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Discussion: Nasr Eddin Hodja

  1. #1
    Membre F.A.M. Avatar de ahmeddamien
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    Par défaut Nasr Eddin Hodja

    Qu'on m'apporte le gros livre noir

    Nasr Eddin exerçait, un certain temps, les fonctions de juge suppléant. Un paysan vint le trouver.
    - Grand juge! Je viens à toi en consultation juridique. Supposons qu'une vache attachée au piquet encorne une vache errante. Est-ce que le propriétaire de la première doit indemniser celui de la seconde?
    - Certainement pas, répondit Nasr Eddin. Une vache doit être tenue dans son enclos. Tant pis pour son maître s'il la laisse vagabonder.
    - Je suis vraiment soulagé, Nasr Eddin, car c'est ainsi que ma vache a blessé la tienne tout à l'heure.
    - Par Allah! Pourquoi ne m'as-tu pas donné dès l'abord une narration complète des faits. Le cas est beaucoup plus compliqué que tu ne me l'as dit. Il faut que je consulte la jurisprudence. Qu'on m'apporte le gros livre noir qui se trouve en haut sur l'étagère!



    Je me le demande aussi!

    Nasr Eddin, prenant un grand sac sur le dos, entra un beau matin dans le verger d'un voisin. Aussitôt, il se mit en devoir de remplir le sac de tout ce qui lui tombait sous la main: melons, pastèques, carottes et bettraves. Mais voilà qu'il fut aperçu par le propriétaire.
    - Que cherches-tu ici? cria-t-il.
    Le Hodja, embarassé, tenta de se justifier.
    - N'est-ce pas qu'hier soir, il s'est élevé une bourrasque qui a ravagé le verger? Eh bien, la violence du vent m'a poussé jusqu'ici.
    Le propriétaire, sceptique, ajouta:
    - Mais, dis-moi un peu, qui donc a ramassé tout cela?
    - Voilà... Comme j'étais entraîné de côté et d'autre, afin de ne pas me laisser choir, je m'accrochais tout naturellement à tout ce que je rencontrais. C'est ainsi que ces cucurbitacées sont restées entre mes mains.
    - Cependant, je voudrais bien savoir qui les a mises dans ce sac, continua le propriétaire.
    Ne parvenant pas à trouver à cette question une réponse de nature à sauver les apparences, Nasr Eddin, déconcerté, secoua la tête. Il finit par murmurer:
    - Ma foi, je me le demande aussi...



    Pourquoi payer une marchandise que je n'achète pas?

    Un jour, Nasr Eddin acheta dans une boutique de vêtements un chalvar [pantalon bouffant]. Au moment de régler, il se dit: «Celui que je porte n'est pas tellement usé, il peut durer encore un certain temps. Ne devrais-je pas prendre, à sa place, un djubbé [robe flottante]?»
    Il l'échangea ainsi contre ce vêtement dont il fit l'essai et qui lui alla à ravir.
    Il était sur le point de partir quand le vendeur lui rappela qu'il n'avait pas payé.
    Le Hodja prit un air étonné:
    - Comment! Ne l'ai-je pas échangé contre le pantalon?
    Le marchand, ahuri, bégaya:
    - C'est vrai, mais tu n'as pas non plus réglé le pantalon!
    Nasr Eddin le raisonna:
    - Quel drôle de boutiquier tu fais! Tu voudrais me faire payer une marchandise que je n'achète pas?


    J'aimerais enlever le haut de mon bol

    Nasr Eddin est invité chez un riche. La collation qu'il fait servir est un délicieux lait de chamelle bien frais saupoudré de cannelle.
    L'hôte s'en sert un plein bol, mais il ne remplit qu'à demi celui de son invité.
    Nasr Eddin commence alors à s'agiter sur son siège, cherchant partout autour de lui.
    - Qu'est-ce que tu voudrais, Nasr Eddin? Une cuiller, du sucre?
    - Non, une scie. J'aimerais enlever le haut de mon bol qui ne me sert à rien.


