Algérie 360 mercredi 28 avril 2010

Noam Chomsky est l’intellectuel vivant le plus cité au monde. Ce linguiste de génie a consacré ses 40 dernières années à militer et à dénoncer la propagande des démocraties néolibérales. On le cite, et à tort à mon avis, comme un intellectuel conspirationniste et pro-palestinien.

Noam Chomsky n’est pas un pro-palestinien d’un point de vue purement idéologique, mais surtout d’un point de vue rationnel. Car ce dernier accuse Israël et Washington de tout faire afin de maintenir la guerre dans cette région et de ne pas appliquer les solutions simples qui conduiraient à une paix stable. Il dit aussi que « ceux qui se proclament “défenseurs d’Israël” sont en réalité les défenseurs de sa dégénérescence et de sa probable autodestruction». Il est même considéré comme un sioniste par certains car il condamne toute forme de violence à l’égard des Israéliens, sans oublier qu’il s’oppose au mouvement BDS (Boycott. désinvestissement et sanctions).

Quant à la théorie du complot, Chomsky dit qu’il ne fait pas dans la théorie mais dans « l’analyse institutionnelle » et ajoute : « à mon avis, « théorie du complot » est devenu l’équivalent intellectuel d’un mot de cinq lettres. C’est quelque chose que les gens disent quand ils ne veulent pas que vous réfléchissiez à ce qui se passe vraiment ». Il est aussi contre la théorie du complot qui entoure le 11 Septembre 2001 et le fait savoir dans un livre d’entretien : « l’ivresse de la force »

Chomsky considère les Etats-Unis comme le leader des Etats terroristes, et quand il parle de terrorisme il ne veux pas seulement parler de groupes d’illuminés prêts à se faire exploser pour une certaine idéologie, mais plutôt de terrorisme d’Etat. Ce qui implique des crimes de guerres ou des interventions militaires dans des pays étrangers, et même la manipulation politique de gouvernance, comme cela a pu être le cas dans certains Etats d’Amérique du sud contrôlés par les USA.

Dans une interview accordée à l’écrivain américain (David Barsamian) sur le thème du terrorisme d’Etat et l’implication majeure des USA, Chomsky revient sur certaines données qui touchent le Moyen-Orient et cite à plusieurs reprises l’Algérie : « Rappelez-vous, les gouvernements du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, comme le gouvernement terroriste algérien qui est l’un des plus vicieux de tous, seraient heureux de rejoindre les États-Unis pour s’opposer à des réseaux terroristes qui les attaquent. Ils sont les premières cibles. »

Chomsky considère donc que le gouvernement algérien est le plus vicieux de tous, et poursuit en disant, toujours dans l’interview en parlant d’un autre journaliste de la BBC « Le speaker a dit que beaucoup de terrorisme islamiste avait eu lieu en Algérie, ce qui est vrai, mais il n’a pas dit l’autre partie de l’histoire, qui est , que beaucoup de terrorisme est du terrorisme d’État, apparemment il y a de fortes preuves pour cela. Le gouvernement actuel est intéressé à développer sa répression, et est prêt à accueillir l’aide américaine dans ce domaine »

Chomsky est-il donc sensible à la thèse du « Qui tue Qui » ? Tout laisse croire que oui ou du moins il reste perplexe quant à la responsabilité unilatérale durant la décennie noire.

En effet, un ouvrage sorti en 1999 intitulé « An Inquiry into the Algerian Massacres » « Une enquête sur les massacres en Algérie » s’est vu préfacé par Noam Chomsky qui qualifie l’étude « d’enquête minutieuse et judicieuse ».

Dans sa préface, Noam Chomsky nous parle des faits historiques en général et attire notre attention sur le fait que « l’histoire est écrite par le vainqueur ».


Il apporte aussi un sensible crédit à la thèse qui impliquerait l’armée algérienne dans certains massacres ainsi que dans l’attentat commis dans le métro de Paris en 1995.

En réalité, Chomsky ne fait guère de différence entre l’Algérie comme Etat répressif et les grandes puissances comme les USA. Il y a là des enjeux économiques pour les uns et une volonté de garder le pouvoir et le contrôle de sa population pour les autres.

Les deux Etats se retrouvent donc dans cet échange d’intérêts où la population est finalement seule à payer le prix fort : les actes de groupes terroristes basés sur des idéologies religieuses extrémistes et un terrorisme mondial basé lui sur l’argent et des intérêts économiques.

Toujours est-il que l’Algérie est définie comme l’Etat le plus vicieux du Maghreb. Noam Chomsky n’apporte pas plus d’explications sur ce point.

Chomsky parle aussi d’optimisme quant à l’évolution des choses, c’est d’ailleurs l’un des rares intellectuels à faire preuve d’autant de positivisme. Il l’explique simplement par les changements observés et qu’a subi le monde ces 40 dernières années, puis nous invite à nous rendre compte par nous-mêmes des changements établis.

Il cite pour sa part l’exemple de Hillary Clinton et de Obama, qui, il y a tout juste 30 ans n’auraient jamais pu se présenter à une élection et encore moins la gagner. Il attribue cette avancée aux mouvements populaires pour les droits de la femme et des noirs durant les années 60-70 qui ont beaucoup œuvré pour le changement des mentalités au sein de leur société. Mais le changement reste toujours culturel et ne touche pas le fonctionnement de l’Etat ou ses institutions.

En Algérie on peut observer ce phénomène dans le combat berbère par exemple. En effet, il y a tout juste 30 ans, il était tout simplement inconcevable que l’on puisse voir la culture amazighe inscrite dans notre Constitution ou un journal télévisé en tamazight. Cette avancée, car c’en est une, ne provient que du long combat instauré depuis des années par un mouvement populaire, notamment marqué par le Printemps Berbère en 1980 puis 2001 et qui a coûté la vie à de nombreux Algériens.

Noam Chomsky nous met cependant en garde et nous rappelle que « l’Etat est violent par nature ; tout gouvernement représente une puissance domestique violente ; plus l’Etat est puissant plus il est violent »

M.M

http://www.algerie360.com/algerie/no...cieux-de-tous/

source:
http://www.algeria-watch.de/farticle/book.htm
http://www.monthlyreview.org/1101chomsky.htm