Affichage des rsultats 1 4 sur 4

Discussion: Des vritables hros de notre Rvolution...

  1. #1
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    novembre 2009
    Messages
    1 596

    Par dfaut Des vritables hros de notre Rvolution...

    Abdelkader Guerroudj. Militant de la cause nationale, ancien condamn mort
    Linstit aux convictions bien ancres
    Si je ne brle pas, si tu ne brles pas, si nous ne brlons pas, comment les tnbres deviendront-elles clart
    Nazim Hikmet


    Le costume bien port, sobre et discret, et lallure sont conformes au personnage. Llgance pose et le vocabulaire choisi, Abdelkader nous conte sa vie jalonne de luttes. Jeune communiste, il a milit aux cts des paysans du ct de Tlemcen, et lorsque la guerre a clat, il na pas hsit un instant, bravant les directives de son parti, rejoindre le maquis. Les accords entre le fln et le pca lont confort dans son initiative. Abdelkader quon ne peut dissocier de son pouse, Jacqueline, grande militante engage, avait hrit dune responsabilit stratgique dans une priode cruciale. Il stait alors cri comme le pote : Honte qui peut chanter pendant que Rome brle . Le nationaliste a supplant le communiste. Arrt, tortur, il sera condamn mort en 1957. Il survivra. Le jeune instit , fru de grec et de latin, aura gard intactes ses convictions. Il est vrai que lhomme qui a le triomphe modeste ne monnaie ni son pass ni son avenir.
    Abdelkader a fait son chemin sans concession, sans cder la tentation du compromis. Il appartient sans doute la catgorie des battants. Courtois, volontiers ironique, il peut tre disert si on insiste pour quil aille plus loin dans son discours. Lorsquil parle de son enfance, il ninsiste pas particulirement sur son ct heureux. Il prouve de la mlancolie mais refuse de sy complaire. Morceaux choisis.
    Un engagement sans faille

    Jai le souvenir de mon frre Baghdad, mort alors quil navait que quelques mois. Je suis peu prs sr quil a d mourir dune maladie infantile. Comme nos moyens taient extrmement limits lpoque, on na pas pu lemmener chez le mdecin ni lui acheter des mdicaments. Voil le souvenir le plus ancien que jai de mon enfance, et cest un souvenir la fois de misre et dinjustice parce que si linjustice navait pas exist, mon frre ne serait pas mort dune maladie somme toute bnigne. Ctait dans les annes trente. Celles de la grande crise conomique mondiale et lAlgrie navait pas chapp ce phnomne.
    Nous habitions la maison Benchouk. Nous logions dans une pice. Mon pre, Boumedine, lorsquil ne travaillait pas comme ouvrier agricole, tait au chmage. Cest dans le petit village de Bra o nous avions emmnag que jai eu loccasion de voir pour la premire fois la mer. Nous avons pris le train Bra, nous avons voyag longtemps et nous sommes arrivs la mer. Nous vivions dans un environnement particulier. Il y en avait qui taient encore plus pauvres et plus malheureux que nous. Malgr notre pauvret et grce ma mre qui tait la prvoyance mme, je ne me souviens pas davoir pass une priode o jai eu vraiment faim...
    Abdelkader est n le 26 juillet 1928 Tlemcen. Il a fait sa scolarit lcole Decieux, la premire cole indigne. Cest l quil dcrocha son certificat dtudes. Une des plus grandes joies de ma vie, du moins tant que jtais colier, peut-tre la plus grande, a t le jour o jai t reu au certificat dtudes. Je me souviens que je suis revenu de lcole Decieux o on venait dannoncer les rsultats, jai fait le trajet de lcole jusqu la maison dune traite en courant et en sautant. Javais limpression que je pouvais atteindre le sommet des arbres tellement jtais content et heureux... Il fera ensuite le collge Deslane, du nom du baron spcialiste dIbn Khaldn. Le bac en poche, il passe le certificat daptitude pdagogique et embrasse la carrire denseignant.
    Mes professeurs voulaient me destiner soit une carrire littraire car jtais bon en latin et en grec, soit lducation physique o jtais premier prix. En 1949, jtais aussi premier prix, mais en philo devant mon ami Inal qui deviendra mon adjoint lorsquon nous a affects An El Hout 7 km de Tlemcen o tous deux nous prsidions aux destines de lcole communale deux classes . Les deux instits ont eu le privilge de prsenter pour la premire fois depuis lexistence de lcole deux candidats lexamen du certificat dtudes quils dcrochrent avec brio. Ctait Touhami Mohamed, mort au maquis et Benkhelila.
    Communiste et nationaliste