    Nasr Eddin Hodja




    La tradition veut qu'il soit un lettré de l'époque d'Haroun al-Raschid ou qu'il ait vécu à la cour de Khawarizmi vers la fin du 12ème siècle. Ses histoires semblent dater de cette époque. Toutefois, si on en croit le récit de ses rencontres avec le sultan Tamerlan (Timour Lang), il aurait vécu à la fin du 14ème et au début du 15ème siècles. Enfin, il pourrait être contemporain du Seldjoukide Ala Al-Din (13ème siècle). Le contenu des nombreuses anecdotes suggère que Nasreddin Hoja ait vécu en Asie Mineure entre le 11ème et les 14ème siècles. C'est vers 1237 qu'il serait parti pour Ak shehir (Anatolie occidentale), où il serait mort en 1284, comme en témoigne la présence de sa tombe. Certains autres disent qu'il a vécu à Koufa au sud de l'Irak au 8ème siècle. Il y en a même qui affirment que Djeha est enterré en Algérie et que les gens visitent sa tombe comme on honore celle d'un saint..
    http://ahama.9online.fr/introduction.htm
    "Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais." Oscar Wilde

  2. #2
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    plus d histoires...........

    13. Comment lisent les ânes
    Dans une conversation avec Tamerlan, Djeha-Hodja Nasreddin commença à vanter les mérites de son âne :
    - Il est tellement intelligent que je peux tout lui apprendre, même à lire.
    - Va et apprend lui à lire, dit Tamerlan. Je te donne trois mois pour cela.
    De retour chez lui, il commença l'apprentissage avec son âne. Il mit sa nourriture habituelle entre les pages d'un gros livre et lui apprit à tourner les pages avec sa langue pour trouver la nourriture. Il cessa de le nourrir trois jours avant le terme de trois mois fixé par Tamerlan. Emmenant l'animal à Tamerlan, il lui demanda un gros livre et le posa devant l'âne affamé. Ce dernier entreprit de tourner les pages avec sa langue et, ne trouvant rien, se mit à braire.
    - C'est sûrement une étrange manière de lire, dit Tamerlan.
    - Oui, rétorqua Djeha-Hodja Nasreddin, c'est ainsi que lisent les ânes.

    14. Des ânes à bon marché
    Djeha-Hodja Nasreddin est allé au marché pour y vendre des ânes. Les prix qu'il proposait étaient si peu élevés qu'aucun des autres marchands d'ânes ne pouvait le concurrencer.
    Un jour, l'un d'eux vint le voir :
    - Djeha-Hodja Nasreddin, comment fais-tu pour proposer des prix imbattables, pour des ânes magnifiques et bien entretenus ? Moi, je vole le fourrage, je paie mal mes garçons d'écurie et pourtant je n'arrive pas à vendre moins cher que toi ! Quel est ton secret ?
    - Mon secret, lui confia Djeha-Hodja Nasreddin, je vais te le dire, tout à fait entre nous : les ânes, je les vole.

    15. Qui est le vendeur ?
    Djeha-Hodja Nasreddin décida un jour de devenir vendeur de pois chiches grillés. Il acheta, à un ancien marchand de pois chiches, un âne et les outils nécessaires à ce commerce. Comme l'âne était habitué à ce négoce, chaque fois qu'il passait devant une maison de clients potentiels, il se mettait à braire. Djeha-Hodja Nasreddin ne pouvait ouvrir la bouche pour crier "marchand de pois chiiiiiiiches", sans que l'âne ne se mette à braire. Arrivé à la place du marché, prêt à crier "marchand de pois chiiiiiiiches..", il fut devancé par l'âne qui a commencé à braire. Il se tourna vers lui et lui dit :
    - Qui est en train de vendre les pois chiches ? Toi ou moi ?

