. Thurgovie et Argovie vont faire de même, au grand dam de l’UDC.

Féministes choquées

Des cours de natation en burkini? Enseignant depuis vingt-cinq ans, le conseiller national UDC valaisan Oskar Freysinger n’en a jamais entendu parler dans son canton. Et réagit de façon musclée: si de tels cas devaient être annoncés, le Grand Conseil devrait immédiatement mettre le holà. «En acceptant le burkini, on accepte implicitement l’infériorité de la femme. Ce n’est pas une revendication innocente», tonne-t-il. Et de condamner une décision institutionnelle qui, selon lui, ratifie une discrimination.

«C’est triste pour ces petites filles. Un maillot une pièce est suffisamment décent. Dans un espace public comme l’école, on s’adapte», réagit Maria Roth-Bernasconi. La présidente des Femmes socialistes suisses s’indigne de la sexualisation qui est faite du corps des petites filles, mais elle relativise l’importance de ce débat en Suisse. «C’est comme pour la burqa. Nous y sommes opposées mais considérons que ce n’est pas vraiment un problème chez nous.»

Le débat sur le burkini ne fait donc que commencer. Et comme pour la burqa, il est loin d’être simple. La socialiste vaudoise Ada Marra est partagée. «Comme féministe, cela me choque, surtout pour des enfants. Il faudrait peut-être interdire le burkini à l’école primaire, mais pour moi, ce qui est primordial, c’est l’accès au savoir. Alors, si c’est le compromis que le canton de Bâle a trouvé entre la pudeur privée et l’accès au savoir, je peux le comprendre.»
http://www.tdg.ch/actu/suisse/ecole-...ini-2010-04-11