    Abdelkader reste un an dans ce village. Il est nomm ensuite Sebdou, Hennaya et Tlemcen o il enseigne de 1952 1955. Peu avant, il avait convol en justes noces avec Jacqueline, enseignante elle aussi. Adolescent, Abdelkader a dj ses ides sur les luttes. Son veil la conscience nationale nest pas fortuit. Plusieurs facteurs ly ont amen. Dabord, il est n dans un milieu nationaliste, et il se trouve que Messali est un membre de sa famille. Cela nempchera pas Abdelkader dviter dadhrer au parti en vogue lpoque, le ppa en loccurrence. Il fait lcole des sma. ses tudes littraires humanistes et le soutien de son prof de philo, M. Minne, contribueront faonner sa personnalit et laider mieux percevoir le monde alentour quil connatra et comprendra An Fezza 10 km de Tlemcen o il rside avec son pouse. Nous militions dj avec les camarades paysans de la rgion dOuchba, Oum El Oulou, Terni, Yebder et Ouled Sidi El Hadj.
    Abdelkader avait adhr au pca et en tait responsable dans la rgion : Un jour, alors quon tait en pleine runion dans la montagne, les hommes du Bachagha Talha Ben Affane, qui voyaient dun mauvais il nos activits, ont crev les roues de ma Panhard. On a t obligs, mon pouse et moi, de retourner chez nous sous la neige en faisant plusieurs kilomtres pied. Cest dans cette rgion que je suis revenu pour monter au maquis. Jacqueline a t de tous mes combats et parfois de faon plus engage que moi-mme , concde-t-il.
    Au dbut de 1955, une pidmie terrible de rougeole a emport beaucoup de bbs faute de soins dans la montagne... Jacqueline et moi allions voir les familles et nous nous procurions les mdicaments chez le Dr Detouris, un homme de droite, qui se doutait de la destination mais qui laissait faire. Je suis un communiste mais avant je suis nationaliste. Jaime mon pays. Cela ma marqu de faon dfinitive. Quand il y a eu le feu aux poudres en 1954, jai ragi en tant que nationaliste le 3 novembre 1954 et, mon initiative, il y a eu une runion Ouchba de 24 responsables du pca. tous taient paysans sauf moi. Tous comme un seul homme nous avions dcid de nous engager dans laction arme sans consulter la hirarchie. Ma chance ? Je ntais pas membre de la direction, donc pas tenu par une certaine discipline, contrairement mes deux autres camarades, Mejdoub Berrahou et Tahar Ghomri.
    Nous navons pas rflchi en tant que partisans. Il fallait y aller et nous avons pris des dcisions concrtes en procdant des actions de sabotage. Javoue quil y avait deux sons de cloche, nous agissions notre guise alors que la direction du parti tenait un autre langage. Le pc men veut davoir eu raison avant. Moi, je ne tiens pas rigueur au parti dont les militants taient sincres. Nous partagions les mmes valeurs. Fin de lanne 1954, le pCa tait toujours dans lexpectative. Alors quon tait dans laction, le parti na pas pris le train quand il le fallait et prnait encore la lutte politique de masse. Le 21 avril 1955, un arrt dexpulsion est sign lencontre de Abdelkader et dautres militants, dont Jacqueline, Ghomri et le Dr Laribert.
    Abdelkader est ainsi le premier expuls dAlgrie, mais, en raison de vices de procdure, il nembarqua pour Ste que le 1er mai 1955. A paris, son avocat, Tuveni, avait attaqu en justice le prfet Lambert qui avait outrepass ses prrogatives. Lhomme de droit avait obtenu gain de cause. En juin 1955, Abdelkader retourne Alger o il est assign rsidence. Le 14 juillet, il monte au maquis. Mais avant, jtais log la rue Edith Cavel chez un instituteur M. Estorges qui ma aid me procurer de faux papiers au nom de Martinez Lucien.
    Cest sous ce patronyme que jai milit en tant un des transporteurs darmes avec Maillot. Ctait au temps des combattants de la libration. Quand Maillot a fait le coup dans la rgion de Chlef avec Laban, Guerab Sadouni et dautres, ctait ce quon appelait le maquis rouge. Etant au maquis, je me dplaais dendroit en endroit pour des pisodes qui auraient pu tre tragiques pour moi, mais jai eu beaucoup de chance. Laccord entre le fln et le pca a t prcd de beaucoup datermoiements et de tergiversations, mais il a quand mme eu lieu . Cest Hadjeres et Hadj Ali qui ont t les ngociateurs ct communiste, ce que je sais, cest que lintgration sest faite sans problmes. Le 4 janvier 1957, Abelkader est arrt Banem o il rsidait avec sa famille.
    Des brimades aux tortures