    16. Un âne exceptionnel
    - Je dis non et non ! Je ne garderai pas cet âne un jour de plus !
    Djeha-Hodja Nasreddin lança un regard furieux au petit âne gris qui battait l'air patiemment avec sa queue pour éloigner les myriades de mouches qui l'assaillaient, attendant que Djeha-Hodja Nasreddin lui mette sur le dos la vieille carpette qui servait de selle.
    - Qui te dit qu'un nouvel âne ne sera pas aussi, sinon plus têtu que celui-ci, suggéra Kalima.
    - Ce malheureux âne est plus que têtu ! Fulmina Djeha-Hodja Nasreddin. Il mange comme un éléphant, mais devient chaque jour plus maigre. Il est lent comme une tortue, paresseux comme une couleuvre, vicieux comme un renard, stupide comme un poisson et têtu comme un âne !
    Kalima tapota le petit âne qui a alors affectueusement frotté sa tête contre sa manche. Kalima n'a rien dit. Elle s'était suffisamment disputée avec son mari pour deviner quelles seraient ses réactions.
    - Dis adieu à cette créature ! Dit Djeha-Hodja Nasreddin, en enfourchant le petit animal et lui a demandé, selon la manière habituelle de conduire les ânes (un "rghr-r-r-r" guttural), d'avancer. Ce qu'il ne fit pas.
    - Un autre qu'un autre âne aurait déjà avancé à cet ordre. Tu verras quel excellent âne je ramènerai du marché. Je peux vendre cet âne misérable suffisamment cher pour en acheter un autre meilleur et il me restera une pièce d'or pour te permettre de confectionner une nouvelle robe.
    - Ughr-r-r-r, gronda t-il de nouveau.
    Le petit animal agita ses longues oreilles, à contre-cœur, et s'en alla. Jubilant à l'évocation de l'importante affaire qu'il allait réaliser au marché, Djeha-Hodja Nasreddin tapota le cou de son âne et se dirigea vers la place du marché.
    - Voici un âne dont son propriétaire sera fier, dit Djeha-Hodja Nasreddin en remettant l'âne au commissaire-priseur.
    - Un tel âne devrait rapporter un bon prix, dit le commissaire-priseur.
    Il poussa l'âne, pinça ses pattes et regarda ses dents. Comme Djeha-Hodja Nasreddin, il vanta bien fort ses mérites. Le commissaire-priseur a aligné les animaux l'un après l'autre pour la vente. Aucune offre n'a été faite pour l'âne de Djeha-Hodja Nasreddin. Ce dernier n'avait d'yeux que pour un âne qu'il voyait plus grand, plus soyeux et plus dodu que les autres. Sûrement c'était l'âne qu'il lui fallait. Finalement, tous les ânes ont été vendus, sauf deux – celui que Djeha-Hodja Nasreddin avait apporté et celui qu'il avait décidé d'emporter.
    Il fut soulagé de voir que le commissaire-priseur amenait d'abord son vieil âne. Il avait besoin d'avoir l'argent de sa vente avant de faire une offre pour l'âne sur lequel il avait jeté son dévolu.
    - Voici un âne qui vaut la peine d'être acheté ! Dit le commissaire-priseur, en se frottant les mains. J'ai souvent observé cet âne et j'ai regretté qu'il n'ait pas été mien. Voyez cette lueur dans ses yeux ! C'est un âne qui vous obéira avant que vous ne lui en ayez donné l'ordre. Regardez ces muscles ! Et ces pieds graciles! Je parie que cet âne est plus rapide que n'importe quel âne d'Ak Shehir !
    Djeha-Hodja Nasreddin regarda les pattes de son âne. Il n'avait jamais remarqué qu'elles étaient graciles ni combien son poil était si soyeux.
    - Combien offrez-vous pour le plus beau, le plus fort, le plus sage, le plus travailleur, le plus obéissant des ânes de tout Ak Shehir ?
    - Trente livres, offrit un villageois.
    Djeha-Hodja Nasreddin le regarda fixement.
    - Trente livres pour l'âne le plus meilleur d'Ak Shehir ! Cinquante, surenchérit Djeha-Hodja Nasreddin.
    - Soixante livres, proposa un autre villageois
    - soixante-dix ! Quatre-vingt ! Quatre-vingt dix !
    Le prix est monté, jusqu'à ce qu'un villageois offre deux cents livres.
    - Deux cent dix, proposa un autre.
    - Deux cent vingt, cria Djeha-Hodja Nasreddin.
    Aucune autre offre n'ayant été faite, le commissaire-priseur remit la bride à Djeha-Hodja Nasreddin, qui paya ainsi cash son propre âne.
    - Ughr-r-r-r, ordonna t-il à l'âne qui s'est mis à trotter vers la maison. Comme Kalima sera fière de cette acquisition ! .
    A mi-chemin de la maison, il commença à se demander pourquoi sa bourse était vide. Il avait projeté, en bon négociateur, de ramener à la maison un âne et plus d'argent qu'il n'avait emporté. C'était embarrassant. Peut-être Kalima pourra t-elle le lui expliquer ?

    plein d autres.................
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  3. #3
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    Des contes orientaux très beaux et instructifs! Merci Ahmeddamien!
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frère, si toi tu ne brûles pas, si moi je ne brûle pas, qui éclairera la route ? Nazim Hikmet

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