Proclamation du premier Gouvernement Kabyle Provisoire (GPK)
Le peuple kabyle est une fois de plus au rendez-vous avec l’Histoire.
Depuis l’indépendance de l’Algérie, La Kabylie est confrontée à l’Etat algérien, investi par les « armées des frontières » et leur pouvoir criminel, raciste et antikabyle.
Ainsi, dès 1963, ce dernier mena une guerre contre elle et tua pas moins de 400 de ses enfants en moins de six mois.
La stigmatisation du Kabyle est devenue, au fil des ans, des décenies, la seule constante de la politique interne du régime d’Alger.
Les Kabyles sont, depuis cette date, sournoisement et indistinctement désignés à la vindicte nationale en tant que « séparatistes », « ennemi interne » ou « Juifs »…
Leurs cadres sont bloqués dans leur ascension hiérarchique malgré leurs très grandes compétences. Leurs leaders politiques sont exilés ou assassinés.
Leur langue, leur identité et leur culture sont déclarées subversives dans un pays qu’ils ont pourtant libéré du colonialisme.
Leur territoire n’a pas d’existence légale.
Leur espace social et territorial est livré à une surveillance digne de celle qu’exerçait en son temps, la Gestapo en Europe pour traquer les Juifs.
L’économie de la Kabylie est sabotée en permanence. Le nombre de projets industriels qui lui sont refusés et détournés vers d’autres régions d’Algérie se comptent par centaines, voire par milliers. Ces jours-ci, même une aide de 500.000$ US de gouvernement canadien devant servir à des objectifs écologiques, lui a été refusée.
La Kabylie est soumise à une pratique fiscale discriminatoire pour écumer toute plus value susceptible d’être réinvestie dans son économie.
Quadrillée militairement, elle est livrée à l’insécurité et aux terroristes venant d’ailleurs. Ce sont les citoyens qui, à trois reprises, ont fait libérer des personnes kidnappées par des terroristes pour rançon. On se demande comment se fait-il que la Kabylie qui ne représente que 2% du territoire algérien reçoive 30% des troupes militaires ?
Le territoire boisé de la Kabylie est régulièrement soumis à des incendies qui sont officiellement justifiés au nom de la lutte contre le terrorisme islamiste. Il se trouve que ce sont nos oliveraies qui en sont la cible prioritaire.
En 2001, des corps de sécurités algériens ont tiré sur nos enfants faisant, au dernier décompte, pas moins de 127 morts et des milliers de blessés.
Aujourd’hui, c’est avec émotion et gravité que nous jetons un regard sur ce parcours jalonné de luttes et de souffrances quotidiennes, de révoltes et de soubresauts réguliers : 1963, 1980, 1985, 1988, 1994, 1998, 2001.
Cantonnés depuis le « printemps berbère » de 1980, dans une demande strictement linguistique, nous avons franchi le pas de la revendication autonomiste, le jour où le régime algérien, tira sur nos enfants au « printemps noir » en 2001.
En juin 2008, par voie postale depuis un village de Kabylie, le MAK a adressé une demande officielle d’une autonomie régionale aux plus hautes instances de l’Algérie. Elle était assortie d’une proposition d’un référendum pour en vérifier la légitimité.
Une lettre de rappel lui a été envoyée par le biais de l’Ambassade d’Algérie à Bruxelles, le 25 février, fixant le 20 avril comme date butoir à une réponse officielle.
Le Conseil du MAK en Kabylie en a validé fin mars 2010 la teneur et la proposition de création d’un Gouvernement Provisoire Kabyle, comme cela a été repris dans la déclaration du Comité Exécutif du 03/04/2010.
Cette échéance du 20 avril est aujourd’hui derrière nous.
Conformément à nos mises en garde lancées aux autorités algériennes,
Conformément à nos engagements devant le peuple kabyle,
Respectueux de la volonté de la Kabylie qui a massivement répondu à notre appel aux trois marches de la liberté de ce 20 avril 2010 à Vgayet, Tuvirett et Tizi-ouzou,
En ma qualité de président du Mouvement pour l’Autonome de la Kabylie
J’ANNONCE SOLENNELLEMENT LA CREATION D’UN GOUVERNEMENT PROVISOIRE KABYLE (GPK).
Il aura pour mission de mettre en place les institutions officielles de la Kabylie et de représenter celle-ci auprès de la communauté internationale. Il durera jusqu’à la reconnaissance officielle de la Kabylie en tant que peuple et en tant que nation par l’Etat algérien.
Son architecture et son fonctionnement sont confiés à une Commission de réflexion présidée par Lyazid Abid.
Pour en renforcer la légitimité, j’ai créé une Commission de Dialogue et de Consultations (CDC) pour prendre langue avec les organisations politiques, le monde associatif et les personnalités kabyles susceptibles de donner noms, avis et conseils pour la constitution de ce Gouvernement dans un délai ne pouvant excéder un mois.
En France, J’en ai confié la responsabilité à Mme Djouhra Abouda.
Elle sera secondée par MM : Idir Djouder, Mouloud Merhab, Dani Ivurrayen
En Kabylie, la présidence en revient à une personnalité dont nous préférons taire le nom pour des raisons de sécurité évidentes.
Un site internet officiel de ce GPK sera rendu public dans les prochains jours.

En ce 21 avril 2010, en vertu des responsabilités historiques qui sont les miennes, devant les hommes et devant l’Histoire, je proclame la création du premier Gouvernement Kabyle.
Par cette proclamation, nous confirmons la prophétie de Mouloud Mammeri confiée à la plume de Tahar Djaout :
« Quels que soient les obstacles que l’histoire lui apportera, c’est dans le sens de sa libération que mon peuple ira ! »
Vive la Kabylie !
Vive le peuple kabyle !
Vive le gouvernement kabyle !

Ferhat Mehenni