    Deux brigades sont venues marrter. Celle spcialise dans les bombes et lautre venue me remettre une assignation rsidence. Le procs a eu lieu du 4 au 7 janvier 1957, prcd de sances atroces de torture. Les mots sont poss un un sur des charbons ardents. Abdelkader parle avec tout son corps, on lcoute et on lobserve. La gegene, leau, llectricit rveillent en lui des blessures et des dchirures physiques et morales. Comment des hommes peuvent-ils tre aussi inhumains.
    Dans sa dclaration ses juges, en 1957, Abdelkader attire lattention que nous aurions voulu, mme si nous ne portons pas luniforme tre considrs comme des soldats et non tre jugs comme des malfaiteurs de droit commun. Avant notre expulsion, jai eu effectivement souffrir et voir mes frres souffrir de la misre, de linjustice, de lexploitation de latteinte la dignit dhommes. N moi-mme dans la misre, ma conscience et mon devoir minterdisaient doublier ceux qui y restaient encore.
    Cela ma amen entrer en lutte... Aujourdhui, en plein XXe sicle, lindpendance de tous les peuples est une ncessit, une fatalit de lhistoire et le peuple algrien ny chappera pas. Notre mouvement nest ni fanatique ni xnophobe. Regardez-nous : nous ne sommes ici quun petit nombre et dj il y en a parmi nous qui sont dorigine juive, catholique, musulmane, protestante. Nous avons la conviction profonde que notre cause est juste et que nous allons dans le sens de lhistoire et du progrs . Ces paroles combien prmonitoires se sont envoles en lair, et le 7 dcembre 1957, le tribunal permanent des Forces armes dAlger condamnait la peine de mort Jacqueline et Abdelkader Guerroudj ainsi quun jeune tudiant nationaliste, Abderrahamne Taleb, dj condamn dans le procs de Djamila Bouhired.
    Lorsquon linterroge sur ltat de ses convictions profondes face aux alas du temps et lcume des jours, Abdelkader, imperturbable, garde le cap. Le communisme, note-t-il, est un idal. Je peux en vouloir des personnes mais pas une idologie laquelle jai adhr volontairement. Du reste, il en va du communisme comme de toutes le idologies. Regardez les religions, elles sont faites par et pour Dieu mais elles sont dformes par les hommes. Lcriture de lhistoire contemporaine de lAlgrie est, selon lui, une uvre difficile raliser tant que le pouvoir est faux. Sil ny avait pas une culture de la dsinformation, on aurait su la vrit sur tous les assassinats politiques depuis le dclenchement de la guerre, quels quen soient les risques. Par devoir de mmoire, lcriture de lhistoire nest pas laffaire des officiels mais le fait des chercheurs et des historiens.
    Abdelkader est convaincu que le fln qui a atteint lobjectif assign, savoir lindpendance du pays, doit disparatre pour rester un symbole, pour ne pas tre sali par des politicards de tous bords. Nous avons fait une guerre de libration mais les rvolutions si ncessaires restent faire... , prconise ce jeune homme de 82 ans, si agrable et qui a bien conserv la verve de ses 20 ans...

  2. #2
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    dcembre 2009
    Messages
    2 696

    Par dfaut

    Citation Envoy par cimode Voir le message
    Abdelkader Guerroudj. Militant de la cause nationale, ancien condamn mort
    Linstit aux convictions bien ancres
    Si je ne brle pas, si tu ne brles pas, si nous ne brlons pas, comment les tnbres deviendront-elles clart
    Nazim Hikmet


    Le costume bien port, sobre et discret, et lallure sont conformes au personnage. Llgance pose et le vocabulaire choisi, Abdelkader nous conte sa vie jalonne de luttes. Jeune communiste, il a milit aux cts des paysans du ct de Tlemcen, et lorsque la guerre a clat, il na pas hsit un instant, bravant les directives de son parti, rejoindre le maquis. Les accords entre le fln et le pca lont confort dans son initiative. Abdelkader quon ne peut dissocier de son pouse, Jacqueline, grande militante engage, avait hrit dune responsabilit stratgique dans une priode cruciale. Il stait alors cri comme le pote : Honte qui peut chanter pendant que Rome brle . Le nationaliste a supplant le communiste. Arrt, tortur, il sera condamn mort en 1957. Il survivra. Le jeune instit , fru de grec et de latin, aura gard intactes ses convictions. Il est vrai que lhomme qui a le triomphe modeste ne monnaie ni son pass ni son avenir.
    Abdelkader a fait son chemin sans concession, sans cder la tentation du compromis. Il appartient sans doute la catgorie des battants. Courtois, volontiers ironique, il peut tre disert si on insiste pour quil aille plus loin dans son discours. Lorsquil parle de son enfance, il ninsiste pas particulirement sur son ct heureux. Il prouve de la mlancolie mais refuse de sy complaire. Morceaux choisis.
    Un engagement sans faille

    Jai le souvenir de mon frre Baghdad, mort alors quil navait que quelques mois. Je suis peu prs sr quil a d mourir dune maladie infantile. Comme nos moyens taient extrmement limits lpoque, on na pas pu lemmener chez le mdecin ni lui acheter des mdicaments. Voil le souvenir le plus ancien que jai de mon enfance, et cest un souvenir la fois de misre et dinjustice parce que si linjustice navait pas exist, mon frre ne serait pas mort dune maladie somme toute bnigne. Ctait dans les annes trente. Celles de la grande crise conomique mondiale et lAlgrie navait pas chapp ce phnomne.
    Nous habitions la maison Benchouk. Nous logions dans une pice. Mon pre, Boumedine, lorsquil ne travaillait pas comme ouvrier agricole, tait au chmage. Cest dans le petit village de Bra o nous avions emmnag que jai eu loccasion de voir pour la premire fois la mer. Nous avons pris le train Bra, nous avons voyag longtemps et nous sommes arrivs la mer. Nous vivions dans un environnement particulier. Il y en avait qui taient encore plus pauvres et plus malheureux que nous. Malgr notre pauvret et grce ma mre qui tait la prvoyance mme, je ne me souviens pas davoir pass une priode o jai eu vraiment faim...
    Abdelkader est n le 26 juillet 1928 Tlemcen. Il a fait sa scolarit lcole Decieux, la premire cole indigne. Cest l quil dcrocha son certificat dtudes. Une des plus grandes joies de ma vie, du moins tant que jtais colier, peut-tre la plus grande, a t le jour o jai t reu au certificat dtudes. Je me souviens que je suis revenu de lcole Decieux o on venait dannoncer les rsultats, jai fait le trajet de lcole jusqu la maison dune traite en courant et en sautant. Javais limpression que je pouvais atteindre le sommet des arbres tellement jtais content et heureux... Il fera ensuite le collge Deslane, du nom du baron spcialiste dIbn Khaldn. Le bac en poche, il passe le certificat daptitude pdagogique et embrasse la carrire denseignant.
    Mes professeurs voulaient me destiner soit une carrire littraire car jtais bon en latin et en grec, soit lducation physique o jtais premier prix. En 1949, jtais aussi premier prix, mais en philo devant mon ami Inal qui deviendra mon adjoint lorsquon nous a affects An El Hout 7 km de Tlemcen o tous deux nous prsidions aux destines de lcole communale deux classes . Les deux instits ont eu le privilge de prsenter pour la premire fois depuis lexistence de lcole deux candidats lexamen du certificat dtudes quils dcrochrent avec brio. Ctait Touhami Mohamed, mort au maquis et Benkhelila.
    Communiste et nationaliste

    Abdelkader reste un an dans ce village. Il est nomm ensuite Sebdou, Hennaya et Tlemcen o il enseigne de 1952 1955. Peu avant, il avait convol en justes noces avec Jacqueline, enseignante elle aussi. Adolescent, Abdelkader a dj ses ides sur les luttes. Son veil la conscience nationale nest pas fortuit. Plusieurs facteurs ly ont amen. Dabord, il est n dans un milieu nationaliste, et il se trouve que Messali est un membre de sa famille. Cela nempchera pas Abdelkader dviter dadhrer au parti en vogue lpoque, le ppa en loccurrence. Il fait lcole des sma. ses tudes littraires humanistes et le soutien de son prof de philo, M. Minne, contribueront faonner sa personnalit et laider mieux percevoir le monde alentour quil connatra et comprendra An Fezza 10 km de Tlemcen o il rside avec son pouse. Nous militions dj avec les camarades paysans de la rgion dOuchba, Oum El Oulou, Terni, Yebder et Ouled Sidi El Hadj.
    Abdelkader avait adhr au pca et en tait responsable dans la rgion : Un jour, alors quon tait en pleine runion dans la montagne, les hommes du Bachagha Talha Ben Affane, qui voyaient dun mauvais il nos activits, ont crev les roues de ma Panhard. On a t obligs, mon pouse et moi, de retourner chez nous sous la neige en faisant plusieurs kilomtres pied. Cest dans cette rgion que je suis revenu pour monter au maquis. Jacqueline a t de tous mes combats et parfois de faon plus engage que moi-mme , concde-t-il.
    Au dbut de 1955, une pidmie terrible de rougeole a emport beaucoup de bbs faute de soins dans la montagne... Jacqueline et moi allions voir les familles et nous nous procurions les mdicaments chez le Dr Detouris, un homme de droite, qui se doutait de la destination mais qui laissait faire. Je suis un communiste mais avant je suis nationaliste. Jaime mon pays. Cela ma marqu de faon dfinitive. Quand il y a eu le feu aux poudres en 1954, jai ragi en tant que nationaliste le 3 novembre 1954 et, mon initiative, il y a eu une runion Ouchba de 24 responsables du pca. tous taient paysans sauf moi. Tous comme un seul homme nous avions dcid de nous engager dans laction arme sans consulter la hirarchie. Ma chance ? Je ntais pas membre de la direction, donc pas tenu par une certaine discipline, contrairement mes deux autres camarades, Mejdoub Berrahou et Tahar Ghomri.
    Nous navons pas rflchi en tant que partisans. Il fallait y aller et nous avons pris des dcisions concrtes en procdant des actions de sabotage. Javoue quil y avait deux sons de cloche, nous agissions notre guise alors que la direction du parti tenait un autre langage. Le pc men veut davoir eu raison avant. Moi, je ne tiens pas rigueur au parti dont les militants taient sincres. Nous partagions les mmes valeurs. Fin de lanne 1954, le pCa tait toujours dans lexpectative. Alors quon tait dans laction, le parti na pas pris le train quand il le fallait et prnait encore la lutte politique de masse. Le 21 avril 1955, un arrt dexpulsion est sign lencontre de Abdelkader et dautres militants, dont Jacqueline, Ghomri et le Dr Laribert.
    Abdelkader est ainsi le premier expuls dAlgrie, mais, en raison de vices de procdure, il nembarqua pour Ste que le 1er mai 1955. A paris, son avocat, Tuveni, avait attaqu en justice le prfet Lambert qui avait outrepass ses prrogatives. Lhomme de droit avait obtenu gain de cause. En juin 1955, Abdelkader retourne Alger o il est assign rsidence. Le 14 juillet, il monte au maquis. Mais avant, jtais log la rue Edith Cavel chez un instituteur M. Estorges qui ma aid me procurer de faux papiers au nom de Martinez Lucien.
    Cest sous ce patronyme que jai milit en tant un des transporteurs darmes avec Maillot. Ctait au temps des combattants de la libration. Quand Maillot a fait le coup dans la rgion de Chlef avec Laban, Guerab Sadouni et dautres, ctait ce quon appelait le maquis rouge. Etant au maquis, je me dplaais dendroit en endroit pour des pisodes qui auraient pu tre tragiques pour moi, mais jai eu beaucoup de chance. Laccord entre le fln et le pca a t prcd de beaucoup datermoiements et de tergiversations, mais il a quand mme eu lieu . Cest Hadjeres et Hadj Ali qui ont t les ngociateurs ct communiste, ce que je sais, cest que lintgration sest faite sans problmes. Le 4 janvier 1957, Abelkader est arrt Banem o il rsidait avec sa famille.
    Des brimades aux tortures

    Deux brigades sont venues marrter. Celle spcialise dans les bombes et lautre venue me remettre une assignation rsidence. Le procs a eu lieu du 4 au 7 janvier 1957, prcd de sances atroces de torture. Les mots sont poss un un sur des charbons ardents. Abdelkader parle avec tout son corps, on lcoute et on lobserve. La gegene, leau, llectricit rveillent en lui des blessures et des dchirures physiques et morales. Comment des hommes peuvent-ils tre aussi inhumains.
    Dans sa dclaration ses juges, en 1957, Abdelkader attire lattention que nous aurions voulu, mme si nous ne portons pas luniforme tre considrs comme des soldats et non tre jugs comme des malfaiteurs de droit commun. Avant notre expulsion, jai eu effectivement souffrir et voir mes frres souffrir de la misre, de linjustice, de lexploitation de latteinte la dignit dhommes. N moi-mme dans la misre, ma conscience et mon devoir minterdisaient doublier ceux qui y restaient encore.
    Cela ma amen entrer en lutte... Aujourdhui, en plein XXe sicle, lindpendance de tous les peuples est une ncessit, une fatalit de lhistoire et le peuple algrien ny chappera pas. Notre mouvement nest ni fanatique ni xnophobe. Regardez-nous : nous ne sommes ici quun petit nombre et dj il y en a parmi nous qui sont dorigine juive, catholique, musulmane, protestante. Nous avons la conviction profonde que notre cause est juste et que nous allons dans le sens de lhistoire et du progrs . Ces paroles combien prmonitoires se sont envoles en lair, et le 7 dcembre 1957, le tribunal permanent des Forces armes dAlger condamnait la peine de mort Jacqueline et Abdelkader Guerroudj ainsi quun jeune tudiant nationaliste, Abderrahamne Taleb, dj condamn dans le procs de Djamila Bouhired.
    Lorsquon linterroge sur ltat de ses convictions profondes face aux alas du temps et lcume des jours, Abdelkader, imperturbable, garde le cap. Le communisme, note-t-il, est un idal. Je peux en vouloir des personnes mais pas une idologie laquelle jai adhr volontairement. Du reste, il en va du communisme comme de toutes le idologies. Regardez les religions, elles sont faites par et pour Dieu mais elles sont dformes par les hommes. Lcriture de lhistoire contemporaine de lAlgrie est, selon lui, une uvre difficile raliser tant que le pouvoir est faux. Sil ny avait pas une culture de la dsinformation, on aurait su la vrit sur tous les assassinats politiques depuis le dclenchement de la guerre, quels quen soient les risques. Par devoir de mmoire, lcriture de lhistoire nest pas laffaire des officiels mais le fait des chercheurs et des historiens.
    Abdelkader est convaincu que le fln qui a atteint lobjectif assign, savoir lindpendance du pays, doit disparatre pour rester un symbole, pour ne pas tre sali par des politicards de tous bords. Nous avons fait une guerre de libration mais les rvolutions si ncessaires restent faire... , prconise ce jeune homme de 82 ans, si agrable et qui a bien conserv la verve de ses 20 ans...
    CIMODE : cet article est bien choisi d'autant plus que les faux nationalistes d'aujourd'hui et ceux d'aprs 1962 ont voulu cacher une partie de notre histoire de libration et cela en niant beaucoup de martyrs leurs sacrifices, tels que celui des communistes Algriens musulmans et chrtiens, le tmoignage ici de Abdelkader vient tmoigner du fait que pas seulement les Algriens de souche (musulmans), mais aussi les non-membres du FLN, musulmans et chrtiens avaient lutt pour l'indpendance de l'Algrie ainsi que des juifs algriens. L'anticommunisme tait utilis pour masquer des vrits, pour cacher le combat et les sacrifices de beaucoup d'Algriens, leur tort ils taient membres du parti communiste algrien ou qu'ils taient chrtiens ou juifs. Cet article est vraiment bien choisi.
    Mon dfunt pre (qui n'tait pas communiste) me disait, l'poque coloniale, "seuls les communistes nous aident en cas de conflit dans le travail et au sein de l'entreprise et ils sont antiracistes, les non-communistes sont fascistes et allis des patrons". Mon dfunt pre travaillait Mers El Kbir sous terre dans la construction d'une base militaire souterraine franaise de la marine.
    Si le peuple dcide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chane se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frre, si toi tu ne brles pas, si moi je ne brle pas, qui clairera la route ? Nazim Hikmet

  3. #3
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    novembre 2009
    Messages
    1 596

    Par dfaut Merci Jalal...

    Certains communistes ont initialement soutenu les thses indpendantistes Algriennes mais se sont distanci de Messali Hadj ds 1937. J'ai rencontr ce monsieur et on sait qui on a affaire ds qu'on le rencontre. Mon pre a fait partie de cette gnration qui ont sacrifi toute leur jeunesse, leur vie, et toute leur nergie pour qu'une poigne d'opportunistes planque Damas et au Caire vienne prtendre tre plus nationaliste que les autres.

    Les vrais hros de notre Rvolution restrent dignes, humbles pendant que les arrivistes pillaient le pays. Mais Dieu entend et voit tout.


    Citation Envoy par Jalal Voir le message
    CIMODE : cet article est bien choisi d'autant plus que les faux nationalistes d'aujourd'hui et ceux d'aprs 1962 ont voulu cacher une partie de notre histoire de libration et cela en niant beaucoup de martyrs leurs sacrifices, tels que celui des communistes Algriens musulmans et chrtiens, le tmoignage ici de Abdelkader vient tmoigner du fait que pas seulement les Algriens de souche (musulmans), mais aussi les non-membres du FLN, musulmans et chrtiens avaient lutt pour l'indpendance de l'Algrie ainsi que des juifs algriens. L'anticommunisme tait utilis pour masquer des vrits, pour cacher le combat et les sacrifices de beaucoup d'Algriens, leur tort ils taient membres du parti communiste algrien ou qu'ils taient chrtiens ou juifs. Cet article est vraiment bien choisi.
    Mon dfunt pre (qui n'tait pas communiste) me disait, l'poque coloniale, "seuls les communistes nous aident en cas de conflit dans le travail et au sein de l'entreprise et ils sont antiracistes, les non-communistes sont fascistes et allis des patrons". Mon dfunt pre travaillait Mers El Kbir sous terre dans la construction d'une base militaire souterraine franaise de la marine.

  4. #4
    Membre F.A.M.
    Date d'inscription
    dcembre 2009
    Messages
    2 696

    Par dfaut

    Le tmoignage de mon dfunt pre, (croyant et pratiquant musulman), en faveur des communistes de l'poque coloniale m'avait appris ne pas mpriser les communistes, mais, au contraire chercher pourquoi ils aidaient les indignes algriens. Tout jeune, j'ai commenc lire Marx, Engels, Lnine; Alors, j'ai dcouvert qu'ils prnaient une socit sans classes, sans capitalisme, sans exploitation de l'homme par l'homme, sans salariat, et en fin de compte : l'abolition de l'tat (qui est source de violence et de domination); Une utopie? Pour moi, c'est un idal de justice sociale en ce temps prsent de mensonges, d'hypocrisies et de cruauts monstrueuses contre les faibles et les dmunis... Un temps prsent sans principes et sans idaux dans lequel rgnent l'opportunisme, l'arrivisme et la chitta (la brosse)...
    Si le peuple dcide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chane se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frre, si toi tu ne brles pas, si moi je ne brle pas, qui clairera la route ? Nazim Hikmet

Discussions similaires

  1. La rvolution reviendra triompher sur la terre ymnite !
    Par Jalal dans le forum Littrature, Histoire et Posie
    Rponses: 1
    Dernier message: 06/03/2010, 02h28
  2. Rponses: 0
    Dernier message: 07/02/2010, 02h52
  3. Chant de la rvolution par les joueurs Algriens dans les vestiaires
    Par kredence dans le forum Musique & Cinma
    Rponses: 0
    Dernier message: 27/11/2009, 01h13
  4. Rponses: 0
    Dernier message: 22/11/2009, 18h02
  5. Rponses: 4
    Dernier message: 04/01/2009, 14h05

Rgles de messages

  • Vous ne pouvez pas crer de nouvelles discussions
  • Vous ne pouvez pas envoyer des rponses
  • Vous ne pouvez pas envoyer des pices jointes
  • Vous ne pouvez pas modifier vos messages
  •